Franchir les portes du théâtre… et devenir quelqu’un

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Attention, cet article n’est pas une recette du succès. Il n’explique pas où trouver le chemin qui mène vers la gloire, ni ne donne la ligne directe des grands producteurs de cinéma et des plateaux télé.

Il tente d’expliquer, en compagnie de Jeanne-Marie Pietropaoli, médiatrice du responsable des projets éducatifs et des formations, pourquoi il est bon d’envoyer la jeunesse des lycées sur les planches d’un théâtre, coachés par un professeur clown-comédien voire danseur-musicien.

Il explique également pourquoi, même lovée dans le fauteuil confortable en velours rouge d’une salle de spectacle, la jeunesse profite toujours du spectacle vivant.

Lycéades : Un pied chez les professionnels

A l’heure où nous parlons, il est bien plus aisé d’emmener un adolescent dans un magasin d’électro-ménager et le coller devant le mur d’écrans pendant une heure, que de le tirer au théâtre pour voir une représentation de la même durée. Dommage, car ce n’est pas forcément bon pour son développement intérieur. Cet attrait mécanique pour les écrans lumineux – et bien d’autres raisons évidentes – pousse donc les institutions culturelles à pousser la collaboration avec les écoles. Le Théâtre Dijon Bourgogne organise, lui, des Lycéades.

“Le projet s’inspire très clairement de celles qui ont lieu en Saône-et-Loire, à l’Espace des Arts depuis 14 ans, explique calmement Jeanne-Marie Pietropaoli. Benoît Lambert, arrivant à la tête du TDB et ayant déjà eu cette expérience, il a souhaité qu’on puisse l’étendre à la Côte-d’Or et c’est ce que l’on fait”

Il s’agit pour le TDB d’une politique d’éducation artistique. Amener la jeunesse au théâtre selon eux, passe par l’expérience : “On travaille avec des élèves de première et de terminale en option théâtre qui suivent des cours théoriques mais aussi des heures de pratique avec un artiste. L’objectif est de donner aux élèves deux jours plein avec un comédien, un danseur, un circassien. “On leur permet  de s’immerger comme s’ils suivaient un stage amateur.”

“Je pense que le théâtre sert à tout dans la vie et à toute la vie”

Alors qu’en classe, les lycéens finissent par n’être que des noms sur une liste ou un numéro de copie préparant le Bac, courant après leur emploi du temps et la rafale (vu de l’intérieur d’un ado en pleine croissance, le mot est faible) de cours qu’ils suivent, dans les cours de théâtre, c’est différent, ils deviennent quelqu’un.

“Lorsqu’arrive le conseil, les professeurs ont une toute autre image des élèves quand ils connaissent la personne – suite aux ateliers de théâtre”, exemplarise la médiatrice culturelle. “Tandis que dans un autre cours, la personne “élève” n’est pas forcément prise en compte.”

Le théâtre contemporain parle aussi aux jeunes parce qu’il parle de nos vies”

“Au théâtre, en revanche, on prend la personne dans toutes ses composantes. On connait sa voix, ses regards, on connait son comportement, on regarde sa façon de se déplacer, de se comporter avec les autres. Et tout cela est très visible et facilement mesurable. Et puis à très long terme, cela aide à maîtriser sa voix, c’est important, pouvoir s’exprimer face à telle ou telle personne dans un entretien individuel, et au  delà de ça, dans la vie professionnelle pour s’exprimer dans des réunions…”

“Le théâtre, c’est donc un outil utile, mais aussi une ouverture d’esprit, une culture générale que l’on va acquérir et qui ouvre les yeux et l’esprit pour toute la vie. ”

De la salle de classe à Pauline Bureau

Pour ces Lycéades, les élèves se sont appuyés sur le travail de Pauline Bureau, une jeune metteur en scène travaillant en association avec le TDB pour 3 ans. Jeanne-Marie Pietropaoli récapitule :”On a déjà accueilli deux spectacles d’elle, on la connait. Elle a fait un stage pour tous les profs d’option théâtre au mois d’octobre, où elle a développé tout son projet. C’est quelqu’un qui construit les choses en équipe.” (Voir ici un extrait des répétitions de son second spectacle, Sirènes, au Parvis Saint-Jean)

“Le texte n’était pas écrit d’avance, Pauline a donc travaillé sur une collecte de textes à partir de matériau : des récits de vie. Elle voulait travailler sur la question de l’identité et des origines, celle des histoires de famille. Finalement, on en est arrivé à la problématique des secrets de famille. Pauline Bureau explique que ce qui l’a fait écrire ce spectacle, ce sont aussi des questions personnelles. Elle disait : “Je me pose des questions sur ma propre identité”, et finalement tout cela parle au spectateurs.”

Les Lycéades ont lieu à la Minoterie de Dijon | Photo Marion Chevassus

Les Lycéades ont lieu à la Minoterie de Dijon | Photo Marion Chevassus

La thématique “Identités ?” est donc choisie et pour la problématique autour de laquelle vont travailler les étudiants, Pauline a cité, inspirée subitement par Henri Michaud : “Il n’est pas un moi, il n’est pas deux moi, il n’est pas dix moi. Moi n’est qu’un position d’équilibre. “Les professeurs ont proposé chacun un projet, souvent basé sur le souvenir. “On avait un peu peur de se frotter à un sujet d’adulte. On s’est rendu compte que les lycéens étaient très intéressés au contraire, ils ont déjà plein de souvenirs dès 15-16 ans, ils sont pétris d’une histoire”, explique la médiatrice.

“Le théâtre, c’est cela : on vient chacun pour trouver une partie de nous même. Trouver des réponses aux questions que l’on se pose, ou au contraire s’en poser de nouvelles, et bouger son regard. Le théâtre pose des questions politiques, des questions sur notre société, le théâtre contemporain parle aussi aux jeunes parce qu’il parle de nos vies.” CQFD (Ce qu’il fallait démontrer)

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