Grand Dijon : À la fermeture, l’heure de pointe

Photo Jonas Jacquel

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18h45. Le dernier conseil communautaire de la mandature aurait dû commencer il y a déjà quinze minutes. Mais ce soir, les élus ne semblent pas pressés. Comme pour faire durer le plaisir, ils traînent pour s’asseoir. Seraient-ils superstitieux de s’installer sur des sièges qui ne seront peut-être plus les leurs la séance prochaine ?

Pas vraiment. À gauche, on s’appuie contre une table, à droite, on se lime les ongles. , président du , arrive enfin, tout sourire, par la grande porte. Pressé ? Que non ! Lui aussi a bien quelques minutes pour une petite bise et une discussion entre collègues. Dans l’amphithéâtre, seuls les techniciens de la retransmission en direct sur le web du conseil affichent un visage grave, profitant de ces quelques minutes pour peaufiner leurs réglages.

Pourtant ce soir, l’enjeu n’est plus dans les rapports. D’ailleurs, “tous les dossiers ont déjà été théoriquement validés à l’unanimité en commission”, indiquait détendu François Rebsamen quelques heures plus tôt, à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse.

“Petite séquence émotion”

Mais il faut se faire une raison et bel et bien s’attabler une dernière fois afin d’analyser les ultimes dossiers. “Chers amis, veuillez prendre place, et pour l’appel, Pierre, c’est à toi !”. Il faut effectivement que l’ambiance soit toute particulière pour que le président du conseil d’agglomération déroge de l’exigence du vouvoiement.

Il le dit lui-même, “c’est la fin d’un mandat”. Depuis 2008, les 86 élus sont devenus des amis. Pourtant si certains se reverront, élections obligent, d’autres n’auront pas ce privilège. Parce qu’ils ne se représentent pas, comme le doyen du conseil Jean-Claude Douhait – maire d’Ahuy et conseiller communautaire depuis 30 ans – ou parce qu’ils ne seront peut-être pas réélus. “Je ne suis pas sûr qu’on se retrouve tous et toutes dans la même configuration. C’est la vie démocratique”, avertit avec tristesse, “pour la petite séquence émotion”, François Rebsamen.

Photo Jonas Jacquel

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En effet, la réforme du mode de scrutin ouvrira les portes du Grand Dijon à une potentielle opposition. Celle du conseil municipal de chaque ville siégeant au conseil d’agglomération, suivant le modèle de la proportionnelle. Et cette ambiance préélectorale perce parfois déjà à travers les rapports, répondant aux coups de communication des adversaires déjà déclarés : “Contrairement à ce que j’entends, nous continuons à financer publiquement Orvitis. Ceux qui disent le contraire ne connaissent pas bien leur dossier”, lâche François Rebsamen lors de l’examen d’un rapport sur le logement. Une pique très électorale, puisqu’elle vise François Sauvadet, président du conseil général de Côte-d’Or. Lors du meeting du candidat de la droite dijonnaise, Alain Houpert, il s’en était pris à “la politique des petits copains”, du maire qui faisait de la “rétorsion notamment sur Orvitis”. Et pour enfoncer le clou sur le “bétonnage”, le président du Grand Dijon précise : “Le secteur de la construction emploie sur notre agglomération près de 9 000 personnes”.

Les nouvelles règles électorales vont changer le visage du Grand Dijon

Pour la première fois en mars 2014, dans les communes de plus de 1 000 habitants, les conseillers communautaires seront élus en même temps que les conseillers municipaux. En clair, l’électeur devra glisser un unique bulletin dans l’urne. Il comportera cependant deux listes.
Ensuite, le mode de scrutin étant le même, la répartition des sièges est similaire : la liste arrivée en tête obtient la moitié des sièges et les autres sont distribués à la proportionnelle. De fait, l’opposition municipale va peut-être être représentée au sein de l’intercommunalité.
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, la seconde liste ne figurera pas sur la liste. En effet, le panachage étant encore autorisé, les conseillers seront désignés selon l’ordre du tableau.

Un trop bon bilan ?

“Les résultats sont là, en matière de réalisation, de l’investissement”, pointe sans équivoque le président d’agglomération. S’il faut résumer en un mot cette mandature 2008-2014, on choisira en effet “investissement”. Projet urbanistique sur projet urbanistique, le Grand Dijon a fini par atteindre en 2013 son taux historique d’endettement : 334 millions d’euros, contre 19 millions en 2001 ! Conséquence directe, le paysage de la ville a changé, ce que le service communication n’hésite pas à fièrement nous montrer, preuves aériennes à l’appui.

Certes, mais pour quel bilan ? Excellent, pensez donc, voire trop. C’est à demi-mot le message que François Rebsamen souhaitait distiller en conférence de presse quelques heures plus tôt. Et quel meilleur exemple que l’investissement de loin le plus important – 400 millions d’euros -, pour le tramway de Dijon ? Chiffres de fréquentation 2013 du réseau Divia encore tout chauds entre ses mains, il présente une offre de transports en commun tellement populaire qu’elle risque même d’être bientôt victime de son succès…

173 000 voyages par jour, 41,3 millions de voyages annuels, une augmentation de 20% par rapport à l’année 2012. “À ce rythme-là, ça va commencer à poser un problème !”, se réjouirait presque l’édile. “Les fréquentations à certaines heures nécessiteront peut-être bientôt une rame de plus”. Il faut dire que les Dijonnais ont visiblement largement plébiscité le tramway, laissant leur véhicule au garage. “Les parkings-relai sont pleins, les abonnements augmentent”. Pour preuve, leur nombre est passé de 23 000 à 32 000 en un an seulement ! Et comme si la démonstration ne suffisait pas, il pousse encore un peu plus l’argumentation : “Des délégations de Suisse, du Brésil, bref, le monde entier est venu voir notre tram !”.

Soyons sport

“Le rapport suivant je vais le prendre. Pas parce que c’est du foot hein, quoique…” Comme un symbole, l’ultime rapport à l’ordre du jour et de ces six ans de mandature touche à la thématique la plus chère au président d’agglomération : le football bien sûr, à l’honneur à travers deux dossiers : la construction de la tribune Est du Stade Gaston Gérard, et l’accueil dans ses murs d’un camp de base d’une des équipes nationales participant à l’Euro de football 2016.

Seul hic, “outre les conditions drastiques de l’accueil”, l’événement populaire de la résidence théorique d’une équipe européenne dans la ville risque fort de survenir justement pendant la phase de travaux de la tribune Est. Pour un montant total de 18,6 millions d’euros, les travaux de déconstruction puis reconstruction de cette tribune débuteront justement en 2015-2016 et devraient être prêts pour la saison 2017-2018. Un équipement que portera la capacité totale du stade de 16 288 à 19 608.

Pour dernier message (politique), François Rebsamen rappelle que la capacité totale de l’équipement sportif était de seulement 5 000 places en 2001. Mais les plus chères seront bel et bien les 86 de ce conseil d’agglomération. La dernière séance est levée, place au match…

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