Ivresse publique : payer ou consulter, il faut choisir

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Et si la contravention n’était pas un si bon curatif contre l’alcoolémie chez les jeunes ? Depuis son entrée en fonction, le préfet de Côte-d’Or Pascal Mailhos souhaite mener une politique moins strictement répressive à l’égard des excès d’alcool dans l’espace public, tout en se préoccupant du phénomène grandissant de binge drinking. En décembre 2012, un partenariat entre les services de police et SOS Médecins avait déjà été signé pour éviter le passage obligatoire par les urgences de l’hôpital des jeunes interpellés en état d’ivresse.

Lundi 10 juin 2013, la préfecture de Côte-d’Or a signé une nouvelle convention avec l’Agence régionale de santé pour mettre en place une alternative aux poursuites financières en cas d’ivresse publique manifeste (IPM), à destination des jeunes entre 18 et 25 ans. Le contrevenant pourra ainsi, s’il le souhaite, se substituer à la traditionnelle amende de 150 € s’il s’engage à aller consulter un spécialiste médical des addictions dans le mois suivant son infraction. Et ce dans le but de prévenir une éventuelle conduite addictive plus durable, et bien plus dommageable sur le plan médical….

La Bourgogne plus touchée que la moyenne nationale

Si la Bourgogne est certes une terre culturellement attachée à la consommation de vin, il est un phénomène anglosaxon qui depuis quelques années touche les jeunes de la région de façon préoccupante : c’est le binge drinking. ” Une conduite d’alcoolisation massive et frénétique dans un temps très court, avec une recherche intentionnelle organisée d’ivresse “, comme le définit la Sedap, structure associative dijonnaise spécialisée dans l’accompagnement psychologique des phénomènes addictifs.

Preuve indirecte que le binge drinking touche le territoire, les cas d’ivresse publique ont augmenté de 68% entre 2006 et 2011 en Côte-d’Or. 610 ont été relevé à Dijon en 2012, 170 depuis le début de l’année 2013, et ce seulement durant les nuits du jeudi au dimanche.

Christophe Lannelongue, directeur de l’Agence régionale de santé, a d’ailleurs pu remarquer que les jeunes bourguignons sont ” nettement plus consommateurs que les jeunes Français “. 22% ont déclaré avoir bu au minimum dix fois par an plus de cinq verres en une seule fois, contre 15% pour la moyenne nationale.

“On ne grandit pas avec le binge drinking”

Face à l’ampleur de la présence de l’alcool dans les pratiques festives des jeunes, l’Etat a souhaité réagir sur un ” problème à la fois d’ordre et de santé publique “, comme l’explique  la procureure de la République Marie-Christine Tarrare. ” En agissant ainsi, les jeunes se mettent en danger et mettent les autres en danger. Outre les désagréments publics que l’ivresse peut causer, il est question de la préservation de l’avenir de ces jeunes, qui risquent de tomber dans une spirale de dépendance alcoolique importante “, explique la procureure.

Mais en partenariat avec la préfecture et les structures associatives du territoire, celle qui est chargée de faire appliquer la loi et les traditionnelles sanctions a souhaité aller elle-aussi ” au-delà d’un regard un peu froid et d’un timbre-amende à afficher, et amener les jeunes à réfléchir “.

Alors en plus de leur traditionnelle notification d’amende, les jeunes contrevenants recevront une notice d’information leur proposant l’alternative de consultation d’un spécialiste des addictions dans le mois suivant l’infraction. S’ils choisissent cette option – une liste de quatre centres d’écoute et de soins et de neuf médecins généralistes aggréés est également fourni -, à l’issue de leur entretien personnalisé ils recevront un questionnaire à remplir sur leur consommation et une attestation de consultation à remettre au commissarait de police afin de lever toute sanction.

Quant au préfet de Côte-d’Or Pascal Mailhos, celui-ci a bien tenu à préciser ” qu’il ne s’agit pas d’abandonner la notion de sanctions “, puisque le protocole ne fonctionne pas dès lors qu’une autre infraction connexe (violence sur personne, dégradation…) est remarquée. Et d’ajouter enfin que ” lorsqu’on est étudiant, l’alcool n’est pas un rite de passage obligé “, et ” qu’on ne grandit pas avec le binge drinking “.

La fête de la musique le 21 juin, prochain grand rendez-vous en plein air dans les rues de la ville de Dijon, sera la première occasion de tester ce dispositif. Enfin, la convention Harmonuits, entre les associations étudiants et les professionnels de la nuit, devra être revue ” pour plus d’équité ” à la rentrée de septembre 2013.

Les commentaires sont clos.

  1. Très bon article, en revanche j’ai peur que cette mesure ne soit franchement pas efficace, même si je suis persuader que la partie préventive de cette mesure est capitale elle ne devrait pas se substituer à la sanction, ainsi les mesures en cas d’ivresse publique devrais être une sanction financière ainsi qu’une consultation OBLIGATOIRE auprès de professionnel des addictions. Et dans les cas d’infraction connexe, peut être envoyer les personnes interpellés faire des heures de travail d’intérêt général dans les hôpitaux ou les centres de soins pour personnes victimes des effets de l’alcool.

    Romain le samedi 15 juin 2013 à 12h42