Egalité filles-garçons : Et si tout se jouait à l’école ?

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Dès l’âge de deux ans, un enfant est capable de dire qu’un ballon, c’est pour les garçons, une poupée, c’est pour les filles. Sa propre identité sexuelle ne s’affirme que vers six ou sept ans. Après le baccalauréat, certaines filières (mécanique, électricité) sont occupées à 100% par des garçons. D’autres, comme la branche “sanitaire et social” ou la filière esthétique sont trustées par les filles.

Que s’est-il passé entre ces quelques années ? Les stéréotypes de genre, apparu très tôt, ont été intériorisés jusqu’à influencer l’orientation des élèves. L’école participe à plein à leur installation et à leur renforcement. Mais peut-elle aussi en être la solution ? Un plan d’action sur l’égalité entre les sexes a été mis en place dans les établissements éducatifs de Bourgogne.

De la maternelle jusqu’aux études supérieures

“C’est une thématique qui nous concerne tous, parents, élèves ou professeurs”, commence Laurence Guillet, chargée de mission à l’égalité garçon/fille au rectorat de Bourgogne. “Ces problématiques existent de la maternelle jusqu’aux études supérieures, et elles valent autant pour les filles que pour les garçons”. Mercredi 22 janvier, elle organisait une journée de formation académique sur le thème de l’égalité des sexes, à destination des professeurs et membres de l’encadrement des établissements du rectorat. “Nous sommes tous porteurs de stéréotypes responsables d’intégration de schémas chez les élèves qui modifient leur orientation”.

Est-ce à l’école de répondre à ce problème ? “Il y a, il y aura toujours débat sur le rôle de l’Éducation nationale sur ces sujets”, estime Hugues Demoulin, docteur en psychologie sociale. Pour lui, le rôle de l’éducateur est primordial pour lutte contre ces inégalités. “Quand on prend une décision, il faut se demander si elle produit de l’inégalité. Si c’est le cas, il faut la revoir”.

Des manuels scolaires sans femme

Quelles inégalités sont générées par l’école, au juste ? Une expérience montre qu’un professeur, en classe de collège, interagit les deux tiers du temps avec des garçons, un tiers avec les filles. Quand on lui fait remarquer et qu’il essaye de rééquilibrer ce temps de parole, les garçons se sentent lésés, et l’enseignant lui-même à l’impression de les défavoriser. Dans la classe, l’équilibre naturel du temps de parole penche en faveur des garçons.

“Dans les manuels scolaires, la femme est pour ainsi dire invisible”, remarque Catherine Marchi, principale adjointe au collège Rameau de Dijon. “Que ce soit en histoire, en sciences, etc. Cela ne laisse pas penser aux filles qu’elles pourraient occuper un poste important dans la société un jour”.

Des filières scolaires très sexuées

“Il y a une forme d’égalité en droit qui a été obtenue, mais qui ne se traduit pas dans les faits”, estime Delphine Zennou, déléguée régionale au droit des femmes. “Il faut intervenir en amont sur ce qui génère ces inégalités, nos schémas de pensée”. La plus grande conséquence de ces inégalités garçons/filles à l’école, c’est l’orientation. “Elle est très sexuée et défavorable aux filles”, assure Delphine Zennou. “Elles sont orientées vers des formations qui mènent sur des métiers avec moins de déroulés de carrière”. Avec un résultat : le salaire des femmes est en moyenne inférieur de 27% à celle des hommes. “Il faut prendre conscience que ce que l’on associe au féminin ou au masculin peut-être extrêmement réducteur”, insiste-t-elle.

Catherine Marchi a remarqué, dans son collège, la difficulté d’encourager les élèves à se diriger vers des filières spontanément associées au sexe opposé. “Pour les adolescents, la conformité, c’est très important”, explique-t-elle. “Les stéréotypes pèsent beaucoup dans la période de construction de l’identité”, confirme Hugues Demoulin. “Aller dans une filière sexuée, c’est une transgression”. Souvent, les élèves qui font cette transgression sont mis par la suite en difficulté, inconsciemment, par les autres élèves et les professeurs.

Tu es une fille ou un garçon ?

Ces stéréotypes, qui influencent le comportement des éducateurs avec les filles ou les garçons, viennent de la société dans laquelle nous vivons. “On nous rappelle sans cesse qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes, comme sur les panneaux de WC”, illustre Hugue Demoulin, par ailleurs délégué à l’égalité garçon/fille dans l’académie de Rouen. “Cela ne favorise pas une culture de l’égalité”. Poussé par notre environnement, on s’associe à l’une des deux catégories, ce qui change notre façon d’agir, de penser et d’être avec les autres.

Cette différenciation se fait dès notre prime jeunesse. “Tu es un garçon ou une fille ? C’est une question que l’on pose très tôt. L’enfant doit être capable de répondre très vite”, explique Hugues Demoulin. Et on apprend aussi rapidement les codes qui correspondent à notre catégorie. “Vous demanderez très difficilement à un garçon de porter du rose. Il va se sentir atteint dans sa masculinité”.

La différence entre les hommes et les femmes produit de l’inégalité. Dans les catalogues de jouets pour enfants, les jeux de construction ou les pistolets pour garçon portent des notions fortes, de construction ou de destruction. Pour les filles, la dinette et les poupées n’ont pas le même poids. “Le féminin et le masculin n’ont pas la même valeur sociale”, résume Hugues Demoulin.

Les garçons ne sont pas les grands gagnants du creusement des inégalités. “Les normes de masculinité sont aussi contraignantes”, rappelle le psychologue social. “Il faut être courageux, même quand on n’en a pas envie”. Au grand jeu des stéréotypes, tout le monde y perd. “Ils constituent des barrières à la réalisation des choix personnels, tant pour les filles que pour les garçons”.

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