Les étudiants infirmiers bientôt “otages” de cliniques en résistance ?

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“Nous serions heureux de n’avoir pas à mettre en œuvre une mesure que nous savons difficile, mais à laquelle nous sommes contraints”. La conclusion de la lettre type, disponible en téléchargement sur internet, a tout d’un ultimatum. Émanant de la Fédération de l’hospitalisation privée, qui rassemble des poids lourds du secteur comme la Générale de Santé, elle est arrivée sur les bureaux de la plupart des directeurs des Instituts de formation en soins infirmiers.

En pleine renégociation de convention annuelle tarifaire avec le ministère de la santé, 70% des 1100 cliniques adhérentes menacent de différer le recrutement de plus de 3 000 personnes et de suspendre l’accueil des étudiants infirmiers. La menace est effective à partir du 1er mars. Les étudiants se retrouvent otages d’une négociation. A partir d’aujourd’hui, en Côte-d’Or, ils porteront un ruban noir en guise de contestation.

Le secteur privée menace d’entrer “en résistance”

Clinique de Fontaine-lès-Dijon, Les rosiers à Chenôve, Sainte-Marthe à Dijon, Le Parc à Autun,… En Bourgogne, seize établissements auraient rejoint le mouvement selon la Fédération de l’hospitalisation privée. Mais les rangs grossissent rapidement. Dans la journée du 18 février, la Mutualité française aurait en effet annoncé aux étudiants infirmiers qu’elle partageait les mêmes revendications. En Bourgogne, le groupe n’est pas en mesure de confirmer ou non une telle information. Mais les étudiants ne seront plus accueillis à compter du 28 février dans la clinique talantaise de Bénigne Joly, qui appartient au groupe justement.

Et c’est là un nouveau paramètre qui pourrait venir encore plus bouleverser la donne : les étudiants pensaient que la mesure ne s’appliquait qu’aux nouveaux stagiaires. Mais il en est tout autrement : “Mêmes les infirmiers déjà stagiaires ne seront plus accueillis, sous réserve que les négociations n’aboutissent pas”, souligne Annie Garnier, directrice du syndicat interrégional de la Fédération de l’hospitalisation privée de Bourgogne Franche-Comté. “Ce que nous ne souhaitons pas”, ajoute-t-elle rapidement.

Car depuis plusieurs jours, la Fédération à l’initiative du mouvement fait monter la pression. “Nous avons été dépossédées du Crédit d’impôt compétitivité emploi, sous la menace d’un dégrèvement tarifaire et menacé d’être écartée des missions de service public alors nous entrons en résistance”, explique la Fédération de l’hospitalisation privée, à l’initiative du mouvement. “Chaque année, les cliniques et hôpitaux privés forment plus de 30 000 élèves infirmiers partout en France soit 30% de l’ensemble des infirmiers en formation”.

Thibaut Genevet est l’un de ces étudiants. En troisième année, son parcours ne sera pas bouleversé. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. “Le stage qui débute en mars est, pour les troisièmes années, celui que l’on surnomme préprofessionnel. Nous devons le choisir en fonction du secteur dans lequel nous souhaiterions exercer plus tard. De plus, sa validation conditionne en partie l’obtention de notre diplôme”, explique celui qui porte la voix de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) en Côte-d’Or. Et cette menace, si elle se transforme dans les faits, pourrait bien mettre en péril cette réussite.

Une menace sur les diplômes

Si bien que le ministère des Affaires sociales et de la Santé a donné quelques consignes comme la réorientation des étudiants en soins infirmiers dans leur dernier lieu de stage dans le public ou l’accord d’une dispense temporaire afin que les étudiants puissent effectuer leur stage pendant les vacances. Contactés, l’ et le Centre hospitalier universitaire de Dijon ne souhaitent pas s’exprimer prématurément sur le sujet. “Nous n’avons pas encore connaissance de l’impact éventuel de cette action, nous en saurons plus la semaine prochaine”, préviennent-ils.

Mais pour Thibaut Genevet un tel plan, même s’il permettrait de passer à côté d’une catastrophe pédagogique pourrait avoir un impact sur la qualité de la formation : “Pour le personnel praticien, déjà surchargé, il est très difficile de former des stagiaires. Alors une surcharge d’étudiants infirmiers aura une conséquence, aussi bien sur les encadrants, qui auront plusieurs étudiants à leur charge que sur les futurs infirmiers eux-mêmes qui pâtiront d’une qualité d’accueil et de formation dégradée”.

C’est d’ailleurs pour éviter ça que la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers se mobilise depuis plusieurs jours. Sur les réseaux sociaux, elle invite les étudiants à faire eux aussi pression sur la Fédération de l’hospitalisation privée, mais aussi sur les pouvoirs publics et le gouvernement. “Les grands médias nationaux boudent ce problème alors que la conséquence pourrait être directe sur la qualité des soins des patients dans les mois à venir”, complète Thibaut. L’absence de stage, à cinq mois du diplôme d’État, pourrait en effet provoquer un recul d’arrivé d’infirmiers sur le marché du travail.

De son côté, la Fédération de l’hospitalisation privée se défend : “Privé de ses moyens d’action et marginalisé dans le système de santé, le secteur hospitalier privé est acculé à démontrer son importance au cœur du système de santé et les missions qu’il remplit”, assure-t-elle dans un communiqué. “Il se voit, en conséquence, contraint de conduire des actions à impact fort et d’envisager de renoncer à plusieurs missions auxquelles il est pourtant particulièrement attaché”…

Reste que la menace court “jusqu’à une date indéterminée”. Et la FNESI de s’indigner : “Il est inacceptable pour les étudiants de payer les pots cassés d’un défaut de communication et d’interaction entre les pouvoirs publics et la FHP”.

Les commentaires sont clos.

  1. Sachant qu’une ESI coûte 23 euros par semaine en 1ère année, 30 en 2ème et 40 en 3ème, soit une moyenne de 31 euros semaine de 35h travaillées. À 1,13 euro de l’heure, service public ou privé perdez-vous beaucoup d’argent???

    Anonyme le mercredi 19 février 2014 à 14h26

  2. Que dis-je? 1,13 était bien trop conséquent! 0,86 cts est plus juste…

    Anonyme le mercredi 19 février 2014 à 14h37

  3. Et pourtant ils prennent des stages de gamins en troisième de collège enfants de notables bien sur 14 voir 16 ans!!ils vont dans les salles d’op et voient des patients complétement nus sur les tables sans que personnes ne dise quoi que se soit!!en Normandie j’y travaille!!

    revolte le mercredi 19 février 2014 à 15h26

  4. et dans tout ça on parle seulement des étudiants infirmiers, mais on refuse également les stages à nous élèves aide soignant… Un mêli-mêlo… :/

    Lydie le mercredi 19 février 2014 à 17h57

  5. Une grève des etablissements prives contre les ESI car ils forment 30% de l’effectif alors ils veulent des soux mais en fait …. qui forment les ESI ? Les IDE ! Pourtant on verra pas un centimes des soux demandés dans notre poche !

    manon le lundi 24 février 2014 à 12h33