Le bras de fer géant des salariés de Parker

Photo Jonas Jacquel

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Devant les locaux de à Dijon, les salariés massés sous des tentes pour échapper aux trombes d’eau attendent le retour de leurs délégués syndicaux. Jeudi 13 février, les membres de la direction de sont venus à la table des négociations du plan social. Qui ont finalement échoué. Une grève illimitée devrait commencer vendredi, après un vote officiel. Pour rappel, 81 emplois sur 160 sont menacés à Dijon.

“Les gens sont encore un peu dans le déni quant à la perte de leur emploi, mais maintenant, ils prennent conscience qu’il faut négocier les indemnités”, explique Dominique Durant, délégué à Dijon. C’est lui qui mène cette journée, alternant séance de négociation avec la direction et harangue des salariés. L’usine de Dijon est en grève à 95%, pour faire pression. Des ouvriers des sites d’Annemasse et de Condamine, en Haute-Savoie, sont venus en renfort. Là-bas aussi les machines sont à l’arrêt, comme dans 12 des 13 sites de Parker en France.

Photo Jonas Jacquel

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Négociation des indemnités

C’est la troisième et dernière journée de négociation du PSE à Dijon. “On négocie le livret 1, c’est-à-dire tout ce qui est accompagnement social”, détaille . “Les boîtes de reclassement, les formations et compagnie, on n’y croit pas. Ce que les employés demandent, c’est des indemnités pour pouvoir avoir une visibilité financière suffisante”. La direction, elle, joue la montre. Les négociations sont suspendues depuis 8h30. Les syndicats réclament les mêmes conditions pour les départs volontaires et les licenciements. “Nous demandons une indemnité plancher de 50 000 euros, qui pourra monter jusqu’à 100 000 euros avec l’ancienneté”. Des revendications légitimes aux yeux des représentants, puisque le groupe américain fait des bénéfices. À 11h30, les négociations reprennent.

Moins d’une demi-heure plus tard, Dominique Durant redescend, la mine sombre. “La proposition de la direction est ridicule. Ils proposent une prime de 28 000 euros au maximum. Ça veut dire que certains ne partiront qu’avec 5 000 euros. Ils se foutent de notre gueule”. Les salariés sont dégoutés, la colère monte. “Un jeune, qui vient de s’installer, d’acheter une maison et qui a peut-être des enfants, avec deux ou trois ans d’ancienneté, ne touchera presque rien. Il y a des gens qui ont cinquante ans. Ils ne vont jamais retrouver de travail. Mais ils ont encore des choses à payer, la voiture, la maison, des enfants à charge. Comment ils vont faire ?”, regrette Dominique Durand.

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Excédés, les salariés envahissent les bureaux

En début d’après-midi, la pression est trop forte. Le mépris de Parker ne passe pas. Les salariés massés devant les bâtiments envahissent l’étage pour interpeller la direction. Pendant presque une heure, ils occupent les couloirs. En conséquence, la direction décide de suspendre les négociations. “Pas dans ces conditions”. “Ils savent que les gens sont en colère. C’est leur responsabilité, mais je pense qu’ils n’ont pas pris la bonne décision”, réagit Dominique Durand. Ce n’est pas le premier conflit social qui se joue chez Parker, et tous se sont réglés pacifiquement. Mais aucun n’avait cette ampleur. “À Annemasse, ils sont très très motivés. S’ils n’obtiennent pas d’indemnité à six chiffres, ils vont mettre le feu”, appréhende Dominique Durand.

Puisque Parker ne veut rien entendre, et bien ce sera la grève. Un rapide vote à main levée devant les tentes confirme la combativité des salariés. L’usine devrait être en grève illimitée à partir de vendredi. CGT et FO sont pour, la CFDT ne se prononce pas. Mais chez les salariés, c’est la détermination qui domine. “Ce que l’on veut, c’est ramener Parker à la table des négociations, mais avec des propositions décentes”, martèle Dominique Durand.

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La grève, tout le monde y perd

Même avec le soutien des ouvriers d’Annemasse et de Condamine, les Dijonnais se sentent bien seuls dans leur combat et dénonce le manque de soutien des politiques. La députée PS de Côte-d’Or Kheira Bouziane est bien passée au milieu de la journée pour afficher son soutien. “Elle a affirmé être à nos côtés, que l’on pouvait faire appel à elle. On sait qu’on peut lui faire confiance, comme à Laurent Grandguillaume”, affirme le délégué CGT. “Mais je suis très étonné que François Rebsamen ne soit pas venu. On le lui avait pourtant demandé. Il est sénateur-maire, il représente le gouvernement et le Parti socialiste, il aurait dû venir.”

Avec la grève illimitée, le bras de fer qui s’engage entre la direction de Parker et les salariés s’annonce homérique. “Les machines sont arrêtées. Parker a des clients qui ne vont pas être livrés, donc ils vont perdre de l’argent. On sait qu’ils ont fait des stocks en prévision, mais ils vont forcément être en difficulté. En ce moment, ils sont en train de faire des calculs pour savoir ce qui coûterait le plus cher pour eux entre céder à nos revendications et nous laisser faire grève”, assure Dominique Durand. “La grève, ce n’est pas une solution que nous aimons. Tout le monde y perd : d’abord les salariés, mais aussi Parker et ses clients. Mais c’est la direction qui n’a pas voulu négocier”.

Les dernières journées de négociation entre la direction et les syndicats se déroulent à la fin du mois de février, sur le site de Condamine. “Dans ces conditions, la CGT ne signera pas d’accord. Mais ce sont les salariés qui décideront”, promet Dominique Durand. D’ici là, ils vont se battre pour faire comprendre la valeur de leur vie au géant américain.

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Les commentaires sont clos.

  1. Très bon reportage.
    Tout notre soutien aux salariés.
    En attendant le fameux pacte de “responsabilité”

    Dijon Autrement le lundi 17 février 2014 à 6h48

  2. Au nom des salariés du site de Dijon, nous tenons à remercier les très nombreux automobilistes qui klaxonnent chaque jour en signe de soutien.
    Il est important pour nous de savoir que les citoyens dijonnais ainsi que ceux qui se rendent chaque jour à leur travail sont conscients qu’une grande entreprise de Côte d’Or va encore disparaître pour des raisons qui ne sont que boursières. Merci à tous et continuez à klaxonner !

    Syndicat CGT Parker le lundi 17 février 2014 à 17h29