Claire Rocher (LO) : “Les villes sont des vaches à lait qui engraissent les grandes entreprises”

Claire Rocher, candidate Lutte ouvrière aux élections municipales à Dijon

Claire Rocher, candidate Lutte ouvrière aux élections municipales à Dijon

Après les élections Européennes en 2009, les Régionales en 2010 et les Législatives en 2012, veut faire entendre la voix des salariés, ouvriers et retraités aux municipales. La candidate de Lutte ouvrière prend la succession de Jacqueline Lambert. En 2008, cette dernière avait rassemblé 1,04% des suffrages.

L’infirmière au CHU de Dijon a été la première à déposer sa liste, “Dijon, faire entendre le camp des travailleurs”, le jour de l’ouverture des inscriptions à la préfecture de Côte-d’Or. Pour elle, il ne s’agit pas vraiment de remporter les élections, mais bien de représenter les oubliés.

À partir de lundi 17 mars et durant toute la semaine, retrouvez chaque soir les interviews des différents candidats aux élections municipales à Dijon, sur Radio Dijon Campus. Branchez-vous dès 17h30 sur le 92.2FM ou rendez-vous à 18h sur le Miroir Mag.
Claire Rocher bonjour. Déjà, question commune à l’ensemble des candidats. Que représente pour vous le mandat de maire ?

Je me présente avant tout pour que mon camp, celui des travailleurs, se fasse entendre. C’est la première fois en deux ans que nous pouvons exprimer notre colère contre le gouvernement socialiste qui offre plus de cadeaux aux patrons en piochant dans la poche des classes populaires. En nous présentant, nous montrons que l’opposition n’est pas seulement celle de la droite ou de l’extrême droite, mais aussi celle des ouvriers.

Être maire, c’est diriger la commune. Le rôle de François Rebsamen a été d’appliquer au local la politique nationale du PS. Autrement dit, subventionner les entreprises, ne pas s’opposer aux plans de licenciement comme celui Amora, à la fermeture annoncée de TRW ou de Parker. Il n’a pas eu la volonté politique. Je me présente pour parler des vrais problèmes des gens.

Et il n’y a donc pas de place pour le maire ?

On peut imaginer une politique plus en faveur des classes populaires, ce n’est pas compliqué. Mais il faut revenir aux vrais problèmes des gens. Nous sommes tous confrontés au chômage : dans nos familles nous connaissons forcément quelqu’un dans cette situation. Pour ceux qui travaillent, le quotidien consiste à survivre malgré les cadences infernales, à boucler les fins de mois qui arrivent pour la plupart le 10 du mois…

Les travailleurs doivent relever la tête et affirmer leurs exigences. Ce n’est pas la couleur de la prochaine municipalité qui va changer les choses.

Quel bilan tirez-vous du mandat de François Rebsamen ?

Je n’ai pas de point positif. Je retiens les licenciements dont je viens de vous parler. François Rebsamen a fait au local la politique socialiste nationale. C’est-à-dire arroser de subventions les entreprises sous prétexte d’éviter de perdre des emplois. Manifestement, ça fait des décennies qu’on leur donne des subventions à tout-va et qu’elles licencient toujours.

C’est à ce bilan, à cette politique que l’on doit s’opposer. Nous devons saisir les Municipales pour exprimer notre écœurement vis-à-vis de cette politique de servilité par rapport aux riches.

À quelles entreprises pensez-vous lorsque vous parlez des subventions ?

Tout est prétexte à donner de l’argent aux grands patrons. Même le chantier du tramway. Alstom se porte très bien. De notre côté, nous n’arrivons pas à avoir un transport qui nous emmène sur notre lieu de travail, nous n’avons pas de tramways qui correspondent à nos heures de travail, nous n’avons pas de bus qui vont dans les cités populaires en quantité suffisante… Si on demandait l’avis d’Alstom, elle dirait que les transports publics vont très bien.

Le chantier du tramway n’a jamais servi à embaucher plus de monde
Ça a créé de l’emploi quand même…

Non, ce n’est pas vrai, ils ont continué à licencier malgré leur chantier. Ces bénéfices vont directement dans les profits qui iront ensuite dans la spéculation. Ça n’a jamais servi à embaucher plus de monde.

Le fait d’avoir essayé de développer les transports en commun, c’est forcément négatif pour vous ?

Le problème, c’est que ça ne part jamais des besoins des classes populaires. Les projets de la ville, dans les domaines des transport ou de la culture, ne s’adressent pas aux classes populaires, mais ont plutôt pour objectif de développer le tourisme et l’activité de la ville.

Ce qui n’est jamais dit à propos des transports publics, c’est que les municipalités, les communautés de communes sont des vaches à lait qui engraissent les grandes entreprises. Il suffit de regarder le chantier de l’hôpital, le tramway du Grand Dijon, le centre culturel de Chenôve.

Que proposez-vous pour pallier ce problème ? Si on se passe des grosses entreprises, à qui confie-t-on les chantiers ?

Un exemple avec les logements : il faudrait un ministère du Logement qui embauche directement les personnels nécessaires à la construction des bâtiments. Ce ne sont pas les maçons, peintres ou architectes qui manquent. De plus, ceci éviterait de donner de l’argent aux flibustiers du ciment, comme Bouygues ou Eiffage… Et ça permettrait de reloger en urgence les personnes mal logées ou qui n’ont pas de toit.

Localement, il n’y a pas de solution. L’hypothèse serait de faire payer les riches, et ce n’est pas une municipalité qui peut le faire. Les seuls à pouvoir l’imposer, ce sont les travailleurs. Nous, travailleurs, nous faisons tout tourner dans ce monde. Nous construisons les immeubles, nous soignons les gens, nous éduquons les enfants, nous faisons rouler les trains… Tout ça ne se ferait pas sans travailleur et c’est notre force d’être au cœur du système économique. Il n’y a que la classe ouvrière elle-même qui pourra imposer aux riches de mettre la main à la poche.

Le seul avenir, c’est que la classe ouvrière relève la tête et se fasse entendre
L’économie, nous le voyons, se tertiarise, des grosses industries ferment. Est-ce que le mot ouvrier a encore vraiment un sens selon vous ?

L’ouvrier fait tout tourner dans le monde. En France, il y a des millions de gens qui font tourner la société et qui n’ont que leur salaire pour vivre alors qu’on leur fait payer la crise pour rien. Les travailleurs en ce moment payent sur tout. Ils payent sur leur salaire, leur logement, le litre d’essence qu’ils mettent dans leur réservoir de voiture. Sur le kilo de pâtes même où il y a une TVA. La TVA qui est la taxe la plus injuste qui soit puisque les riches payent autant que les petites gens comme nous. Je pense que le seul avenir qu’on ait, c’est que la classe ouvrière relève la tête et se fasse entendre.

Alors, comment sauvez-vous Parker et les sites qui ferment à Dijon ?

Il faut interdire les licenciements. Il faut arrêter d’ajouter des chômeurs aux chômeurs. Au niveau des entreprises, on peut répartir le travail entre tous les salariés, sans baisse de salaire. Et au contraire, en faisant en sorte qu’ils suivent la hausse des prix.

La seule difficulté de mon programme, c’est de trouver l’argent. Et l’argent est dans les profits de ces entreprises, dans les fortunes privées des actionnaires. Il faut qu’on trouve un moyen de faire payer les riches.

On vous entend sur des propositions nationales, mais pourquoi ne saisissez-vous pas les Municipales pour proposer des solutions locales ?

Je ne vais pas vous faire des promesses comme les autres parce que je pense que ce n’est pas la municipalité qui peut régler les licenciements chez Parker, par exemple.

Vous ne proposez pas d’alternatives comme des Scop ou autres… ?

Là, vous me demandez de donner de l’argent aux entreprises et aux patrons pour éviter des licenciements. Je m’oppose à ça. Il n’y a pas de solution locale. Ceux qui disent le contraire mentent. Les seuls qui ont le poids suffisant pour s’opposer à ce genre de décision sont les travailleurs. À un moment, la classe ouvrière va devoir relever la tête et retrouver le chemin des luttes collectives comme elle a su le faire par le passé. Ce fut la seule force de progrès pendant tout le siècle dernier. Les élections municipales sont l’occasion de lever le drapeau et d’appeler les électeurs qui en ont marre de subir, de se faire dépouiller par la bourgeoisie, d’être gruger par les politiciens de s’exprimer.

Au second tour, pas de consigne de vote particulière ?

On va déjà faire le premier tour. Personne ne représentera nos idées au second tour.

Les commentaires sont clos.

  1. Des propos qui semblent être ceux d’une extra-terrestre tellement la pensée dominante est ancrée en nous, et pourtant des propos plein de justesse hélas.

    citoyen le mercredi 19 mars 2014 à 22h21

  2. Et l’écologie, ça n’existe pas pour Mme Rocher ? 21 questions lui ont été adressées par Les Amis de la Terre Côte-d’Or, madame Rocher n’a répondu à aucune ! (http://www.amisdelaterre.org/Elections-municipales-a-Dijon-les.html) Pourtant l’écologie concerne TOUT le monde. Manque de temps pour répondre ou manque de réalisme du monde dans lequel on vit de la part de Madame Rocher ?

    dijon-ecolo le mercredi 19 mars 2014 à 22h44

  3. Belle interview sans les gants

    Dijon Autrement le jeudi 20 mars 2014 à 13h17

  4. Pleine de contradiction cette interview !
    Première question sur le bilan du maire sortant. Elle reproche à François Rebsamen de “ne pas s’opposer aux plans de licenciement comme celui Amora, à la fermeture annoncée de TRW ou de Parker”
    Dixième question sur ses propositions locales : “je pense que ce n’est pas la municipalité qui peut régler les licenciements chez Parker, par exemple”

    Anonyme le jeudi 20 mars 2014 à 16h13