Le (très cher) rendez-vous manqué des promesses d’emploi en Bourgogne

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Souvenez-vous : il y a tout juste un an, deux entreprises de taille s’installaient en grande pompe en Bourgogne. La première, le géant américain , promettait pas moins de 1.000 emplois sur son tout nouveau site de Chalon-sur-Saône (71). La seconde, International, s’installait fièrement dans l’ancien site historique d’Amora-Maille à Dijon, annonçant 600 embauches.

Le jour de chaque inauguration, tous les politiques étaient au rendez-vous pour vanter fièrement la poussée en avant de l’emploi en Bourgogne et l’attractivité du territoire. Et pour cause : les collectivités locales y sont allées à coup d’innombrables subventions publiques pour convaincre les patrons de venir dans la région. L’argument ? Plusieurs centaines de nouveaux emplois valent bien quelques centaines de milliers d’euros.

Certes, mais un an après, le premier bilan n’est pas si rose. Loin de là même : Teletech n’embauche pour l’heure que 50 personnes dans un climat tendu, et Amazon pas plus de 150. Pis encore, une récente enquête révèle qu’Amazon profite aisément des subventions du conseil régional de Bourgogne tout en pratiquement tranquillement l’exil fiscal…

Amazon, fraudeur du fisc mais sponsorisé par la collectivité

Le cas polémique d’Amazon, bien que déjà pointé en juin 2012 par nos confrères de la Gazette de Côte-d’Or, a éclaté au grand jour lors de la diffusion de l’émission Cash Investigation sur France 2 mardi 11 juin dernier. Le documentaire, anglé sur les grands exilés fiscaux, révèle que la société américaine de librairie en ligne Amazon, au chiffre d’affaire de 46 milliards d’euros par an, héberge son siège au Luxembourg pour bénéficier d’un taux d’imposition mondiale de seulement 6%.

Pire encore, le fisc français réclame 200 millions d’euros sur les miettes que déclare Amazon de son activité dans l’Hexagone. Activité qui repose principalement sur la logistique et le transit des milliers de produits vendus sur son site internet.

En juin 2012, Amazon a “fait le choix de la Bourgogne” pour installer son troisième grand entrepôt de stockage et de distribution. Précisément à Sevrey, à proximité de Chalon-sur-Saône en Saône-et-Loire. Une “bonne nouvelle pour l’économie et l’emploi” selon , jusqu’alors président du conseil général du département interessé et fraîchement promu ministre du Redressement productif. Mais le choix de Chalon-sur-Saône n’est pas le fruit d’une logique purement logistique ; le géant américain Amazon a su faire jouer la concurrence entre les élus.

Car dans la course, le maire UMP de Beaune Alain Suguenot aurait bien aimé lui aussi voir s’installer une promesse de 1.000 emplois dans sa ville. Alors que trois semaines avant l’annonce d’implantation à Chalon, celui-ci affirmait avoir “d’excellents rapports avec les dirigeants d’Amazon”, il s’est vu souffler le projet par Chalon. Lui qui proposait dans son panier d’accueil “la fiscalité la plus basse, un bâtiment de 50 000 m² disponible et la fibre optique “. Au lendemain de l’annonce, amer, Alain Suguenot émettait quelques soupçons : “A-t-on promis plus d’argent public à Amazon, alors qu’ils ne demandaient rien ? ”

Et pour cause. En face, le panier d’accueil était bien plus alléchant, cette fois porté par à la fois par Arnaud Montebourg, Christophe Sirugue, député-maire socialiste de Chalon, et , président – également socialiste – du conseil régional : sans compter les aides de l’Etat, Amazon a bénéficié au total de plus d’un million d’euros de subventions locales.

Seulement, en un an le discours a bien changé. Entre temps, l’affaire de l’exil fiscal d’Amazon est devenue publique, et les politiques sont bien mal à l’aise lorsqu’il leur faut justifier pourquoi l’argument de l’emploi est passé avant celui de l’impôt. Car dans la subvention colossale versée par le conseil régional, il y avait une clause suspensive : “respecter les règles fiscales”…

Et les 1.000 emplois promis ? “On en compte à peine 150», se réjouirait presque le maire de Beaune Alain Suguenot. L’étonnante politique d’embauche du groupe fait couler de l’encre et les syndicats commencent à trouver leur public parmi le peu de salariés. L’image du groupe aujourd’hui entâchée, l’élu beaunois ose même lâcher, au micro de France Bleu Bourgogne : “J’ai toujours dit que je ne donnerai pas de prime à ce genre de groupe. Même sans Amazon, Beaune va bien”.

Quant au président du conseil régional François Patriat, interviewé sur cette question par les journalistes de France 2, sa réponse était pour le moins éloquente : “Je n’ai pas dit qu’Amazon avait besoin de cet argent, j’ai dit qu’ils pouvaient le demander et qu’ils font de la surenchère territoriale. Et qui peut leur reprocher de le faire dans la mesure où en face des gens jouent le jeu, dont nous d’ailleurs “. Et de conclure : “Je crois qu’Amazon fait comme tous les industriels aujourd’hui, ils vont là où leur intérêt est le plus grand, là où ils peuvent recevoir le plus de soutiens”.

Teletech, à 10% de son potentiel

Deuxième grande société à s’être installée fin mai 2012 à Dijon : Teletech International, sur l’ancien site d’Amora-Maille situé à proximité du Port du Canal.

Pour séduire et inciter Emmanuel Mignot, PDG de la société à s’installer précisément dans la capitale bourguignonne face à 25 autres villes “candidates”, la communauté d’agglomération du Grand Dijon et les autres collectivités locales ont véritablement sorti le grand jeu : 2,5 millions d’euros ont été investis en crédit bail à la faveur de Teletech pour racheter les locaux à Unilever et les réhabiliter entièrement.

Il faut dire que la promesse de 600 emplois de service, précisémenent sur un site historique ayant souffert de l’image de la désindustrialisation il y a quelques années, s’impose comme une aubaine pour l’image médiatique des politiques concernés. Lors de l’inauguration, le maire de Dijon François Rebsamen avait même annoncé la réhabilitation d’un batiment de 280 logements pour accueillir tous ces nouveaux hypothétiques employés dans la ville. Le tout pour une opération immobilière d’un total estimé à plus de 6 millions d’euros.

Dans l’aventure, le conseil régional de Bourgogne n’a pas été en reste non plus. Si la région a  investi 500.000 € au titre de “l’équipement” du projet, elle ne s’est pas arrêté là : en 2009, le conseil régional de Bourgogne a participé à hauteur de 39.000 € à la formation des futurs téléconseillers de Teletech Campus à Dijon, bien que cette société soit totalement privée…

Malgré toutes ces aides, un an après l’inauguration en grande pompe des locaux ultra-modernes et la visite de la ministre Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif chargée des PME, les 600 emplois se font toujours attendre. Certes ils étaient annoncés au terme de quatre années d’activité, mais depuis l’ouverture le petit nombre de 57 salariés a stagné, voire diminué. Et déjà, un mouvement social a  été mené parmi les salariés en avril 2013 pour dénoncer “les conditions de travail”, les “horaires atypiques”, et la “pression des objectifs”.

Edit : Emmanuel Mignot, PDG de Teletech International, a tenu a user de son droit de réponse suite à la publication de l’article. Ci-dessous, sa réaction :

Cher Monsieur,

Vous écrivez sans vérifier et pratiquez l’amalgame. Il n’y a eu aucun mouvement social chez Teletech Campus et l’ambiance y est particulièrement détendue. Que 4 syndicalistes CFDT n’appartenant pas à l’entreprise aient voulu se faire de la publicité en se faisant prendre en photo devant notre bâtiment n’aurait pas du vous conduire à des conclusions négatives comme vous le faites.

Pour ce qui est de nos engagements, ils ont été dès le départ de créer 600 emplois dans les 4 ans de notre ouverture. La livraison du bâtiment ayant pris un retard de près d’un an, s’est réalisée à une période nettement défavorable ce qui nous a énormément pénalisés. Nous progressons cependant, et devrions retrouver le rythme prévu. La conjoncture étant difficile pour tout le monde, nous mettons tout en œuvre pour atteindre nos objectifs.

Reste la question des financements publics : ils sont strictement conformes aux règles établies, ne nous sont versés qu’au prorata des embauches effectivement réalisées pour ce qui concerne les aides à la formation. Pour les aides au bâtiment, il faut noter qu’il s’agit d’un crédit-bail sur 15 ans. Ce n’est donc pas des sommes que nous percevons, mais d’un investissement dont les partenaires publics restent propriétaire et que nos loyers servent à financer.

Il est de bon ton de critiquer ceux qui investissent (3 millions en ce qui nous concerne) et prennent des risques pour créer dans une conjoncture difficile des emplois en France”.

Les commentaires sont clos.

  1. Aidons les entreprises françaises avant les multinationales ! On a mis la main à la poche pour une entreprise qui n’en a pas besoin ! Foutaise !

    ferrigno le lundi 17 juin 2013 à 10h33

  2. Il n’y a jamais eu de mouvement social à Teletech Campus !

    4 syndicalistes de la CFDT n’appartenant pas à l’entreprise sont venues se faire de la pub en distribuant des tracts à l’entrée de la société !

    Renseignez-vous au lieu d’écrire n’importe quoi

    Dijonnais le lundi 17 juin 2013 à 12h22

  3. 600 emplois prévus, et à peine 60 en réalité. et ce patron se permet de donner une leçon ! c’est le monde à l’envers. au fait, il a du retard dans les embauches, mais il ne me semble pas que les collectivités aient eu de retard dans leurs subventions. Comment justifie-t-il ce décalage ?

    rodolphe le mardi 18 juin 2013 à 11h02

  4. Mr Mignot est un routier de la subvention publique il n’en est pas à son premier coup !!! Son entreprise n’a jamais gagné d’argent et il donne des leçons à tout le monde… Il va maintenant rejeter la faute sur autres encore et encore…

    En fait la collectivité à oublier de lui trouver des clients !

    http://www.impots-cible.fr/linteret-pour-teletech-ne-se-dement-pas/

    Quel aveuglement public !!!

    CGT le mardi 6 août 2013 à 13h53

  5. Le problème de ce patron est simple, c’est qu’il vit encore au 19 e siècle et pense qu’il y a d’un côté les patrons et de l’autre les salariés et que tant que lui restera patron, tout va bien. Sauf que bizarrement, il accorde plus d’importance à la valeur travail qu’à celle du capital, comme au chiffre d’affaire plutôt qu’au résultat de son entreprise. Pour vous le confirmer, il suffit de remarquer qu’il embauche des salariés avant d’avoir les clients, dans des surfaces énormes ( charges variables) et que lorsque l’on regarde le résultat de son entreprise en 2012 par exemple, sur les sites comme societe.com, l’on constate une perte de plus de 90000 euros.. Ce qui est le plus regrettable, c’est qu’il se sert de l’ignorance ou incompétence du conseil régional et de la cci, alors que c’est pareil de son côté. Car une entreprise cotise pour le conseil régional et pour la cci , sauf que même en tant que sarl financée et aidée par des aides publiques, si ces résultat son négatifs, il faudra bientôt se débarrasser un à un de tous ces salariés et du matériel qui va avec pour épurer les dettes de l’entreprise. Et bien sure, les aides pour teletech, le sont grâce aux impôts des contribuables bourguignons. La promesse de 600 embauches est donc une fausse promesse ou plutôt une arnaque. Lui même ne peut gagner d’argent qu’en retirant celle ci du résultat de son entreprise si celui ci est positif, ce qui n’est pas le cas. De plus, quand on identifie la personne qui est chef de service dans cette entreprise, l’on en vient à regarder ce qui est un manipulateur sur le web, je parle de msr m rognone. car si l’entreprise veut vraiment décoller, pourquoi alors ne conserver que les tires aux flancs et se servir d’une petite amélioration possible grâce aux autres pour demander une augmentation? Tout cela est bien pitoyable et je plains tous ces salariés qui sont asservis par des gens pires qu’eux.

    magicman le dimanche 27 octobre 2013 à 12h34