Quand amour et sexe sont à portée de clic

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

À l’approche de la Saint-Valentin, vous ne cessez de ressasser votre mauvaise humeur. Et oui, cette soirée, celle des amoureux, vous la passerez devant votre télé. Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Les célibataires seraient 18 millions en France. Et en Bourgogne, ce n’est guère mieux : 1/3 de la population vivrait seuls… Triste sort.

À moins que vous ne fréquentiez l’un des 2 000 sites de rencontres que compte la toile. Le grand n’est sûrement pas au rendez-vous, mais le temps d’une soirée, vous pourriez être bien accompagné. Bojan Cecavac et Mama Belhenini, tout deux étudiants en master Stratégies de communication internationale à l’université de Bourgogne se sont penchés sur le phénomène. Pendant plusieurs mois ils ont découvert cet univers impitoyable. Une expérience qu’ils présenteront le 15 février à l’occasion du premier mondial, à Dijon. Quand amour, sexe et gros sous ne font plus qu’un, ils reviennent sur leur expérience.

Cœur à prendre.

Derrière leurs ordinateurs, en pianotant sur leurs smartphones, ils seraient plus de sept millions en France à chercher l’amour. 30% des internautes français déclarent avoir été ou être inscrit sur un site de rencontres sur Internet. Un vaste marché de célibataires où le coup de foudre est loin d’être garanti. “L’amour est aujourd’hui un véritable business“, certifie Bojan Cecavac. “Il produirait 200 millions d’euros de chiffre d’affaires”. Meetic, Attractive World, E Darling, Adopte un mec. Les noms sont loin d’être inconnu, mais à chaque site sa propre offre et donc sa propre demande.

“Si vous cherchez une relation purement charnelle, les sites de rencontre sont sans doute une bonne solution. Si c’est le grand amour, cela reste possible, mais il faudra être plus persévérant et vigilant”, explique Mama Belhenini. En 2012, l’Ifop publiait une enquête sur le sujet. Et le résultat avait de quoi surprendre : 56% des sondés pensent que les sites de rencontres rendent plus faciles les rencontres amoureuses que par le passé.

“Internet a permis de faire émerger une nouvelle façon de charmer une autre personne”, reconnaît Bojan Cecavac. “Des personnes peuvent s’inscrire par manque de confiance ou justement pour en regagner en voyant qu’elles peuvent plaire. Sur internet, tous les tabous tombent, la parole se libère”. Et ça, ils ont pu en être juges.

À Cœur ouvert

Car pour appuyer leur démonstration, les deux jeunes se sont inscrits durant plusieurs mois sur une petite dizaine de sites. Sur Adopte un mec, Bojan Cecavac était Chloé, 20 ans, étudiante à Lyon. “Amatrice de lingerie fine et de fouet”, précise-t-il avec un sourire. Chloé était romantique. Mais elle n’a pas eu beaucoup de conversations avec des personnes qui partageaient ce trait de caractère. “Le plus cru était un garçon de 18 ans, peut-être par manque de maturité ou par manque d’expérience sur ce type de réseaux”.

La majorité lui propose, très rapidement, de passer une nuit ou quelques heures ensemble, tout au plus. Il faut dire que la mécanique du site est très rodée. L’homme est vu comme une marchandise, les femmes sont censées faire leurs courses. Pourtant, ce sont souvent eux qui font le premier pas. “Ils veulent notre numéro de téléphone. Pour eux, le site internet n’est qu’un portail, un rassemblement de célibataires, où il faut rester le moins possible. Ce numéro permet de casser la barrière du virtuel”. Chloé ne le donne qu’à une seule personne, un homme de trente ans, “très insistant”. Pendant la conversation, elle découvre ses véritables intentions : “un plan cul”. Une relation durable étant plus difficile en raison d’un problème de concordance de religion.

Ce paramètre, les sites tendent à le prendre en compte. Il est certes possible de se rencontrer selon ses affinités sexuelles, mais désormais, vous pouvez aussi le faire selon vos opinions politiques ou vos convictions religieuses. Mama Belhenini ou plutôt Farah69 s’est ainsi inscrite sur Mektoube, un site de rencontre entre musulmans. “Le site était finalement très ouvert avec de nombreuses personnes non-musulmanes”. En précisant le degré de pratique, on devine qu’ils cherchent plus un physique “typé”.

Pendant deux semaines, Farah69 n’ajoute aucune photo, “pour voir si l’intellect compte plus que le physique”. Et l’expérience s’avère concluante. Une cinquantaine de messages par jour dans un premier temps puis une centaine lorsqu’elle met un visage sur son profil. “Je me présentais comme une nouvelle Lyonnaise, fraichement débarquée de Dijon. Plusieurs personnes m’ont proposé de me faire visiter la ville par exemple”. Un classique.

À plusieurs reprises, ils ont demandé à ces jeunes gens ce qui les poussait à venir faire des rencontres en ligne : la peur de la réalité pour la plupart. “Plusieurs ne se voyaient pas aborder une fille dans la rue”…

Bourreau des cœurs

Mais une question revient régulièrement : “Est-ce que tu as déjà fait des rencontres sur le site”. Un sentiment de concurrence permanent anime en effet les célibataires. Une concurrence non visible, impossible à quantifier donc et qui induit un besoin d’exclusivité. “Comme pour me rassurer, certains m’assuraient avoir déjà fait des rencontres, qui ont tenu plusieurs mois”. Loin des relations charnelles que l’on peut trouver sur Adopte un mec, donc.

Pourtant, là-bas aussi, l’exclusivité est patente. Ajouté à la nécessité de répondre le plus rapidement possible. “Nous n’avions pas beaucoup de temps, tout juste une heure le soir, alors répondre à cent messages était très difficile”, expliquent-ils en chœur. Et Bojan Cecavac alias Chloé d’ajouter : “Si je ne répondais pas dans l’heure qui suivait, le mec passait à autre chose”. Ou plutôt à quelqu’un d’autre !

Dans son ouvrage Sex@mour, le sociologue Jean-Claude Kaufmann pointe les effets pervers d’une telle consommation de la drague sur internet : “Je peux débrancher n’importe quand sans avoir à m’excuser. Mais ça peut être très mal vécu par celui qui est rejeté. C’est le prix à payer pour celui qui veut s’engager dans une relation plus durable : cet univers sans fin de relation possible rend cet engagement encore plus difficile”.

62% des internautes expliquent chercher une “aventure sans lendemain” sur internet, 38% seulement optent pour une relation sérieuse. Un de leur collègue de promo s’est, lui, attardé sur l’application Grindr, une référence en matière de drague pour la communauté gay. Grâce à cette application, il est possible de géolocaliser les personnes. Avec les smartphones, cette géolocalisation s’ouvre à tous. Si bien que les applications du même type se développent : Tinder ou Lovoo sont les plus populaires. En quelque sorte, l’avenir de la drague, ultra-connectée et décomplex(ifi)ée.

Informations pratiques
LoveCamp Dijon
Samedi 15 Février 2014 de 9h à 17h
Pôle économie et gestion de l’Université de Bourgogne | Boulevard Gabriel à Dijon.
Événement gratuit et sur inscription

Les commentaires sont clos.

  1. Alors mettons les choses au point : sur les sites de rencontre il y a à boire et à manger et puis il existe des sites gratuits et des sites payants. Voici un article de fond pour compléter celui-ci : http://www.nice-people.be/articles/pourquoi-choisir-internet-pour-faire-des-rencontres.asp

    Sophie le lundi 10 février 2014 à 14h16