Mais qui es-tu flavescence dorée ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

C’est un procès hors norme qui va s’ouvrir à Dijon, ce lundi 24 février. Celui d’un viticulteur biologique de la côte, , qui a refusé de traiter ses ceps contre une grave maladie, la flavescence dorée. Selon lui, les traitements allaient à l’encontre des “équilibres biologiques”.

Mais cette affaire a très rapidement divisé militants écologistes et profession viticole. Si bien que lundi, devant le tribunal, on attend l’euro député EELV Sandrine Bellier ainsi que plusieurs personnalités du monde agricole. Alors, pour y voir plus clair, nous faisons le point.

Une maladie déjà ancienne

Pour comprendre ce qu’est la flavescence dorée, il faut remonter aux années 1950 et se pencher sur la cicadelle dorée. Une “petite bestiole bien sympathique”, sourit Pascal Lambert, Directeur du Service d’écodéveloppement agricole et rural de Bourgogne (Sedarb), mieux connu sous le label BioBourgogne. “Lorsqu’elle est apparue pour la première fois, elle n’apportait pas de problème particulier”. Seulement, cet insecte peut être porteur d’un virus, d’un germe qu’il transmet aux ceps de vigne. “Le virus fait tout simplement mourir le pied de vigne”, poursuit Pascal Lambert.

À ça s’ajoute une difficulté : le virus, une sorte de jaunisse, à la fâcheuse tendance de se répandre très rapidement aux pieds adjacents. La maladie n’est pas récente, elle est apparue il y a une vingtaine d’années dans le Bordelais et le Languedoc. Et doucement, elle est remontée vers le Nord. “La problématique a d’abord été chassée à coup d’insecticides, jusqu’à vingt traitements par campagne”, se souvient le directeur de la Sedarb. “Nous nous sommes ensuite un peu endormis sur nos lauriers, elle est donc réapparue il y a deux ans”.

Des pressions de la flavescence dorée sont détectées dans le département voisin de la Saône-et-Loire. L’administration décide d’obliger les viticulteurs à réaliser un traitement. En réalité, les traitements ont été différents selon les régions : “Trois en Saône-et-Loire, un secteur très sensible, un en Côte-d’Or où il n’y avait pratiquement pas de risque et aucun dans l’Yonne”, souligne Claude Chevalier, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne. “Il a juste fallu taper sur la table pour sensibiliser tout le monde. Il y a trois ans, une parcelle a été contaminée à 80% en Saône-et-Loire. Elle a été totalement arrachée, mais le laxisme global de la profession a permis à la maladie de se développer à vitesse grand V. Onze hectares ont été arrachés en 2012 et seulement 0,2 hectare en 2013. Le fruit de l’action de tous”.

Et c’est là que commence l’histoire d’Emmanuel Giboulot. Le viticulteur élève dix hectares de vignes en agriculture biologique et biodynamique sur la Côte de Beaune et la Côte de Nuits et refuse de traiter ses vignes : “Ce pesticide détruit entre autres les abeilles”, assure-t-il dans une vidéo qu’il poste sur Internet. À l’heure où nous écrivons ces lignes, elle a été vue 44 000 fois.

L’interprofession donne sa version

Ce refus aurait pu passer inaperçu, mais le 30 juillet 2013, un inspecteur de la direction régionale de l’Agriculture lui demande de présenter les factures de l’insecticide, obligatoire donc. Impossible, car les vignes n’ont pas été traitées. Le viticulteur est signalé au Procureur de la République. Une première convocation intervient début octobre 2013 avant d’être renvoyée devant le tribunal correctionnel. “À travers mon cas, c’est toute l’agriculture respectueuse de l’environnement qui est visée. Les agriculteurs bio et non bio comprendront qu’ils devront obéir aveuglément aux injonctions des autorités y compris si cela implique d’empoisonner leur propre terre et décimer plus encore les abeilles et autres insectes pollinisateurs”.

Faux pour Pascal Lambert. “Si nous mettions beaucoup d’insecticides avant, ce n’est plus le cas désormais. Et c’est tant mieux pour la faune et la flore de la région”. Il n’existe pas encore de traitement curatif contre cette maladie, le seul moyen de limiter sa propagation est donc de lutter contre son vecteur. Et un seul insecticide biologique est actuellement homologué contre la cicadelle dorée : le Pyrèthre naturel. “Une fleur brassée et séchée”, explique Pascal Lambert.

Claude Chevalier de prendre pour exemple la dernière réunion d’information sur ce sujet, il y a tout juste quelques jours : “Près de 500 personnes étaient présentes, il y avait donc forcément des viticulteurs plus sensibles que d’autres aux questions environnementales. Et pourtant, je n’ai vu aucune levée de bouclier car le discours montre que nous sommes conscients du problème, mais qu’il faut faire avec les moyens actuels”.

“Voilà trente ans que je travaille à préserver les équilibres biologiques de ma vigne, sans produits chimiques. J’ai donc choisi de lutter contre cette cicadelle en choisissant des traitements naturels”. Dans une dépêche AFP, Denis Thiéry, directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique de Bordeaux assure que ne pas respecter le plan de lutte c’est “comme refuser de se vacciner quand c’est obligatoire”. Une faute.

Pascal Lambert, le directeur du Sedarb a lui aussi “râlé”. “C’est un produit-choc qui anéantit la maladie, mais n’a rien de préventif”, explique-t-il. “Comme chaque traitement, même pour l’être humain, ce n’est pas sans conséquence. Là, on peut remarquer un effet immédiat sur la flore”. La profession soutient en partie le viticulteur. Depuis plusieurs mois elle s’est mobilisée pour améliorer les conditions d’application du traitement, avec les autorités. “Pour respecter l’adage les antibiotiques ce n’est pas automatique”, sourit Pascal Lambert. Mais ces efforts sont en passe d’être “ruinés” par cet événement.

Une mauvaise image pour la Bourgogne ?

“Même le New York Times dit de nous que nous sommes des pollueurs”, se lamente Claude Chevalier du . “Nous établissons une cartographie très précise pour pouvoir appliquer un traitement hyper local. Les solutions proposées sur Internet ne sont pas bonnes, il suffit de voir sur le terrain. Je n’utilise plus d’insecticides depuis dix ans alors bien entendu ça ne fait plaisir à personne, mais c’était indispensable”.

Reste que pour , députée européenne EELV du Grand Est, l’assignation d’Emmanuel Giboulot vient “démontrer une nouvelle fois l’absurdité d’un système qui condamne ceux qui font le choix courageux de promouvoir d’autres approches agricoles comme la biodynamie, alors que la liberté de choix, en l’absence de menace sanitaire avérée devrait être de mise”.

Pour Emmanuel Giboulot, l’enjeu est tout autre : “Il faut prouver que les citoyens sont pour une agriculture responsable qui ne fonctionne pas en détruisant la nature autour d’elle”, explique-t-il. Et ceci, alors qu’il existerait même une solution très simple qui n’est pas toujours respectée : passer le plan à l’eau chaude. “La reprise est moins vigoureuse c’est vrai. Ce qui incite surement certains viticulteurs à demander aux pépiniéristes de ne pas les passer à l’eau chaude”… Selon lui il faudra encore plusieurs années pour rendre ce dispositif obligatoire.

Les commentaires sont clos.

  1. J’espère que cette histoire fera bouger les choses…

    CamilleG le lundi 24 février 2014 à 10h10

  2. respectdesconsignesprefectpourlaproctectiondu vignobet qu ilarretedeselamenter comme un gamin c est toujours la faute des autres

    geffard jacques le mardi 8 avril 2014 à 10h21

  3. Il faut consacrer plus de crédits à la recherche de moyens de lutte biologique afin que les solutions trouvées soient reconnues par le plus grand nombre et donc bravo à Emmanuel Giboulot de rouvrir le débat pour susciter une prise de conscience qu’il faut agir dans l’intérêt de notre santé et pour la préservation de notre planète ;

    gandar le mardi 15 avril 2014 à 11h06