Dans la peau d’un rouge

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Depuis l’affaire Clément Méric, et Front national se concurrencent dans les médias, comme si la crise annonçait, avec son lot de mauvaises nouvelles, un retour historique du grand combat “bruns” contre “rouges”. La caricature fait couler de l’encre et le mystère que semblent renfermer ces deux partis gonflés à la ferveur militante intriguent. Articles en sous-marin, témoignages de jeunes ayant rallié l’extrême-droite, peut-on encore comprendre quelque chose à ces publics que tout le monde croit déconnectés de la réalité confortable d’un train-train métro-boulot-dodo ?

Il semblerait que oui, tant les dossiers ne décèlent rien de formidable, si ce n’est une frange mue par un “fascisme ordinaire” – à droite, comme l’écrira Libération, des groupuscules actifs “dans la rue” et non sur la scène politique, comme le précise FranceTV Info. Sur l’autre rive, les militants de gauche prêts à en découdre, défendent avant tout des valeurs anti-racistes. Bref, peut-être pas encore de quoi susciter craintes et oppositions dans la société française. A moins que ce jeu médiatique n’ait un réel avantage… Celui, pour les gros partis, UMP et , de rassembler encore un peu plus. Une bonne vieille méthode électoraliste.

A l’occasion de la venue  de , ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle 2012, à Besançon ce samedi 15 juin 2013, nous avons fait le point avec un militant bisontin, histoire d’en savoir un peu plus sur cette ferveur d’un nouveau genre.

Joue la comme De Gaulle

Jean-Luc Mélenchon est apparu à Besançon, lieu de ses études, pour participer à la fête du Front de gauche. “Sa venue était une bonne chose, il motive les gens. Il attire beaucoup plus de monde à notre événement.” Antonio est un jeune militant de 21 ans. S’il était occupé en coulisses de l’événement, il a tout arrêté le temps du discours du fondateur du Parti de gauche . “Comme d’habitude, il a tenté de nous expliquer les choses avec des mots simples. Jean-Luc Mélenchon fait un petit travail de didactique. Il appelle également les anciens à éduquer les plus jeunes.”

Antonio a l’impression que grâce à cet homme, il comprend désormais mieux les enjeux contemporains : “Certains politiques utilisent des belles paroles, des grands mots que les gens ne comprennent pas. Mélenchon, lui, se fait interprète.” Retraites, négociations Etats-Unis-Europe, celui qui est aussi député européen démystifie les questions économiques. L’admiration que nombre de militants cultivent à l’égard de ce “grand orateur, qui c’est vrai, est capable d’électriser les foules” est grande. Mais pas de quoi parler de culte de la personnalité. “Il est un porte-parole parmi d’autres. Si l’idée lui venait de s’arroger le pouvoir d’une manière autoritaire, on serait les premiers à signer sa défaite.”

Antonio ne se voile cependant pas la face. Des “fans”, il y en a. “D’une manière générale, ce sont peut-être les gens les moins instruits qui seront tentés par l’aspect “culte de la personnalité”. Dans nos rangs, nous avons pas mal d’intellectuels, des personnes qui lisent beaucoup, qui se renseignent. Peut-être aussi quelques personnes âgées. Je me souviens des grands-mères qui lui trouvaient, lors de la prise de la Bastille, un accent gaulliste. Certaines personnes retrouvent en lui un grand personnage.”

Réflexion sur le système plutôt que réaction

Un personnage. Que d’aucuns critiquent pour sa virulence lors de ses interventions publiques. “Il est violent envers le système mais ça s’arrête là”, commente le jeune militant. “Il prône une révolution par les urnes. D’abord le vote, puis les lois.” Le militant concède une chose : “S’il arrivait au pouvoir, il pourrait y avoir des tensions car les plus riches ne se laisseraient certainement pas faire.” Mais pour lui, pas question d’être assimilé à l’extrême-droite. “Marine Le Pen pose les mêmes questions que nous mais va y apporter des réponses basées sur le racisme, ou la méfiance. Le programme se base sur des éléments localisés et tend à les généraliser.” Si Marine passait, “il y aurait une guerre civile”.

“Le Front national, on est leur antithèse. Nous on n’est pas vraiment anti-Europe, on la conteste pour ses choix économiques, Marine Le Pen, l’est pour des questions nationalistes. Pour eux, tous les maux du monde viennent des immigrés. Ils font le lien entre immigrés et violences sans passer par la case précarité qui explique la délinquance en grande partie – le chaînon manquant de l’explication. Nous, on veut un changement au coeur de l’Europe, on est contre un système, eux ils sont contre des individus.”

Les militants du Front de gauche, s’ils sont engagés dans le discours et la réflexion, ne le sont peut-être pas autant dans le concret. Loin de la marginalité, ils se conçoivent surtout comme l’ex-gauche socialiste, avant qu’elle ne vire libérale. Le grand soir n’est pas en vue. “On ne peut pas aller à l’encontre d’un système en entier. Vu la conjoncture actuelle, il ne faut pas se voiler la face, si on a du travail, on le garde. Ce n’est pas incompatible d’être dans le système mais de garder nos opinions. On voit les choses. Mais on attend le moment où les choses changeront.”

PS / FdG : Meilleurs ennemis

En attendant, le Front de gauche peine à s’afficher sur la scène médiatique, les politiques ne cherchant pas vraiment la confrontation avec leur porte-parole à l’imparable sens de la répartie:  “Je pense que les politiques ont peur de cela… C’est dommage. On est quand même pas le Front national!”, regrette Antonio. Et pourtant, le traitement lui paraît être le même.  “Pour l’instant, on est diabolisé, clairement. Alors qu’on ne disait rien au Front national avant que ça ne dérape avec Clément Méric.” Indulgence politique et médiatique bien connue envers la fille de Jean-Marie Le Pen.

Mais quand les violences éclatent, c’est à ce moment que les factions sont susceptibles de se cabrer. “Il faut répondre. Des groupuscules d’extrême-droite sont liés au Front national. Parmi les membres d’extrême-gauche, il y a ceux qui sont prêts à se mettre face à ces gens là. Parce qu’ils ne comprennent que la violence.” Exaspérés par ce qu’ils pensent être un trop peu de motivation de la part des services d’ordre pour les défendre, les jeunes veulent prendre les choses en main. “En ce moment, on se sent un peu pris pour cible.” Un jeu dangereux qui ne dessert pas les grands partis. “Ceux qui souhaitent le plus nous voir sur la scène politique, c’est finalement l’UMP. Alors qu’ils défendent les intérêts du Medef et des patrons…et nous les ouvriers.” La droite modérée tire profit de l’aversion pour cette gauche qui s’engage. Un peu comme le PS a intérêt à agiter le spectre du Front national pour se détacher du lot.

Le meilleur ennemi politique de la gauche, c’est … la gauche ?

Les commentaires sont clos.

  1. L’article a le mérite de poser plusieurs question importantes. Le rôle de la gauche radicale dans l’arène politique, qui ne cesse d’être l’alarme citoyenne face au FN et aux forfaitures socialistes.
    Clairement, le militant interrogé montre bien les grosses différences qu’il y a entre le FN e la gauche radicale, pas la peine de revenir dessus.
    Le militant me fait plaisir également car la question d’un “culte de la personnalité” est enfin mis questions. Ca fait plaisir, parce que ce n’est pas avec des groupies qui nous allons faire avancer quoi que soit. Le PG est un parti politique et fatalement, une cour se forme autour des instances nationales. Est-ce un passage obligatoire ? J’espère que non, car l’objectif d’éducation du peuple et la formation d’un véritable front du peuple ne passera pas au travers de phénomènes de cours qui exaspèrent bon nombre de militants réfléchissant avec leur cerveau. En ce sens, l’article est intéressant, et je souscris aux élément mis en avant par le militant qui semble lucide sur la situation de la gauche radicale en France.
    Cordialement

    Arnaud Guvenatam le mardi 18 juin 2013 à 8h05

  2. Une simple “discussion” devant les bars dijonnais estampillés extrême gauche suffit à saisir à quel point certains ne demandent qu’à en découdre, ce qui est beaucoup plus commode à soutenir qu’une conversation argumentée et sereine. Néanmoins, je me demande quelle dialectique pourrait s’engager avec ceux pour qui la haine est tout simplement dogmatique…

    Michel Latoute le mardi 18 juin 2013 à 9h45

  3. Bar d’extrême gauche ? Des gens voulant en découdre ? Personnellement je n’en ai pas vu, et très certainement pas dans nos rangs. La question est plutôt de savoir quand on tombe sur des crânes rasé en bombers comment partir vite sans se faire cogner. Et c’est à Dijon, en 2013.

    Arnaud Guvenatam le mardi 18 juin 2013 à 11h10

  4. @ Michel Latoute :

    Je vous invite à rencontrer plus de gens de gauche, vous verrez que les discours raisonnés et argumentés sont légion ..

    Cordialement

    Alexandre Emorine le mardi 18 juin 2013 à 11h11

  5. “Pour eux, tous les maux du monde viennent des immigrés. Ils font le lien entre immigrés et violences sans passer par la case précarité qui explique la délinquance en grande partie – le chaînon manquant de l’explication.”

    Pour populariser de ce chaînon manquant, il faudrait que les médias en parlent davantage. Et pour cela, il faudrait que le front de gauche s’investisse davantage pour la pluralité des médias. Qu’ont-ils fait en côte d’or pour cela ? RIEN. Ont-ils soutenu Dijonscope ? NON. Ont-ils soutenu la Mère en gueule ? NON. Propose-t-ils de créer un quotidien alternatif au Bien Public ? NON.

    straight le mardi 18 juin 2013 à 15h26

  6. Pour populariser de ce chaînon manquant, il faudrait que les médias en parlent davantage. Et pour cela, il faudrait que le front de gauche s’investisse davantage pour la pluralité des médias. Qu’ont-ils fait en côte d’or pour cela ? RIEN. Ont-ils soutenu Dijonscope ? NON. Ont-ils soutenu la Mère en gueule ? NON. Propose-t-ils de créer un quotidien alternatif au Bien Public ? NON.

    Parond, mais une des seules organisations à avoir soutenu les salariés du Scope qui s’écroulait a été le Front de Gauche, ne dites pas n’importe quoi s’il vous plapit, vous êtes RIDICULES.
    La pluralité des média a toujours été dans le programme l’humain d’abord. Merci d’avoir au moins l’honnêteté de le dire. Je vous invite à regarder les conférences qu’à fait le Front de Gauche dans les écoles de journalisme, à parler de la précarité des travailleurs des médias, à “théoriser” la révolution citoyenne dans les média. A un moment donné si les citoyens ne s’implique pas, le Front de Gauche n’a pas non plus de baguette magique. Le réel est ce qu’il est.

    Maintenant, pour ce qui est d’un média alternatif, pardon mais ça coûte de l’argent et nous sommes pas argentés comme les structures telles que le PS et le l’UMP.

    Cordialement

    Arnaud Guvenatam le mardi 18 juin 2013 à 17h02

  7. @ Straight : le Front de Gauche a soutenu DijOnscOpe (paix à son âme), et ce dès le début des soucis financiers. En effet, nombreux étaient les adhérents abonnés (j’en faisais moi-même partie), nous avons également sorti un communiqué de soutien à toute l’équipe.

    Donc avant de lancer des anathèmes, vérifiez vos informations : votre discours deviendra peut-être crédible.

    Quand à la création de médias militants alternatifs au BP : comme le dit Arnaud, ça coûte un max de sous.
    Mais peut-être désirez vous vous abonner à “l’Avenir de Côte d’Or”, hebdomadaire du PCF (membre du Front de Gauche) ? Si non, vous ne mettriez pas en cohérence vos discours et vos actes.

    Je vous invite à relire tout ce qu’à pu produire le Front de Gauche sur la question des médias depuis sa création en 2009 : vous y trouverez beaucoup de choses.

    Et longue vie aux médias libres comme Le Miroir !

    Alexandre Emorine le mardi 18 juin 2013 à 17h19

  8. Sur le site du PG 21, en tapant “Dijonscope” dans le champ de recherche, 1 seul résultat, qui est un simple lien sur la page “liens”. Où sont ces fameux communiqués ???

    Ensuite pour une alternative au BP, je n’ai jamais demandé que le front de gauche la construise tout seul. J’ai juste suggéré qu’il en rappelle de temps en temps le besoin. Mais même ça ils ne sont pas capables …

    Quand à “l’Avenir de Côte d’Or” : il ne contient que certaines actions du pcf 21, + quelques rares articles sur des mobilisations communes … et encore, ce sont des thèmes “homologués” pcf … par exemple, presque rien sur le collectif de soutien aux demandeurs d’asile …

    Les actions et positions du front de gauche ailleurs qu’en Côte d’or, c’est différent. Je mets simplement en évidence l’inaction du front de gauche de côte d’or sur les médias locaux.

    Mais le pire, ce que quand quelqu’un fait cette remarque qui n’est pourtant pas bien méchante, les 2 seules réponses qu’il reçoit sont de la pure contestation sans la moindre miette de mea-culpa !

    straight le mercredi 19 juin 2013 à 16h34

  9. Les “y’a cas faut qu’on” c’est facile. Les journées ne font que 24 heures. On peut pas être sur le terrain sur les réseaux sociaux sur le site du PG, faire un médium libre. Dans la presse il y a des métiers et les militants ont des métiers a côté. Si c’était si facile, cela se saurait. Les anathèmes sont effectivement tellement simples a balancer.
    A un moment donné faut comprendre que nous ne sommes que des humains. Aez faites votre canard libre, je vous soutiendrai, chiche ! Au lieu de commenter le cul dans un fauteuil…

    Arnaud Cuvenatam le jeudi 20 juin 2013 à 10h24

  10. Il ne vous aura pas échappé, Straight, que le site du PG21 n’est pas actualisé régulièrement.

    Voila donc le seul mea culpa que je ferais, c’est la-dessus : nous devrions passer plus de temps à construire un site digne de ce nom, c’est vrai.

    Maintenant que cette question (qui apparemment vous tarabiscotait) u mea culmpa est dépassé, que pouvons nous dire : que l’équipe du Miroir pourra vous confirmer que le Front de Gauche lui a envoyé un communiqué dès l’annonce de la fermeture de dijOnscOpe.

    Quand à notre prétendue inaction sur les médias locaux : c’est tout simplement faux. FR3, Le Miroir, le BP, etc … interview régulièrement des membres du Front de Gauche, que ce soit des adhérents PCF, PG, ou bien encore des non-encartés !

    Donc comprenez qu’en tant “qu’humains”, nous réagissions un peu vivement à vos remarques, les trouvant injustes, gratuites et blessantes.

    Alexandre Emorine le jeudi 20 juin 2013 à 11h29

  11. Manifestement, les membres du front de gauche qui me répondent sont vraiment de mauvaise foi :(

    straight le jeudi 20 juin 2013 à 21h09

  12. Est-il vraiment banal de faire autant de place dans les médias à ce qui reste un courant parfaitement détestable, non seulement par ses références historiques au fascisme, au nazisme, au totalitarisme, au racisme, à l’antisémitisme ? Le visage amène et souriant, moins provocateur de la fille du défenseur de l’OAS, de l’Algérie française, des révisionnistes[1], laudateur des chants de la Wehrmacht[2], rend-t-il plus acceptable ce qui reste les fondements idéologiques du Front National ? Les discours de Marine Le Pen sont autant l’expression de l’anti-France républicaine que ceux de son père. L’un comme l’autre, comme tous les dirigeants du FN se sont toujours mobilisés contre les évolutions progressistes de la société française. Dans tous les domaines : politique, économique, social, démocratique ; que l’on peut traduire par : autoritarisme (culture du chef), libéralisme, anti-syndicalisme (donc contre la défense des droits des salariés), racisme et xénophobie nationaliste.

    ——————————————————————————–

    [1] Ceux qui contestent l’existence des camps d’extermination nazis.

    [2] Le Pen possédait une maison d’audition qui diffusait des chants nazis.

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    allain graux le vendredi 21 juin 2013 à 9h23