Ils ont fait un film en 48 heures à Dijon

Crédit photo Lilian Bonnard

Crédit photo Lilian Bonnard

“Vous avez une caméra, du génie et pouvez réunir une bande de potes pour le week-end ? Alors vous êtes prêt pour le 48 Hours Film Project !” Sur le papier, le principe du 48HFP, organisé depuis treize ans à travers une tournée de plus de 120 villes dans le monde, est on ne peut plus simple. Mais dans les actes, ce défi relève de la gageure : en 48 heures, une équipe de tournage doit penser, écrire, réaliser et monter un court-métrage complet. Au bout, il y a un rêve, partagé par tous les participants : se voir offrir un voyage vers Hollywood pour présenter son court-métrage à l’occasion de la grande finale, face aux meilleures équipes de toutes les autres villes du monde.

Ce week-end, le concours s’est tenu à Dijon. Parmi les 12 équipes en lice, l’agence audiovisuelle Chapet Hill. Vainqueure en 2012, elle a décidé de relever le défi une troisième fois. Et nous, nous avons tenté de les suivre durant ce week-end à folle allure…

“Bon courage et à dimanche 19h”

Les participants avaient rendez-vous vendredi 7 juin 2013 à 19h30 pour découvrir les éléments imposés dans le film : un genre cinématographique – sur un format de 4 à 7 minutes -, un personnage, un objet et une ligne de dialogue. Pour le reste, tout est libre, le génie créatif peut opérer. Il y a toutefois une chose, sur laquelle l’organisateur est intransigeant et pour le moins insistant : les portes du concours se refermeront le dimanche soir à 19h30, et pas une minute de plus ! Si le film, réalisé et entièrement monté n’est pas rendu à l’heure limite, le défi ne sera pas relevé.

Au moment du tirage au sort, Chapet Hill se voit imposé le genre “erreur d’identité”. Les autres équipes tombent, entre autres, sur “film de potes”, “super héros”, ou encore “romance”. Il faudra jongler avec ce style pour intégrer les trois autres éléments imposés : le personnage Michel Cortier, enseignant, une pince à linge, et la phrase : “Dans ce monde, il y a deux genres de personnes”.

Les règles posées, Olivier Dussausse, le coordinateur national du 48HFP souhaite un rapide ” bon courage ” aux équipes et leur donne rendez-vous… dans 48 heures.

Une équipe déjà bien rodée

Le chronomètre lancé depuis quelques minutes, les Dijonnais de Chapet Hill sont confiants. Hanaë, de l’équipe, se dit même “super contente” : le genre colle avec le style de l’agence de production. L’année dernière, ils avaient remporté le prix du public avec Pursuit, l’histoire d’une traque déchainée au cours d’un règlement de compte.

Habitués à réaliser des films pour des contrats commerciaux plus “codés”, ils retentent cette année l’aventure avant tout pour se faire plaisir, dans une optique artistique. Thibaud, réalisateur sur ce tournage, essaye de “ne pas se mettre la pression par rapport à l’année dernière, de prendre plaisir comme avant”. “On le refait pour l’ambiance, c’est intense, et ça permet de vraiment créer des liens avec les participants”.

Et si vers 21 heures vendredi soir le compte à rebours est déjà lancé, personne ne semble particulièrement pressé. Dans la bonne humeur et sous le soleil, toute l’équipe de Chapet Hill a rendez-vous en terrasse pour “brainstormer” sur les idées de chacun. Alors que l’agence compte habituellement seulement cinq membres, ils sont au total quarante ce week-end à répondre présents, prêts à donner un coup de main pour la technique, le maquillage, les décors, les accessoires…

Outre les quelques éléments imposés, le concours laisse vraiment carte blanche. Les participants ont l’autorisation de filmer sur tout l’espace public de la ville de Dijon. Reste à éviter d’effrayer les passants en cas de tournage de scènes violentes, comme ça a été le cas l’année passée. En plein tournage d’une course-poursuite à travers la campagne, la bande avait perdu deux heures à parlementer avec la police, prévenue par une automobiliste effrayée.

Mais pour l’heure, reste surtout à plancher sur une idée de scénario, qui ne sera pas écrit avant la nuit, voire plus…

Ambiance sombre et garage désaffecté

Le lendemain, nous les retrouvons dans un garage désaffecté d’un quartier résidentiel de la ville. L’ambiance est cette fois bien plus sérieuse, les visages plus fermés. Hanaë, Thibaud et une amie ont travaillé jusqu’à six heures du matin sur l’écriture. “Ca a été très compliqué, et on n’a pas encore fini d’écrire”, confie Hanaë, installée au calme dans une voiture pour peaufiner les dialogues.

Il est neuf heures, l’équipe technique s’installe, les costumières s’affairent et les comédiens répètent à la va-vite leur réplique. L’histoire se déroule à huit-clos, au milieu du vieux garage. Ambiance lourde, sombre, un peu de fumée artificielle et des carcasses de pièces auto jonchent le sol. Un certain côté Reservoir Dogs, avec beaucoup de violence.

Les scénaristes ont opté pour une histoire de torture : Michel Cortier – puisqu’il doit s’appeler ainsi – est ligoté sur sa chaise, ardemment questionné par une bande de gangsters. On comprend qu’ils veulent savoir où est planqué un certain magot. Mais le personnage principal dément tant bien que mal sous les coups, affirme qu’il y a erreur sur la personne. C’est ça, “l’erreur d’identité”.

Toute la journée, les plans s’enchaînent dans la pénombre du garage. Il faut faire vite, et avec les moyens du bord. Il n’y a pas d’électricité dans le garage, alors l’équipe fait le tour du voisinage, rallonge à la main, à la recherche du précieux courant. Trois habitants ont gentiment accepté. L’ambiance est toujours sérieuse, ça ne rigole pas. Mais la technique est rodée, et les amis ont l’habitude de travailler ensemble.

A la fin de la journée, tout s’est déroulé sans incident majeur. Les voisins ayant épuisé leur réserve de sympathie et d’électricité, il faut malgré tout ranger en pleine nuit à la seule lumière des phares de voiture.

Le dimanche matin, dans le studio de montage, toujours pas question de rire. Il faut se faire petit, il ne reste que huit heures pour boucler le montage, le mixage son, l’étalonnage et l’exportation – plus d’une heure -, avant d’aller en vitesse déposer le film au jury. Thibault, le réalisateur, a pu dormir quelques heures et se laisse déjà aller à un premier bilan.

“On va être ‘short’, mais le pari est réussi. Vers 14h, on aura une idée globale du film, de sa durée exacte. On envoie déjà des bouts de montage pour la compo’. Gabriel, au son, s’inspire des rush au fur et à mesure. De ce que j’ai entendu, c’est vraiment bien”.

L’aventure est une nouvelle fois enrichissante, car pour la première fois, Chapet Hill a inclus de vrais dialogues dans un de ses films. “L’expérience est positive, on avait des acteurs assez bons pour pouvoir porter ces dialogues. On les a réécrits plusieurs fois dans la journée de samedi, et on en est contents”.

“On a toujours 20 à 30% des participants qui ne réussissent pas”

Mais à 19h20 dimanche soir, dix minutes avant l’heure fatidique, personne de Chapet Hill ne s’est encoré présenté devant le jury. Olivier Dussausse, coordinateur national de l’événement, s’amuse à chanter le décompte minute après minute. Seulement 7 équipes sur douze en lice ont déjà déposé leur court-métrage. “On a toujours 20 à 30% des participants qui ne réussissent pas. Leur film pourra être projeté en salle s’ils le rendent dans la soirée, mais il sera hors concours”, commente l’organisateur.

Quelques proches guettent toujours Chapet Hill par la fenêtre… quand carte mémoire à la main, ils arrivent enfin à 19h25, le sourire aux lèvres, détendus. Ils ont relevé le défi, ils ont fait un film en 47 heures et 55 minutes.

Thibaud, le réalisateur, n’a même pas eu le temps de visionner la véritable version finale, mais il est satisfait. “Même si dans l’écriture on n’a pas eu l’idée du siècle, on aura quand même un beau film, avec un beau grain, de nouveau une sacré ambiance. Bref, un film d’atmosphère. On reconnaîtra la patte Chapet Hill “.

A noter :

Rendez-vous le 20 juin 2013 au cinéma Olympia de Dijon pour la projection en public des 12 courts-métrages, avec la remise des prix.

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