Avec Graines de start, le crowdfunding s’implante en Bourgogne

Capture d'écran de la page d'accueil du site grainesdestart.fr

Capture d'écran de la page d'accueil du site grainesdestart.fr

Il y a encore une dizaine d’années, lorsque l’on voulait récolter des fonds pour monter un projet, il fallait beaucoup d’énergie et d’endurance, savoir battre la campagne durant de longs mois, écumer ses réseaux de proches pour espérer les convaincre de donner leur obole de soutien.

Désormais, grâce à l’émergence, sur Internet, du phénomène de crowdfunding, ou financement participatif, c’est bien plus simple, et des dizaines de projets parviennent à être financés.

Jusque là national, le concept se décline désormais en Bourgogne avec Graines de start.fr, toute première plateforme régionale de financement participatif basée sur le don en France. À l’origine de l’idée, le Pôle d’économie sociale et solidaire de l’agglomération dijonnaise, qui a lancé officiellement le site le 21 février dernier.

Une tirelire solidaire numérique

Malgré l’intitulé barbare, le principe du crowdfunding, dont la traduction littérale signifie “levée de fonds par la foule “, est très simple : c’est un peu la version numérique de la bonne vieille cagnotte de solidarité agitée par une association pour lever des fonds dans la rue. Sauf que cette fois, celui qui la détient peut s’en servir pour n’importe quel projet, et pas seulement caritatif.

Le phénomène, au départ cantonné au secteur musical et audiovisuel – avec le célèbre MyMajor Company, ayant permis le financement de jeunes chanteurs comme Grégoire ou Irma – s’est rapidement élargi à tous les domaines d’activité. Et le fonctionnement a l’avantage d’être à la portée de tous : sur une plateforme numérique, un porteur dépose une fiche présentant son idée ou son projet, et le montant dont il a besoin pour le mener à bien. Puis, durant une période déterminée, chaque internaute peut, s’il est séduit par la présentation, investir avec ou sans contrepartie dans le concept. Il aidera à financer un voyage caritatif, de l’investissement matériel pour un tournage de film, l’enregistrement en studio professionnel d’un album…

Les investissements s’élèvent à quelques dizaines d’euros par internaute en moyenne, pour des montants globaux allant de 1000 plusieurs dizaines de milliers d’euros par projet. Ainsi, le crowdfunding présente deux avantages majeurs : d’une part le porteur de projet peut récolter les ressources financières dont il a besoin pour mener à bien son entreprise par des biais plus accessibles que les réseaux de financement bancaires classiques. Le donateur peut quant à lui participer à sa manière, sans implication administrative, au succès d’une aventure qui l’a séduit.

Deux mois pour récolter le maximum de dons

Face au succès et à la multiplication de ce type de plateformes de financement populaire en France, le Pôle d’économie sociale et solidaire de l’agglomération dijonnaise (Pesad 21) a décidé de développer le principe en Bourgogne, sous le petit nom de Graines de start. Afin de “faire pousser les projets”, expliquait Maurice Fournet, président du Pôle à l’occasion du lancement officiel du site vendredi 21 février.

Tous les projets bourguignons sont théoriquement éligibles au crowdfunding, à la seule condition qu’ils soient “porteurs d’une démarche active d’innovation sociale”. En clair, qu’ils relèvent d’une initiative sociale, sociétale ou environnementale en Bourgogne. Une donnée qui est évaluée par le Pôle et les autres structures régionales partenaires de la plateforme avant la mise en ligne.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Une fois actif, chaque projet bénéficie d’une fenêtre de visibilité de deux mois sur le site, durant lesquels c’est à son porteur de communiquer au maximum sur ses réseaux pour encourager le public à effectuer une promesse de don de la somme qui lui convient. Même 5 € seulement ! En échange, selon le montant, il recevra un petit remerciement immatériel (figurer au générique du film par exemple) ou un petit cadeau. Au fil des jours, le site affiche une barre de progression permettant de visualiser le montant que le projet doit encore récolter pour être mené à bien.

À la fin des deux mois, deux scénarios : soit le projet n’a pas récolté la somme de dons qu’il s’était fixé, auquel cas les sommes ne sont pas débitées et le porteur ne touchera rien, soit il a atteint voire dépassé son objectif, alors les sommes seront débitées et il touchera le montant dont il rêve pour mener à bien son aventure, monter son entreprise, réaliser son action…

Depuis 2012, au sein du Pôle d’économie sociale et solidaire, c’est qui développe cette idée de plateforme, “extrêmement bien faite et simple”, s’amuse-t-il à dire en la présentant.

Romain Bazin, bonjour. Qu’est-ce qui a motivé la mise en place d’une telle plateforme en Bourgogne ?

Au sein du Pôle d’économie sociale et solidaire, nous avons constaté que le financement participatif peut être une ressource financière complémentaire par rapport à toutes les solutions financières qui existent telles que le prêt bancaire, les subventions, le mécénat, le sponsoring et les fondations.

Car parfois, les structures associatives peinent à se financer. Donc nous nous sommes dit, pourquoi ne pas proposer une ressource financière complémentaire, qui peut aussi servir de point d’entrée pour amener les structures et les porteurs de projet à travailler leur projet et à apprendre à communiquer sur le projet auprès du grand public, notamment en utilisant les réseaux sociaux.

Le phénomène est déjà particulièrement à la mode au niveau national, quel avantage de le décliner au local ?

Contrairement aux plateformes nationales, nous sommes plus sur le qualitatif que sur la recherche du volume de financement. Et puis nous visons surtout l’accompagnement du projet avec les autres acteurs de l’économie sociale et solidaire. est presque un prétexte pour que le porteur soit pris en charge concrètement par les structures qui lui permettront d’optimiser son projet !

Est-ce à dire que les solutions de financement classiques ne fonctionnent plus ?

Si, cela fonctionne encore, mais c’est largement remis en cause. Les subventions sont de moins en moins fréquentes notamment pour les initiatives associatives, donc il est évident que celles-ci doivent arriver à une hybridation des ressources : elles doivent réussir à faire la même chose ,mais en trouvant d’autres moyens financiers. Ça peut être en ayant recours au mécénat, mais aussi au crowdfunding.

Je pense vraiment qu’en allant collecter des dons auprès des particuliers, cela permet vraiment de muscler son plan de financement, pour être plus crédible auprès d’une banque par exemple. Mais ça permet aussi d’aller toucher le grand public et créer une vraie communauté autour du projet !

Il y a un intérêt financier, mais surtout en terme de communication. C’est certes très intéressant, mais ça ne pourra pas remplacer complètement les subventions ou les prêts bancaires. C’est vraiment une ressource “complémentaire”, qui ne pourra jamais pallier les financements classiques.

Ce mode de financement peut-il convenir à une entreprise privée plus classique ?

Oui, tout à fait ! Ce peut être soit une association, soit une entreprise, soit un porteur de projet, personne physique. Il faut simplement que le projet soit d’utilité sociale, donc qu’il réponde à un besoin non couvert sur un territoire. C’est au porteur de nous démontrer l’utilité sociale de son projet, lorsqu’il dépose sur le site un préprojet et que nous le rencontrons avant la mise en ligne du projet concret sur le site.

Quelle somme peut-on aller chercher auprès du grand public en moyenne ?

Il n’y a pas de somme maximum. Après nous ne sommes pas encore au niveau des Etats-Unis, où le concept est bien plus avancé et depuis plus longtemps. Au niveau national le panier moyen de dons est de 35 €. Nous au local on table sur un don moyen de 15 €. On va donc avoir des projets entre 500 et 5 000 €.

Maintenant, tout dépend du projet, de ses porteurs et de leur réseau. Après tout, pourquoi pas aller chercher 15 000, 20 000 ou 30 000 €, si le projet en présente la capacité !

Vous vous êtes fixé un nombre de projets à promouvoir ainsi sur le site ?

Oui sur 2014, nous avons pour objectif de mettre quarante projets en ligne, et que sur ces quarante, vingt-cinq soient financés. En communiquant massivement sur les quatre départements, ça devrait le faire !

Les commentaires sont clos.

  1. Article très complet, une envie de se lancer de part et d’autre

    Dijon Autrement le samedi 22 février 2014 à 7h52

  2. Bonne nouvelle, le crowdfunding continue de se développer !

    John@Particeep le samedi 22 février 2014 à 17h02

  3. Comment peut-on passer du temps à développer un site basé sur un principe déjà sur-exploité ???

    Dans 3 mois, je paris que le site sera fermé…

    Rémi le mardi 18 mars 2014 à 18h00