Isabelle de Almeida (Front de gauche) : “Les citoyens doivent reprendre le pouvoir sur ce bien commun qu’est l’eau”

Isabelle de Almeida, tête de liste du Front de gauche à Dijon | Photo Jonas Jacquel

Isabelle de Almeida, tête de liste du Front de gauche à Dijon | Photo Jonas Jacquel

Après avoir conduit la liste “Dijon clairement à gauche” en 2008, se présente à nouveau pour les prochaines élections municipales. Alors qu’il y a six ans, la gauche de la gauche se déchirait en quatre listes, il n’y en aura que deux, le 23 mars prochain. Effet Front de gauche sans doute puisqu’elle a réussi à rassembler autour d’elle des représentants du Parti de gauche, du Parti communiste français, de la gauche unitaire et d’Ensemble. Et même une ancienne conseillère sortante, Christine Truchot-Dessolle.

Officiellement, il s’agit de battre la droite. Pourtant, la liste ne cache pas son amertume envers François Rebsamen, le sénateur-maire sortant. Car c’est un proche du gouvernement déjà, mais aussi parce qu’il a préféré l’alliance avec le Modem. Durant sa campagne, le Front de gauche a privilégié l’aspect participatif en organisant un forum pour inviter les électeurs à décider des grands axes de la campagne.

À partir de lundi 17 mars et durant toute la semaine, retrouvez chaque soir les interviews des différents candidats aux élections municipales à Dijon, sur Radio Dijon Campus. Branchez-vous dès 17h30 sur le 92.2FM ou rendez-vous à 18h sur le Miroir Mag.
Isabelle de Almeida bonjour. Déjà, question commune à l’ensemble des candidats. Que représente pour vous le mandat de maire ?

Être maire c’est d’abord s’entourer d’hommes et de femmes, animer une équipe municipale. Nous avons tendance à trop présidentialiser et personnaliser la fonction de maire alors qu’il y a derrière lui une équipe. Il faut être à l’écoute des citoyens et citoyennes de sa ville, de l’intercommunalité désormais, tout en satisfaisant les besoins de la population que ce soit au niveau des transports ou encore des logements par exemple.

Mais être maire c’est aussi faire de la politique. C’est-à-dire qu’il ne faut pas uniquement gérer les deniers octroyés par les dotations de l’État de plus en plus maigres ou par les retours sur la fiscalité, mais c’est aussi faire des choix, arbitrer des situations, s’engager et mener des batailles avec les citoyens tout en les associant.

Vous avez été conseillère municipale entre 2001 et 2008 avant de devoir quitter votre mandat sur décision des électeurs. Quel bilan tirez-vous des treize années de François Rebsamen ?

Pour y avoir participé lors du premier mandat, je considère que la volonté de construire des logements sociaux est incontestablement un point fort de ses mandats. La ville de Dijon était sous-dotée et la loi SRU est venue pousser les collectivités à respecter cet engagement. Je note aussi l’embellissement de la ville ou la réussite en matière de transport même s’il faut toujours améliorer certains points. Je peux aussi citer la tarification sociale dans les cantines qui n’existait pas jusqu’en 2001.

Mais François Rebsamen n’a pas suffisamment développé les services publics sur les communes et l’agglomération. Je pense aux crèches dont certaines ont été construites par des entreprises privées ou encore la nécessité de reprendre la main sur les grands groupes notamment pour la gestion de l’eau.

Alors justement, cette municipalisation de l’eau est l’un de vos axes forts de campagne. Concrètement quelle peut-être la conséquence pour le consommateur ?

Cette municipalisation permettra déjà d’avoir un regard dessus. Les citoyens doivent reprendre le pouvoir sur ce bien commun qu’est l’eau. Ils seront associés à cette construction de retour en régie publique. Nous mettrons en place un comité d’usagers avec des salariés, des élus qui pourront décider. C’est le sens même du mot service public. Nous envisagerons ensuite la baisse des tarifs de l’eau et de l’assainissement sur Dijon. Les grands groupes ne font pas de la philanthropie et dégagent des bénéfices et des profits importants. Malheureusement, ils n’utilisent pas ces bénéfices pour financer des travaux de recherche ou de l’investissement, mais plutôt pour redistribuer des dividendes.

Mais la ville et l’agglomération ont-elles les moyens humains, techniques, mais aussi financiers d’assumer un tel réseau ?

Je ne dis pas que le lendemain du 30 mars, une régie publique gèrera l’eau sur l’agglomération. Ca demande évidemment des études pour regarder ce qui peut être fait, mais aussi des compétences particulières. Nous constatons que beaucoup de villes reviennent en régie publique de l’eau. Si bien que maintenant, dès qu’elles annoncent qu’elles vont effectuer des études, les grands groupes se mettent à baisser les tarifs. C’est signe qu’ils ont de la marge sous le pied.

Vous voulez à terme appliquer le même schéma sur la question des transports en rompant la délégation de service public qui lie le Grand Dijon à Keolis, mais aussi rendre le réseau gratuit. Comment voulez-vous financer cette mesure ?

Cette gratuité existe déjà dans des villes comme Aubagne. Il faut regarder combien ceci couterait. Mais depuis quelques jours, le débat se cristallise autour de la fraude avec les propositions de mettre des contrôleurs en civil dans les rames. Si je ne cautionne pas du tout la fraude, je pense que l’argent qui est mis dans la lutte contre elle pourrait servir à financer la gratuité. Un service public n’est jamais équilibré, il suffit de voir les piscines par exemple.

Dans ce cas là, nous payons pour entrer, il ne s’agit pas de gratuité.

L’école est gratuite. La solidarité nationale règle ça par l’impôt. Nous devons regarder ces questions et envisager une réforme fiscale nationale, mais aussi locale pour pouvoir financer ces services.

Autre thème, celui de la vidéosurveillance. Vous souhaitez remettre de l’humain dans les rues. Qu’adviendra-t-il des 39 caméras qui sont déjà en place ?

La maintenance de ces caméras a un coût, essentiellement supporté par la commune de Dijon même si une partie est financée par l’État. C’était la carotte sarkozyste lorsqu’il a défini les objectifs en la matière. Mais la sécurité est d’abord une compétence nationale. Or aujourd’hui, seules la police nationale et la justice s’appuient dessus.

C’est donc preuve qu’elles servent.

Oui. Elles servent aux missions régaliennes de l’État. Et en rien aux missions de la ville de Dijon. La municipalité a compétence à développer de la prévention, de l’accompagnement. Rien qui ne peut se faire par des caméras, mais plutôt par du personnel, qualifié, pour agir au plus près des gens.

Ce problème des compétences s’applique aussi à la question de l’emploi. Comment la ville peut-elle s’engager ?

Ce n’est pas la compétence la ville en effet. En revanche, l’agglomération dijonnaise attribue des subventions, des aides aux entreprises. Or nous allons aussi voter pour les conseillers communautaires. L’agglomération doit se doter d’un outil de contrôle et d’évaluation de la politique d’aide publique aux entreprises. Onco Design a reçu des aides financières des collectivités bourguignonnes, entre en bourse et va distribuer des dividendes. Il y a donc un petit souci. Ce n’est pas le rôle de l’État et des collectivités locales. Il faudrait une commission rassemblant des salariés, des syndicats, des élus.

À nous ensuite d’appuyer les salariés pour étudier avec eux les projets alternatifs qui peuvent permettre de sauver des entreprises. Évidemment, ensuite, ce n’est pas à la collectivité locale de dire si on garde, si on nationalise Parker par exemple. Mais c’est à nous d’aider les salariés.

Mais comment les aidez-vous ? En abondant, un fonds, en offrant un soutien logistique ou moral vis-à-vis d’autres instances ?

L’ensemble doit être regardé. Ça peut être un soutien logistique pour monter un projet, accompagner des salariés, des représentants, mais aussi des chefs d’entreprise. Je ne veux pas opposer les salariés et les patrons. C’est bien d’accompagner des luttes, d’être aux côtés des salariés lorsqu’ils expriment leurs difficultés, souvent au moment le plus difficile d’ailleurs, mais c’est mieux d’anticiper.

Une partie de la dette de la ville de Dijon est toxique. Vous proposez de renégocier avec Dexia, lui tordre le bras. Or, François Rebsamen a été administrateur de Dexia. Jamais vous ne l’attaquez. Vous préparez là le second tour ?

C’est à François Rebsamen directement qu’il faut poser la question de sa présence au sein du Conseil d’administration de Dexia. Il l’a quitté certes, mais je considère qu’il aurait dû porter plainte ou du moins aider à révéler quels sont les emprunts toxiques que la ville, mais aussi le CHU ont contractés. Si je suis maire de Dijon, je fais comme d’autres maires, je porte plainte.

Sur la question de l’alliance ?

Nous ne voulons pas que sur Dijon, comme les autres communes, la droite revienne aux commandes. Nous souhaitons voir des élus utiles à la population. Si les citoyens votent pour la liste que je représente, cela signifie qu’ils souhaitent avoir des élus qui défendent ces propositions-là. Nous verrons le soir du premier tour, en fonction du rapport de force.

Même avec le Modem ?

Tout dépendra du rapport de force que donneront les électeurs. S’ils placent la liste “Dijon l’humain d’abord”, très haut, il faudra compter sur nous pour la création de la liste de l’ensemble de la gauche au second tour.

Les commentaires sont clos.

  1. Enfin un candidat qui met en avant la problématique de la délégation de service publique (DSP) pour l’eau potable : il est temps que Dijon reprenne les compétences qu’elle avait auparavant dans la gestion de l’eau en régie.

    Confier la gestion de l’eau à Veolia, la Lyonnaise et autres grands groupes n’est pas une fatalité. De nombreuses villes remettent en régie la gestion de l’eau.

    Les gransd groupes du traitement et de la distribution de l’eau font des profits outranciés, pour le bénéfice des seuls actionnaires et pdg, parfois pour les salariés (essentiellement les cadres et commerciaux). En régie, les bénéfices conduiraient à une réduction des coûts ou un meilleur entretien des réseaux, également une meilleure participation des salariés, voire également dans un actionnariat citoyen.

    Et l’on nous dit que les contrats de DSP sont renégociés, pour que les profits soient mieux redistribués… bel enrobage ! Cela ne trompe personne. N’en déplaise à Colette Popard, en charge de l’eau au Grand Dijon.

    Joseph B le lundi 17 mars 2014 à 22h20

  2. +1 avec Joseph. Revenir à une régie de l’eau, c’est une solution pertinente et pleine de bon sens.

    CamilleG le mardi 18 mars 2014 à 9h44

  3. Sus au Modem’erveilles et sa politique de l’eau tiède!
    Le FDG doit rentrer au CM pour une vraie politique citoyenne

    Dijon Autrement le mardi 18 mars 2014 à 14h48

  4. Comment le FDG peut-il fermer les yeux sur la réalité du PS ?
    Le PS est le plus grand frein au retour de la gauche dans la politique française. Ce parti n’a qu’une utilité, remplacer les partis de droite quand tout va trop mal pour les salariés et ainsi éviter les grands mouvements sociaux.
    Et pire encore, cette politique, écœurant les plus démunis, les font se tourner vers l’extrême droite.
    Le PS est donc le véritable ennemi de la gauche et, en appelant à voter pour lui au deuxième tour (sauf s’il est en concurrence avec le FN bien sûr) vous participez à cette mascarade.

    Sireuil le mardi 18 mars 2014 à 18h17