Les tee-shirts identitaires ne veulent plus être des attrape-touristes

2014-03-Charlyne-david-Grafyne-dijon-one

Dans son atelier de la rue Audra, dans le centre-ville de Dijon, Charlyne David applique une encre spéciale sur un pochoir préalablement gravé. Elle dépose délicatement l’ensemble sur un tee-shirt, s’arme d’un rouleau à pâtisserie et s’assure de la bonne impression de l’ensemble. Depuis quatre mois, elle s’est lancée dans la production de maillots locaux, des vêtements identitaires. Les motifs sont avant-gardistes et rappellent parfois le patrimoine de la ville.

Dans les boutiques de souvenirs du centre-ville de Dijon, sur le marché, les habits aux couleurs de la cité sont bien en évidence. Parce qu’un touriste ne peut pas revenir de ses vacances sans un souvenir de son séjour, bien sûr. Mais Charlyne ne se positionne pas justement sur ce créneau. Comme plusieurs autres créateurs, elle veut surtout proposer un produit de qualité, comme une revendication de ses racines.

Changer l’image de la ville

À 24 ans, Charlyne est une de ses nouvelles créatrices de mode à l’imagination débordante. Ancienne étudiante de l’école des Beaux-Arts d’Épinal, elle est infographiste et donc styliste à ses heures perdues. “Je me balade beaucoup dans les rues de Dijon, je prends des photos, je dessine”. Doucement, ses croquis deviennent gravures et ses gravures, tee-shirts. Sa marque s’appelle Grafyne. “J’adore la culture du street-art, je repère des lieux cultes sans tomber dans les clichés, comme la moutarde ou la chouette.

Il y a quelques mois, Grégory Ferrigno a lui aussi lancé sa marque à grand renfort de communication sur internet : Dijonnais. La typo est rétro à souhait, mais l’ambition est la même. “Nous nous détacherons de l’esprit Dijon capitale des Ducs en proposant des visuels ne respectant pas les codes des tee-shirts pour touristes par exemple”, explique-t-il.

Exit le I love Dijon ou le pot de moutarde donc. Dans les deux cas, les jeunes créateurs mettent en avant l’originalité de leur création. À mille lieux d’un attrape-touriste. “Ils ne ressemblent à aucun tee-shirt touristique que l’on trouve dans les autres villes. Il s’agit surtout d’un produit qui n’a pas peur de dévoiler l’origine de sa création et sa conception “, assure Gregory Ferrigno. Il en veut pour preuve les certifications attribuées aux textiles, “synonyme d’une qualité indéniable”. Le label “Fair wear foundation” pour l’engagement à (faire) respecter les conditions du travail dans les ateliers de productions, la certification Gots 100 pour le coton bio.

Charlyne David ne peut pas encore se permettre de choisir des produits d’une “trop grande qualité”. Depuis que sa boutique en ligne a ouvert, elle fonctionne en flux tendu. C’est-à-dire qu’elle réalise les produits dès qu’ils lui sont commandés. “Ça me permet de pouvoir gérer plus facilement mes stocks”, reconnaît-elle. Pour la conception d’un produit, Charlyne considère qu’il lui faut au bas mot huit heures de travail. “Je grave moi-même mes plaques de linogravure, c’est un travail d’une grande précision”.

Des éditions limitées

Chaque produit est une série limitée. À dix exemplaires pour ceux représentant Dijon. Ce qui permet de donner de la valeur aux produits. Le premier réalisé sur la capitale bourguignonne n’est autre qu’un parcours à travers la ville. “Nous nous promenons d’une cathédrale, puisque Dijon est la ville aux cent clochers jusqu’au Lac Kir en passant par la péniche Cancale, haut lieu de la musique”, explique-t-elle.

Grégory Ferrigno n’a pour l’instant présenté qu’un seul modèle de sa collection. “De façon à créer l’intéressement, à interpeller”. Pour lui, le travail est déjà réussi. Il a rassemblé, derrière sa marque, une forte communauté et s’apprête à dévoiler de nouveaux modèles. L’un d’eux reprend le motif d’une croix rempli du texte “With love Dijon”. “Au regard des messages reçus, nous n’avons aucune crainte à continuer avec engouement dans cette aventure”.

Coques pour smartphones ou casquettes seront vendues à travers une boutique en ligne dévoilée prochainement, et dans quelques points de vente sélectionnés de la ville. “Nous visons d’abord les catégories socioprofessionnelles supérieures et nous nous démarquons d’un produit touristique qui est habituellement signe de mauvaise qualité, très ostentatoire et surtout très kitch”.

Charlyne David a, pour sa part, vendu près d’une quarantaine de produits. Essentiellement à des jeunes entre vingt et trente-cinq ans. “J’étudie actuellement la possibilité de vendre une collection en magasin. J’attendais les retours”. Les débuts ont en effet été difficiles. L’encre n’était pas vraiment la bonne. “Mais ces problèmes sont derrières, désormais les tee-shirts gagnent en qualité au fur et à mesure que la production s’intensifie”. Après l’Ours Pompon, le best-seller de sa boutique et la place du Bareuzay, elle devrait bientôt sortir un modèle sur la Péniche Cancale.

Les commentaires sont clos.

  1. A quand les casquettes?

    Dijon Autrement le lundi 17 mars 2014 à 7h07

  2. Joli!
    PS: acheté le n°1 du Miroir Mag, lu en deux fois! Encore mieux que le numéro 0!

    CamilleG le lundi 17 mars 2014 à 9h35

  3. Les idées de Charlyne David sont superbes ! De quoi dépoussiérer le t-shirts local tant en étant stylé !!

    salomé le vendredi 21 mars 2014 à 17h50