Méditation depuis un siège de théâtre

Photo Agathe Poupeney

Photo Agathe Poupeney

Calé le jour de l’ouverture du , au théâtre Mansart, c’est le premier spectacle d’une série de propositions centrées sur la danse contemporaine, à Dijon. Tempéraments de la compagnie Affari Esteri a décidé de nous parler de nous, humains, spectateurs, gens, corps, psychismes, individus, intériorités.

A partir de ces comportements que nos ancêtres classaient par tempéraments (colérique, sanguin, lymphatique ou mélancolique), la compagnie s’est affairée à créer une gestuelle.

S’inspirant de tableaux de la Renaissance, de leurs propres improvisations, de leur ressenti corporel, ils ont filtré et conservé l’ultime essence de ces tempéraments – telle une huile humaine dans une fiole. Avant de la jouer sur scène pour la toute première fois. Quatre personnes évoluent sur le plateau éclairé très simplement, le visage absent.

Lancinant et hypnotique

Le corps lancé dans une danse proche du mime semble communiquer à travers une gestuelle abstraite et ample, calme ou saccadée. Notre regard se balade et se perd au hasard des mouvements, il s’attarde peut-être sur le tempérament qui nous correspond le mieux. Le deuxième tableau commence, la danse est identique, le travail de lumière très peu différent et le spectateur – déconcerté – de s’inquiéter.

Une heure sur le même modèle ? La musique lancinante faite de contrebasse et de longs sons graves est la manivelle qui alimente ce rouage au mouvement sans fin, les visages sont toujours inexpressifs, les costumes ne sont pas accrocheurs.

Notre regard habitué aux rebondissements et aux couleurs électriques du XXIème siècle ne sait plus à quoi se fixer et il glisse lentement vers une observation de plus en plus contemplative. Récurrence, calme, respiration, ce cirque doux, hypnotique, parcouru de vibrations transporte la salle vers un état proche… de la méditation.

Le spectacle marche. Absorbé, notre corps se détend – bâille – relaxé par une bande son presque spatiale désormais. Il nous emmène vers le troisième tempérament choisi – la troisième partie – qui ressemble fort à la colère . La scène se divise : une lumière blanche lunaire inonde la moitié de l’espace tandis que le noir intersidéral avale l’autre partie.

Radicalité, déséquilibre, tension, pression, des voix de télévisions prennent le dessus, s’interrogent sur fond de batterie et de guitare électrique. Les sourcils froncés, nous observons impuissants un état humain solitaire épuisant mais jouissif, inquiétant par son inhumanité et pourtant très actuel voire futuriste et prophétique dans sa mise en scène.

La mélancolie est le dernier tempérament, le geste redevient souple, les lumières plus chaudes, le corps se liquéfie et la pression s’évapore. Alors que dans la salle de spectacle les lumières se rallument, nos corps sont reposés et peu importe finalement si la question du sens concret subsiste. L’essence précède le sens.

Les commentaires sont clos.