La langue française des signes, une langue comme les autres

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En France, 4 millions de personnes sont sourdes. La (LFS) est loin d’être généralisée. Administrations, vie quotidienne, tout serait pourtant plus simple pour la communauté sourde, et leur permettrait de jouer un rôle plein dans la société. À Dijon, l’association Visuel propose des formations à la LFS. Yan Motschwiller, le directeur se revendique “Sourd, avec un grand S”.

“Les sourds apprennent la langue française des signes naturellement ou à l’école. En fait, c’est leur langue maternelle”, explique-t-il. Les gestes compliqués et rapides qu’il effectue sont complètement illisibles pour un novice. Heureusement, un interprète est là pour mettre des mots sur les mouvements de ses mains. Seulement 80 000 personnes pratiquent la langue française des signes. Essentiellement parce que celles qui perdent l’audition au cours de leur vie ne font pas la démarche. Ils représentent 88% des sourds, mais seulement 1% des élèves de Yan Motschwiller. “C’est plus difficile pour eux, car il faut d’abord faire son deuil”. Lui est sourd de naissance.

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Les clichés du corps médical sur la

Les médecins pensent rarement à conseiller l’apprentissage de la langue des signes aux parents d’enfants sourds. On propose plutôt la pose de dispositif d’aide, ou de la rééducation. Le corps médical a du mal à se débarrasser de ses clichés sur les sourds. “95% des bébés sourds naissent de parents entendants. Pourtant, on propose systématiquement un dépistage à la naissance aux parents sourds, mais presque jamais aux couples entendants”, détaille Yan Motschwiller. Longtemps, on a cru que la surdité était héréditaire. Sous l’Empire napoléonien, il était même strictement interdit à un homme sourd et une femme sourde de se marier.

Résultat, la langue française des signes a bien du mal à se faire une place. Ce qui a de graves conséquences pour la communauté. “L’Éducation nationale a une méthode oraliste. 60% à 70% des sourds sont en échec scolaire”, regrette le directeur de Visuel. Certains, qui perdent l’audition au cours de leur vie, continuent à oraliser et à communiquer presque normalement. “Mais la lecture sur les lèvres, c’est très très compliqué. Ça demande beaucoup de concentration, un effort très intense. Pour une communication à double sens, la langue des signes est la meilleure solution.”

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Un moyen de lutter contre “la peur du sourd”

Yan Motschwiller insiste bien. “La LFS est une langue comme les autres, avec sa syntaxe, sa structure et sa grammaire. Exactement comme une langue étrangère. Ce n’est pas un moyen de communication appauvrie”. On peut très bien soutenir une thèse de physique quantique en langue des signes. Entre 1880 et 1980, l’enseignement et la pratique de la langue des signes était interdite. Aujourd’hui, en France, c’est une langue reconnue. Mais pas dans la Constitution, comme en Espagne par exemple. Ce que regrette Yan Motschwiller. “Ça obligerait à une accessibilité totale. Toutes les administrations et les services publics devraient être accessibles en langue des signes.”

Et peut-être de faire tomber les stéréotypes sur les sourds. “Quand je fais comprendre que je ne communique pas à l’oral, les gens ont des réactions parfois agressives, ou fuient”, soupire Yan Motschwiller. “À partir du moment où ça touche à la communication, ça fait peur. Un handicapé dans un fauteuil, on peut lui parler, donc ça va.” Mais échanger avec un sourd, privé du moyen de s’exprimer à l’oral crispe parfois leurs interlocuteurs. Quand il ne se replie par sur lui par gêne ou pas peur, “c’est souvent le sourd qui fait le premier pas vers l’entendant”.

Les commentaires sont clos.

  1. bonjour !

    chouette article mais juste une gros détail.. LFS !? heu… non ! LSF ( langue des signes française )… bonne journée . laure b ( interprète LSF/Français )

    laure boussard le samedi 8 février 2014 à 10h08

  2. Je sui entièrement d’accord avec Yan,dans le service public il n’y a aucune structure pour l accessibilité aux sourds et malentendants. Pour citer un exemple, a la MDPH (maison départementale des personnes handicapés), il n y a aucun accueil en LSF, et encore moins de boucle magnétique pour les personnes appareillées .Moi j appartiens aux deux monde , celui des sourds et des entendants ça je suis appareillé depuis 33ans. Je pratique moi même la LSF que j’ai apprise a l école visuel. Je me suis aperçu que pour les personnes malentendantes qui oralisent ont parfois du mal a comprendre.Car entendre et comprendre c est pas la même chose.
    C’est pour cela que j’aide les sourds quand l’occasion se présente.
    Quand un entendant recontre un sourd , qui est le plus handicapé des deux…
    Je vous laisse méditer.
    En France on se doit d apprendre la langue française dans les écoles et pourquoi pas la LSF qui est également française.
    Malik

    Ait-abbas Malk le samedi 8 février 2014 à 11h13

  3. Quelques erreurs factuelles dans votre article :
    – Comme le note laure boussard, il s’agit de la LSF, langue des signes française et pas de la LFS, langue française des signes
    – la détection est proposé systématiquement avant la sortie de la maternité (voir arrêté du 23 avril 2012)
    – la LSF n’est pas mentionnée dans la constitution car, à la différence de l’Espagne, la République française ne reconnaît pas d’autres langue que le Français (pas les langues régionales notamment). Il ne s’agit donc pas d’une discrimination particulière à l’égard de la LSF. Mais celle-ci est reconnue par la loi du 11 février 2005 comme une langue à part entière, ce qui est déjà une évolution positive. Ce dernier point pourrait évoluer si les langues régionales étaient reconnues comme le demande l’UE.

    FRANSIOLI le dimanche 9 février 2014 à 16h45