Le combat (et la grève) continue pour les salariés de Parker

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Nous nous félicitons d’un “dialogue social permanent et qui donne des résultats”. Pour les salariés du groupe , la formule de leur direction a sans doute de quoi sourire. Depuis plusieurs mois, ils luttent contre les suppressions de postes annoncés. Dernière étape en date : l’arrêt brutal des négociations, le 13 février, après que les salariés en grève aient envahi les bureaux de la direction. Ils demandent désormais à François Hollande de venir s’expliquer.

Dans son communiqué, la direction du groupe “leader mondial des technologies du mouvement et du contrôle” justifie la nécessité du PSE. “Le projet de restructuration vise à répondre, non seulement à un marché européen très tendu et à des difficultés structurelles, mais également à saisir les opportunités stratégiques de développement qui s’offrent au groupe. De nombreuses activités de Parker s’exercent sur des marchés matures de plus en plus concurrentiels. Certaines ne sont plus compétitives et leurs résultats ne permettent pas de se développer.

Un plan de restructuration boursier alors que l’entreprise gagne de l’argent

En 2013, le groupe, loin d’être en difficulté, a généré13 milliards de chiffre d’affaires. “La réorganisation a ainsi pour objectif de consolider ces activités et de générer de nouvelles capacités d’investissement d’ordre aussi bien matériel qu’humain, une plus grande réactivité et une performance améliorée au service des clients de la société”, continue la direction.

Dans une lettre envoyée le 14 février, la CGT interpelle le DRH de Parker, Jacques Dorcier. “Demain, dans le seul intérêt financier du groupe Parker, de nombreuses familles vont se retrouver dans des situations gravissimes et critiques, des situations qui incomberont directement aux choix faits par le groupe.” Dans un communiqué de soutien, le Front de Gauche 21 se place aux côtés des salariés de Parker et parle de “restructuration boursière, alors que le groupe affiche 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 950 millions de dollars de résultats pour 2013”.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

La compétitivité du site de Dijon mise en cause

Sur 13 lieux de production en France, les sites Dijon et d’Annemasse, en Haute-Savoie sont les deux plus touchés. Pour Parker, le pôle de production de Dijon n’est plus assez compétitif. “Le site connaît aujourd’hui un manque de compétitivité lié principalement aux coûts de production très élevés par rapport à la concurrence et à des structures de coûts fixes également très lourdes.”

En conséquence, une grande partie de l’activité va être délocalisée vers la Pologne et la République Tchèque. “Le projet de restructuration prévoit d’une part le transfert de certaines activités industrielles vers d’autres sites européens, l’externalisation d’activités d’usinage vers des sous-traitants et la centralisation des activités commerciales au sein de l’organisation commerciale France basée sur l’établissement de Contamine-sur-Arve (Haute-Savoie). Cela entrainera la suppression d’environ 80 emplois sur l’établissement de Dijon.”

La CGT contre la délocalisation pour protéger le savoir-faire

Pour la CGT, cette délocalisation est “une erreur stratégique industrielle”. L’organisation syndicale détaille son argumentation dans un communiqué. “Par exemple, sur les moteurs à courant continu, le bobinage extrêmement précis est réalisé sur des machines vieillissantes que seuls les salariés savent régler. Le déplacement de ces machines en République Tchèque engendrerait de nombreux problèmes de remise en œuvre. Les salariés tchèques ne sont pas plus «bêtes» que les Français, toutefois le process de fabrication est peu formalisé sur le papier, le savoir-faire à Dijon se transmet oralement.”

Ce PSE, c’est aussi une affaire de savoir-faire à protéger, pour la CGT. “Non contente de licencier les salariés sur les chaînes de montage, la direction de ce groupe américain ose demander aux salariés français de transmettre leur savoir à ceux qui demain travailleront à leur place pour un salaire de misère. Les salariés de Parker Dijon ne laisseront pas un savoir-faire connu et reconnu partir en République Tchèque.”

Quid de l’avenir du site de Dijon alors ? Il devrait se recentrer sur la recherche et développement, mais aussi déménager, selon la direction de Parker. “Il est prévu que le site déménage, toujours sur le bassin d’emploi de Dijon, dans des locaux mieux adaptés à sa vocation. Des investissements significatifs seront réalisés dans les lignes de production des moteurs à fort contenu technologique ainsi que dans la R&D, dont la qualité est reconnue dans le groupe.”

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Des indemnités revues à la hausse

En attendant, le mouvement de grève continue sur le site de Dijon. “Pour l’heure et suite au mouvement de grève important qui s’est déroulée sur tous les sites français, vous avez confirmé à la CGT avoir organisé un meeting Direction à Etoy dès lundi”, poursuit la CGT dans sa lettre à Jacques Dorcier. “À l’issue de cette réunion, la CGT vous demande instamment de reprendre les négociations dans les plus brefs délais avec, comme objectif, d’arriver avec des propositions qui respectent les salariés notamment en ce qui concerne les primes supra légales.”

Le syndicat est soutenu sur ce point par le Front de Gauche : “Les négociations ont tourné court, car les propositions du groupe [sont] méprisantes et méprisables : une aumône de 28 000 euros pour ces salariés qui ont sacrifié leur vie pour la société.”

Quand l’Etat aide des boîtes qui licencient à tour de bras

Au-delà de ce combat social précis, le plan de licenciement géant de Parker pose la question de l’aide aux grandes entreprises étrangères qui s’installent sur le territoire français. La CGT dénonce que “plusieurs millions d’euros [aient] été distribués par l’Etat français sous forme de crédit d’impôts, sans contrôle, sans garantie de résultat et de maintien d’emploi. Aujourd’hui, la CGT dénonce le gâchis que représente cet argent public, jeté par la fenêtre à des entreprises dont les résultats financiers ne démontrent aucune difficulté.” Le Front de Gauche abonde : “Cette entreprise a bénéficié d’aide de l’état : exonérations sur les bas salaires, crédit impôts recherche, et maintenant le CICE. Une nouvelle fois, il est démontré que la politique de l’offre ne sert pas l’emploi, mais celle des actionnaires.”

La CGT interpelle directement le président de la République. “Les salariés se demandent si le gouvernement va continuer encore longtemps à cautionner ces licenciements boursiers ? Il serait souhaitable que Monsieur Hollande vienne à Dijon pour expliquer cela aux salariés !” Quant à la grève, elle se poursuit. “Pour l’heure, les salariés grévistes ont reconduit le mouvement pour les jours qui viennent et attendent un signe fort de la part de Parker dans la reprise des négociations”, conclut la CGT.

Les commentaires sont clos.

  1. Le montage/bobinage de certains moteurs qui vont être délocalisés engendre des reprises d’usinages en phase finale. Le groupe Parker souhaite abaisser les coûts liés à l’usinage de 60 %. Aucun sous-traitant n’est en mesure de proposer des coûts d’usinage à ce niveau pour la simple et bonne raison que les produits fabriqués à Dijon sont des produits spécifiques de haute technologie, sur des marchés de niche, à faibles volumes.
    Le risque industriel et les coûts engendrés par la délocalisation des chaînes de montage n’a pas été mesuré par le groupe Parker.
    Le groupe Parker est en excellente santé financière et communique une remontée de dividende aux actionnaires de 141 % sur 5 ans !
    En parallèle, 81 familles à Dijon vont se trouver en grande difficulté pour assouvir le cash des fonds de pension américains via des filiales situées dans des paradis fiscaux.
    En parallèle, les gouvernements qui se sont succèdés dont celui de Monsieur Hollande continues de cautionner ces délocalisations et ces suppressions d’emplois en finançant, avec des fonds publics les grandes entreprises dont les excellents résulats laissent baba…
    Les français préfèrent-ils mettrent la tête dans le sable, manifester contre le mariage pour tous et s’abrutir avec la “télé réalité” ou se battrent pour sauver leurs acquis, leur emploi, leur retraite, le savoir faire français connu et reconnu partout dans le monde ?

    Dominique Durand le mercredi 5 mars 2014 à 10h04