La réforme des rythmes scolaires, argument de campagne

Photo Jonas Jacquel

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Échéance électorale oblige, l’épineux débat de la s’invite à nouveau dans l’actualité politique. La semaine de 4,5 jours doit pourtant être appliquée sans exception à la rentrée prochaine. Plus de mot d’excuse et de délai d’un an comme en 2013. Si dans certaines communes de Côte-d’Or sa mise en place pose de réelles difficultés, des candidats n’hésitent pas à se servir de l’impopularité de la mesure à des fins électorales.

À Talant, par exemple, le maire UMP Gilbert Menut a annoncé, début mars, qu’il refuse l’application de la réforme des rythmes scolaires à la rentrée prochaine. “La méthode de mise en place par un décret ministériel manifestement non préparé et surtout non accompagné a beaucoup choqué et a, de fait, desservi la cause qu’il devait promouvoir”, explique-t-il dans un courrier envoyé au recteur de l’Académie de Dijon. Selon ses services, il aurait le support de 80% des parents de la commune sur cette décision.

Stéphane Woynaroski (PS), son opposant dans la course à la mairie de Talant, dénonce un “coup de comm”. La prise de position du maire sortant, qui se bat contre la réforme depuis un an, ne serait qu’une posture électoraliste. Car la réforme étant adoptée, pour Stéphane Woynaroski, on ne peut plus, de fait, la refuser. “Le maire de Talant n’a pas le pouvoir de ne pas appliquer cette réforme. Aujourd’hui, la question n’est plus de débattre sur l’application ou non des nouveaux rythmes scolaires, mais elle est de savoir comment la mettre en place et dans les meilleures conditions possibles, en respectant les enseignants, les enfants, leurs familles”, explique-t-il.

Photo Jonas Jacquel

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Impopularité du gouvernement et du PS

Dans un communiqué de presse diffusé au début du mois de mars, François Sauvadet, président UDI du conseil général assimile la réforme des rythmes scolaires “qui impacte lourdement les circuits de transport scolaire” aux “ponctions sans précédent de l’État” desquelles seraient victimes les collectivités territoriales. S’il n’est pas candidat à une municipalité, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy encourage manifestement l’impopularité du gouvernement et du PS. La semaine de 4,5 jours n’est pas la seule réforme qu’il dénonce, mais il enfonce le clou. “Aujourd’hui la confusion est totale, les collectivités exsangues et l’État veulent leur faire jouer le rôle de bouc émissaire de sa propre incapacité à se réformer.”

À Dijon, François Rebsamen à choisi d’appliquer le changement des rythmes scolaires dès la rentrée 2013. Une mise en place dénoncée déjà à l’époque par son adversaire, Alain Houpert (UMP), qui parle alors, en novembre dernier, de décision “autocratique” du sénateur-maire sortant. “Dijon s’est engouffrée dans le nouveau dispositif, à marche forcée, croyant faire école… contre l’avis unanime de l’intégralité des conseils d’écoles qui avaient tous demandé d’attendre 2014”.

Aujourd’hui, il n’a pas changé d’avis sur la question. Les rythmes scolaires occupent une place de choix dans le programme de sénateur candidat. Alain Houpert y argue que “69% des parents d’élèves considèrent que la réforme de rythmes scolaires a eu un impact négatif sur le bien-être de leurs enfants”. Le programme affirme qu’avec “la mise en place trop rapide de la réforme […], les 80 écoles publiques de Dijon subissent un vrai désordre”. Avec en sus une promesse, assez floue, “Dès septembre 2014, modifier l’application de la réforme des rythmes scolaires à Dijon, en concertation avec la communauté éducative et les parents d’élèves”.

Un débat… quotidien

Même quand il est accepté de principe, le passage à la semaine de 4,5 jours pose parfois problème. C’est le cas à l’école de Belleneuve, qui accueille aussi les écoliers de Savolles, Magny-Saint-Médard et Trochères. Une fronde de parents d’élèves s’est levée et appelle à une journée “école morte” mardi 18 mars. Ils invitent les autres parents qui les soutiennent à ne pas déposer leurs enfants à l’école. Ce qu’ils remettent en cause, ce n’est pas le passage à la semaine de 4,5 jours, mais le choix de cette demi-journée supplémentaire : mercredi ou samedi.
Le texte prévoit que la demi-journée se déroule le mercredi matin. Mais une demande de dérogation est possible. Un sondage fait dans la communauté de communes du Mirebellois, où se trouve l’école de Belleneuve, a montré que 70% des parents étaient favorables au choix du mercredi matin. Pourtant le Sivos, qui gère ces questions, a bien proposé une dérogation pour le samedi matin à la direction académique, le 10 mars dernier.

Les parents d’élèves de l’école de Belleneuve se déchirent entre pro-samedi et pro-mercredi. Depuis, ce vote au sein du Sivos a été annulé, à la suite d’une première mobilisation des parents pro-mercredi. “Il y tellement d’aspects familiaux qui ne sont pas pris en compte pour le samedi matin”, regrette Sylvia Delorme, une des parents d’élèves. “Il y a les parents divorcés. Ceux qui ont des enfants qui sont au collège et d’autres en primaire, et qui n’iront pas le même jour à l’école. En plus, nous sommes les quatre seules communes du département à avoir fait une demande de dérogation pour faire la demi-journée supplémentaire le samedi. Il n’y aura pas d’harmonie au niveau du territoire avec les autres communes. Les enfants ne pourront plus profiter des activités culturelles de Mirebeau-sur-Bèze, puisqu’ils seront décalés”.

Sylvia Delorme insiste, ces parents d’élèves ne sont pas défavorables à la réforme des rythmes scolaires. C’est simplement le choix de la demi-journée supplémentaire qui pose problème. Même lorsqu’elle est jugée bonne, la réforme provoque des difficultés. Sur lesquelles des candidats à des adversaires favorables surfent pour faire marcher le compteur à voix électorales. À Chenôve, Marie-France Villaume est même en lice avec une liste “d’unité indépendante contre l’application de la réforme des rythmes scolaires”.

Les commentaires sont clos.

  1. La semaine des quatre jours et demi pour tous (y compris les adultes)
    en attendant les trente-deux heures. Seule solution pour le plein-emploi

    Dijon Autrement le mardi 18 mars 2014 à 14h51

  2. Rassurez vous pour certains enfants de maternelle , la semaine “sur leur lieu de travail” peut atteindre 50 heures maintenant !
    Avec une telle réforme ,ils vont adorer l’école c’est sûr et j’ai hâte de voir les futurs résultats PISA .A moins de les bidonner , je suis plus que pessimiste ,mais , on pourra encore dire que c’est la faute des instits :cela marche toujours depuis des lustres.

    modigliani le mercredi 19 mars 2014 à 10h22

  3. Droit à l’image du bambin? Rassurez-moi

    Dijon Autrement le jeudi 20 mars 2014 à 15h16