L’insurrection des intermittents du spectacle

Photo Jonas Jacquel

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“Jouer sur le Titanic c’est très beau, mais c’est très con”. Pancarte autour du cou, l’artiste dijonnais Franck Halimi annonce la nouvelle à ses camarades du monde la culture. Depuis le dimanche 9 mars, il a débuté une grève de la faim.

Une réponse aux propos du Medef. Dans un ensemble de propositions sur l’assurance-chômage, le syndicat patronal suggère de supprimer le régime des du spectacle. Les principaux concernés rencontraient le représentant du ministère de la Culture, mercredi 12 mars pour faire le point sur la situation.

Exception culturelle française en danger

Le document qui a été révélé par le quotidien Les Échos le 12 février 2014 a tout d’explosif. À travers une dizaine de pages, le Medef propose de moduler les droits à l’allocation en fonction du taux de chômage, de faire cotiser les contractuels de la fonction publique ou encore de supprimer le régime des intermittents et celui des intérimaires. Dans les rues de Dijon, plus d’une centaine d’artistes ont dénoncé cette proposition. “C’est une attaque sans précédent”, assure Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne. “Les restrictions qu’on nous annonce sur le budget de la culture sont scandaleuses. D’autant plus pour un gouvernement de gauche !”.

Photo Jonas Jacquel

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L’année prochaine, le directeur du craint une réduction des crédits de 2%. “Ceci aura un impact direct sur la création artistique en Bourgogne. Des festivals devront être suspendus ou du moins arrêtés”. C’est ce qui est arrivé à Avignon, en 2003. À cette date Alain Renault, conseiller régional de Bourgogne et responsable de la fédération du spectacle CGT en Bourgogne a déjà alerté le ministère. “Il faut savoir qu’un euro investit dans la culture en rapporte, quatre, voire six parfois. Il est dommage de tomber dans des considérations économiques lorsque l’on parle de culture, mais l’exception culturelle française est en danger”.

Il y a quelques jours, à l’occasion d’un repas entre plusieurs chefs d’entreprises du Medef et le sénateur-maire François Rebsamen, une délégation des intermittents s’est invitée au siège du syndicat patronal, dans le quartier de la Toison d’Or. Pierre-Antoine Kern, patron des patrons de Côte-d’Or a promis de recevoir une délégation. À ce jour, ce n’est pas encore le cas.

La culture n’est pas un luxe

Franck Halimi était de ceux-ci. C’est lui qui a interpellé les chefs d’entreprises sur les positions, qu’il qualifie de discutables, du Medef. Mais cette fois-ci, il entend frapper encore plus fort. “J’ai entamé une grève de la faim. Ce n’est ni la plaisanterie d’un saltimbanque, ni un coup d’éclat médiatique, mais bien le fruit d’une détermination sans faille”. Voilà 25 ans qu’il travaille dans le monde de l’audiovisuel et du spectacle vivant. “Autant d’années de lutte au jour le jour, pour prouver que j’ai bel et bien ma place dans le système”.

Pour étayer son argumentation, le Medef cite un rapport de la Cour des comptes qui estime que le régime des intermittents est responsable d’un milliard d’euros de déficit par an, sur les cinq milliards du trou de l’assurance chômage. “Depuis, preuve a été apportée que ce rapport était faux”, martèle Franck Halimi.

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“Nous ne sommes pas des suceurs de roues”, ajoute Alain Renault. “À titre d’exemple, les intermittents représentent 3% des demandeurs d’emploi et à peine 4% du montant des allocations”. L’ultime séance de négociation devait se dérouler jeudi 13 mars. Elle a finalement été reportée au 20 mars. Ce qui laisse bon espoir aux artistes présents lors de cette marche de la culture. Dans les rangs, on trouvait le député PS Laurent Grandguillaume ou encore l’actuelle adjointe à la Culture, Christine Martin : “La culture contribue à hauteur de 57.8 milliards d’euros au PIB, les entreprises culturelles emploient 670 000 personnes sur le territoire français”, assure-t-elle.

“En quête d’un esclavagisme moderne, le moloch néolibéral s’acharne à dévorer la plupart des acquis sociaux”, complète Franck Halimi. “Nous vivons dans une société socialement immature qui ne comprend que les rapports de force et les coups d’éclat”. Dans le même temps, le vice-président du Medef, Jean-François Pilliard, réclamait les “premières mesures applicables de suite”, pour réformer l’indemnisation chômage des intermittents. En n’évoquant plus la suppression de leur régime.

“Ce que nous voulons, comme les syndicats et les représentants des intermittents eux-mêmes, c’est sortir d’un statu quo qui ne satisfait personne”, assure-t-il. Le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles va même dans ce sens. Dans un rapport publié le 13 février, le Syndeac propose de plafonner au mois ou à l’année le cumul allocation-salaires. Des propositions qui doivent, selon les manifestants, faire l’unanimité. Encore faudra-t-il pouvoir les exposer.

Les commentaires sont clos.

  1. L’exception culturelle Française doit être payée par l’état

    président ud58 CFE CGC le jeudi 13 mars 2014 à 21h45

  2. Allons, allons : faudra t’il rappeler ici certaines vérités et débats qui fâches? En 2003 par exemple lors des débats qui se sont tenus en lieux et places au Festival d’Avignon alors annulé; Patrice Chéreau ; entre autre ; qui sous les huées et sifflets d’un public d’intermitents “grévistes” naturellement hostiles ; expliquait que c’est l’explosion incroyable depuis les 20 dernières années du nombre de bénéficiaires de ce régime d’assurance chômage très favorable qui est la cause principale de sa possible faillite ! Je suis peintre , ” artiste: je ne sais pas ; mais si je ne vend pas de tableaux ; JE NE BOUFFE PAS. J’ai un public d’amateurs et des ventes, mais elles ne me suffisent vraiment pas “POUR BOUFFER” justement ; alors je me suis auto-subventionner EN TRAVAILLANT A L’USINE : JE SUIS UN INTERMITENT DE .. LA PEINTURE.

    Patrick Lepak le jeudi 13 mars 2014 à 22h24

  3. Insurrection! Carrément! le choc des mots! Sur le fond, il serait bon de supprimer cet avantage unique au monde et totalement injustifié.

    Boulère le vendredi 14 mars 2014 à 9h57

  4. Il me faut préciser que j’aime ” le spectacle vivant” et que ” j’y vais” autant que possible : écouter et voir un concert à l’Auditorium ; aller au théâtre ;assister a une lecture publique me concernent et me sont indispensables dans mon existence ; mais si je n’ai qu’une envie ; que cela puisse être toujours possible ; demandons aux INTERMITTENTS de faire un très gros ménage en leurs rangs !

    Patrick Lepak le vendredi 14 mars 2014 à 10h11

  5. @Patrick: Qu’entends-tu (je peux te tutoyer?) par: “demandons aux INTERMITTENTS de faire un très gros ménage en leurs rangs!”? Je n’ai en effet pas compris le sens de ta phrase.

    CamilleG le vendredi 14 mars 2014 à 17h41

  6. Si la culture est un secteur si rentable, laissez donc les entreprises privees s’en occuper, et non l’argent public.

    Eve le vendredi 14 mars 2014 à 19h29

  7. Bonjour Camille G

    J’entend par faire un gros ménage dans les rangs des intermittents du spectacle : obliger a sortir de ce régime une foule de saltimbanques ; lanceurs de balles, jongleurs à la p’tite semaine et autres souffleurs de bulles de savons ( par exemple) débarqués du trottoir et s’ayant engouffrés pour beaucoup via de multiples combines dans le système . Pourquoi les ” artistes” peintres qui ne peuvent vivre de leur travail , n’auraient t’ils pas non plus droit a ce filet de sécurité après tout? Lorsque j’ai entendu il y a peu un assez célèbre musicien guitariste local , de talent certe ;nous expliquer que dès son concert fini; qu’il est au chômage: je me demande ce qui pourrait le retenir de S’AUTO-SUBVENTIONNER comme je le fait en allant bosser à .. l’usine entre deux spectacles? ( et de là cotiser pour tous ses potes intermittents).

    Patrick Lepak le dimanche 16 mars 2014 à 13h30

  8. Belle polémique

    Dijon Autrement le lundi 17 mars 2014 à 7h17

  9. Ok, merci Patrick! :)

    CamilleG le lundi 17 mars 2014 à 9h25

  10. Bonjour Mr Lepak,
    Des abus il y en a dans tout le système … le réel profit se trouve dans les poches déjà bien pleines de ceux qui “gèrent” cet outil d’assurance afin d’en tirer des dividendes pour nourrir des vautours. La culture existe par sa diversité et surtout par la volonté d’Artistes comme ceux que vous decrivez avec des propos acerbes voir méprisants … Vous souhaitez exposer vos toiles à Dijon et même y habiter pourqoui pas mais apprenez à respecter la richesse culturelle de cette ville crée par ceux qui ont mangé plus de nouilles que de caviar … Salutations Evelise .

    Evelise Depardieu le jeudi 27 mars 2014 à 12h31