Europe : Optez pour le lobbying citoyen !

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L’Europe, un ensemble trop opaque ? Trop complexe pour un simple Bourguignon ? Pas sûr. Car grâce à l’un de ses neuf euro-députés, chacun d’entre nous peut entrer en connexion avec cette super-structure dont nous ne sommes plus qu’une région “Grand-Est”. La France compte neuf de ces circonscriptions un peu spéciales, l’Europe en totalise une soixantaine.

Le Grand-Est, s’il n’a pas grand chose à voir avec nos découpages régionaux, a pour autant une certaine chance, c’est qu’il est “cohérent”, selon une de ses représentantes au , (EELV-Les Verts) – difficultés d’une industrie en restructuration, agriculture importante… Il élira, dans un an exactement, ses représentants au Parlement.

L’année 2014, est celle des élections municipales. C’est aussi celle des élections européennes. Comme tous les cinq ans, le parlement sera renouvelé. La grande nouveauté, c’est que les électeurs pourront mettre un visage sur leur bulletin de vote. Pour la première fois depuis la signature du Traité de Lisbonne qui introduit cette mesure, les partis politiques européens devront désigner leur candidat “président de la ” en cas de victoire de leur groupe.

Peut-être une manière d’intéresser un peu plus les Européens à l’union… quelque peu en panne. Et en manque de “citoyens” actifs. Nous en avons discuté avec l’euro-députée déléguée aux pétitions.

Sandrine Bélier, bonjour.

En quoi le vote d’un citoyen est si important pour vous, euro-députés du Grand-Est ?

Voter plus massivement viendrait renforcer l’envie de démocratie et de transparence au sein des institutions européennes. C’est un des moments clés de la démocratie. Voter pour nous, écologistes, c’est  faire peser les choix dans le sens de la transition énergétique.

J’aimerais que les gens se mettent à voter pour des gens qui ont vraiment un programme européen. Qu’ils regardent ce que les candidats portent comme vision de l’Europe, c’est vraiment ça qui se joue. A mon sens, la sortie de crise aujourd’hui se joue à l’échelle de l’Europe et non au niveau national.

Enfin, la nouveauté de 2014, c’est que l’on votera pour le président de la commission. Les Européens pourront mettre un visage sur leur vote.

Aujourd’hui, quels sont les sujets sur lesquels les Bourguignons devraient porter leur attention de manière à défendre leurs droits ? 

La bataille des organismes génétiquement modifiés (OGM) aujourd’hui n’est pas finie, puisque nous attendons un nouveau règlement d’évaluation de la part de la commission (notamment les études faites avant la mise sur le marché). Donc on n’a pas encore écarté la question de l’utilisation des OGM en Europe.

Un autre projet de règlement devrait attirer l’attention des citoyens qui est également affilié à la question des OGM, c’est celle des semences. La possibilité de pouvoir ou non utiliser des semences non-génétiquement modifiées, et qui n’appartiennent pas à une grosse firme industrielle telle que Monsanto.

La mobilisation doit également rester intacte sur la préservation des abeilles, et nous avons obtenu la suspension de trois pesticides pendant deux ans. Désormais, il va s’agir de passer de la suspension à l’interdiction. Il existe encore un certain nombre de pesticides qui mériteraient d’être interdits.

Dans le même ordre d’idée que le dossier Erscia dans le Morvan, nous suivons encore deux projets législatifs de manière attentive. Il s’agit de la protection des données sur  internet (TAFTA), de l’information à l’échelle de l’Union européenne mais aussi de la neutralité du net.

Qu’est-ce qu’un citoyen bourguignon peut faire pour agir contre ces dossiers ? Rien ? 

Si, au quotidien. lorsqu’il signe une pétition qui permet d’interpeler ses élus et notamment les parlementaires européens. Ensuite lorsqu’il estime qu’il y a une violation de ses droits, de saisir la commission des pétitions du parlement européen grâce à l’Initiative citoyenne européenne (ICE) un droit très important ouvert à tout citoyen individuel ou en groupe.

Et puis enfin, quand on est dans des procédures législatives, il y a toujours la possibilité d’interpeler son parlementaire, de lui téléphoner, de lui envoyer un mail, d’entrer en lien direct et de lui demander de prendre position dans un sens ou dans un autre.

Peut-être les Européens ne le font-ils pas assez? 

Oui en effet, assez peu. Quand je suis arrivée dans cette commission des pétitions (saisie par un citoyen minimum si potentielle violation du droit européen), j’ai constaté assez peu de pétitions française en réalité. Et moi-même qui suis juriste et qui fais un certain nombre de contentieux européens contre la France, je ne savais pas qu’il existait cette commission parlementaire.

Donc je ne jette la pierre à personne, parce que ce n’est pas dans notre culture. En France nous sommes habitués à voter aux élections, puis les décrets tombent. Au dernier moment, éventuellement, on entrera dans une logique simple d’opposition, de manifestation. S’il faut aller jusqu’au bout, on ira dans les tribunaux. La phase intermédiaire d’aller voir son parlementaire, de jouer des influences, ce n’est pas tellement dans les mentalités des Français.

Comment s’organise un agenda de député, passez vous beaucoup de temps sur le terrain chaque mois ?

Nous avons un cadre fixé chaque année, un an à l’avance. En général nous travaillons trois semaines en Commission à Bruxelles, du lundi au jeudi, dont deux semaines de Commission parlementaire, et une de groupe politique où l’on met en commun les dossiers, où l’on trouve des consensus. C’est la semaine avant la plénière, avant les votes. Ensuite nous votons durant une semaine les rapports à Strasbourg. Enfin, trois fin de semaines sur quatre, je suis physiquement soit sur les territoires à la rencontre des gens, soit dans des événements débats, conférences.

On se méfie beaucoup des lobbies européens aujourd’hui, qui sont vos principaux interlocuteurs?

Je vois les lobbies à Bruxelles, et parmi eux, des associations de protection de l’environnement ou des droits de l’homme. Au quotidien, je travaille avec ces dernières principalement, mais aussi avec des industriels. J’écoute l’ensemble des personnes qui manifestent un intérêt sur les sujets sur lesquels je travaille. On doit recevoir à peu près 300 mails par jour. Je peux accompagner aussi des citoyens dans leur action. Sur des dossiers comme ACTA, nous avons pu gagner grâce à un lobby citoyen (mené par le site La Quadrature du Net), une première européenne !

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