Ambroisie : Le nouvel ennemi des agriculteurs

2013-06-18-ambroisie-flickr

Si dans la mythologie grecque l’ était nourriture d’exception pour les divins occupants de l’Olympe, dans la réalité, cette plante peut s’avérer … dangereuse pour la santé. Pouvant atteindre jusqu’à un mètre de haut, l’ se caractérise par des tiges velues et rougeâtres, et des feuilles profondément découpées. Mais surtout, elle produit de pollen à haute dose – un seul pied produirait plusieurs millions d’infimes grains de pollen. On estime que seuls cinq d’entre eux suffiraient à développer des signes d’allergies. A tel point que l’ a atteint le niveau 5, soit le plus élevé des pollens allergisants, d’après Bruno Chauvel, spécialiste à l’Institut national pour la recherche agronomique () (Lire ici leFigaro.fr).

Pour prévenir et faire face aux méfaits de l’ambroisie, le conseil général de Côte-d’Or a organisé, lundi 17 juin 2013, une journée d’information pour stopper sa colonisation, en partenariat avec l’Inra et des acteurs environnementaux de la région Rhône-Alpes, fortement infestée par la mauvaise herbe.

“On n’est plus là pour l’éradiquer, mais pour la gérer”

L’ambroisie est originaire d’Amérique du Nord, et plus particulièrement du Canada. Remarquée sur le territoire français dès 1880, elle s’est développée dans une poignée de départements. Au fil du temps, cette plante invasive a colonisé les territoires adjacents, et tout l’extrême Nord de la France en 1940.

Puisqu’elle n’est pas européenne, elle n’a aucun prédateur naturel, et peut donc prospérer tranquillement. Elle s’est si bien implantée qu’elle est devenue l’ennemi public numéro un dans la région Rhône-Alpes : “Il y a bien plus d’ambroisie à Estrablin qu’en Côte-d’Or”, note Roger Porcheron, le maire de cette commune. “On n’est plus là pour l’éradiquer, on est là pour la gérer”, enchérit Stéphanie Pocachard, directrice adjointe de l’environnement de Viennaglo. En Côte-d’Or, la situation commence à devenir préoccupante, environ 30% du territoire serait concerné par cette invasion. La solution : prévenir tôt ce problème pour réduire les coûts et ne pas se retrouver dans la même situation que la région lyonnaise.

Une contamination rapide et dangereuse

La particularité de l’ambroisie est sa capacité à pousser rapidement et sa grande résistance à un stress écologique, comme celui de la sécheresse. D’autant “qu’une graine peut dormir de très nombreuses années dans le sol avant de germer”, précise Bruno Chauvel. Elle se dissémine selon 3 modes :

  • L’eau : la graine d’ambroisie s’accroche facilement à la terre collée aux semelles, pneus et tout outil travaillant la terre.
  • Le transport de terres contaminées : sans le savoir, de nombreux agriculteurs participent à la contamination de cette mauvaise herbe.
  • Le labourage : lors d’un chantier ou d’un labourage, l’homme fait remonter des graines d’ambroisie en surface et peuvent alors germer.

Ce développement rapide couplé à sa résistance aux éléments naturels et son énorme production de pollen en font une plante dangereuse pour la santé. Entre 6 et 12% de la population serait sensible à son pollen, qui peut entraîner des réactions allergiques comme la rhinite, la conjonctivite et l’asthme chez les plus sensibles. Contrairement au rhume des foins, qui apparaît en mai-juin, la saison pollinique de l’ambroisie débute à la mi-août et s’étend jusqu’en octobre, atteignant un pic allergique en septembre.

Jean-Louis Brunet, spécialiste allergologue, explique que le corps humain “a un potentiel d’adaptation au fil du temps, mais que notre environnement a complètement changé et notre organisme doit s’y adapter. Des fois, il est dépassé : ce sont les maladies environnementales”. Il préconise de se faire désensibiliser : les résultats sont probants selon le médecin (entre 70 et 75% de réussit totale), mais trop peu de personne s’y essayeraient. Lorsque l’on est allergique et que la désensibilisation ne fonctionne pas, il ne reste que “les piqûres chaque semaine”, raconte le maire d’Estrablin. “Je suis toujours sensible au pollen et je finis l’été épuisé, enfermé chez moi”.

Éradiquer l’ambroisie

La mauvaise herbe est présente dans les cultures de tournesol, de pois ou de maïs. Elle parasite les autres plantes en consommant leur eau et leurs nutriments. En conséquence, s’amorce un un cercle vicieux où les plants de culture diminuent, notamment ceux du tournesol. Du coup, les revenus des agriculteurs diminuent, leurs charges augmentent, puisqu’ils doivent contrer l’ambroisie, et tout ceci entraîne des effets différés sur le temps, avec des coûts futurs inestimables, l’ambroisie n’étant jamais véritablement vaincue.

“Relâcher la pression contre l’ambroisie, c’est lui refaire gagner le terrain qu’elle avait perdu en quelques années”, témoigne Laeticia Masson, conseillère de la chambre d’Agriculture de l’Isère. Pour ne pas relâcher cette pression, il faut alors éradiquer l’espèce. Et là encore, la mauvaise herbe pose plusieurs problèmes. La couper n’est pas une bonne idée – la plante ayant tendance à se ramifier. L’arracher est compliqué, puisque l’été, la terre est sèche et la plante s’enracine plutôt bien. Il faut alors faucher les zones à forte densité. “Difficile de ne pas brusquer un agriculteur quand on lui explique qu’il faut détruire l’ambroisie, qu’il faut être acteur contre elle”, regrette Roger Porcheron.

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