Rentrée scolaire 2014 : Objectif tous dans les clous

Photo Marion Chevassus

Photo Marion Chevassus

Le regard strict, les anciens recteurs de l’, disposés dans leur cadre argenté sur le mur de la salle de réunion, 8 ème étage, observent Sylvie Faucheux, la rectrice, développer son plan d’action pour la rentrée 2014-2015. En 30 ans, ils ont vu la France, pays des Lumières et des beaux principes, dégringoler au 25ème rang du classement occidental Pisa. Un coup dur, mais aussi un chiffre coup de fouet pour le ministre de l’Education, Vincent Peillon et tout le système éducatif.

Pour le pays, champion des inégalités scolaires, les dérives sont à encadrer un peu partout : creusement des écarts entre les élèves de catégories sociales différentes, entre les territoires, décrochages, profs en détresse … Cette année, dans l’enseignement secondaire, on a donc décidé de resserrer les rangs et de faire front pour rétablir des chiffres de réussite dignes de la patrie de Molière, Descartes et autres Curie, Poincaré ou Bourdieu.

France : le bonnet (républicain) d’âne

En trois ans, la France s’enfonce vers plus d’injustice entre les élèves. Le rapport du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) la classe 18ème sur 34 pays de l’OCDE. Mais la frange de ses élèves les plus en difficultés atteint la 33ème place quand la frange la plus favorisée se situerait dans la moyenne.

Et comme l’Ecole de la République s’était fixé de “donner à l’ensemble des enfants de France, quel que soit leur milieu d’origine, les mêmes possibilités de construire leur parcours scolaire, personnel et professionnel”, on commence à constater qu’elle commence à manquer sérieusement à son devoir. En Bourgogne, deux collèges sont particulièrement lésés. La rectrice a décidé de réagir à plusieurs échelles.

D’une part, elle souhaite augmenter la part des élèves méritants dans les classes prépas – qui ouvrent les portes des grandes écoles. Mais aussi d’encourager les Bac Pro à entrer en BTS en fixant un quota minimum. D’autre part, elle se fixe des priorités sur les établissements les plus difficiles. Désignés par un doux euphémisme “Eclair” – soit collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite – Le Chapitre de Chenôve et le collège Jean Moulin de Montceau sont  ainsi surveillés de près.

Focus sur : Le Chapitre, collège REP+

La rectrice a choisi Le Chapitre pour devenir établissement pilote REP+. Rien à voir avec le mot “République”, en fait, ce sont les successeurs des ZEP (zones d’éducation prioritaire) qui deviennent des réseaux d’éducation prioritaire. Leur carte est redessinée (certains quartiers perdent ce titre si le niveau de vie a progressé). REP + est réservé à une centaine de réseaux parmi les plus difficiles.

Le choix du Chapitre s’explique donc ainsi pour la rectrice : “Une inégalité sociale marquée avec une faible proportion d’enfants de cadres : 5,5% contre 38% en Côte-d’Or, 77% d’enfants dont les parents sont ouvriers ou inactifs (soit le double de la moyenne académique), 57,4% d’élèves boursiers (contre 24,2% dans l’académie). Mais aussi des élèves accusant un fort retard scolaire : 22,5% des élèves ont déjà redoublé avant la sixième contre 11,5% dans l’académie, et 40% des collégiens ont redoublé au moins une fois.”

Arrivées / départs

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Avec une démographie en faible hausse en Bourgogne, le premier degré perd environ 388 élèves (37 en Saône-et-Loire, 96 dans l’Yonne, 113 en Côte-d’Or et 142 dans la Nièvre) mais crée deux emplois en Côte-d’Or et Saône-et-Loire où la progression démographique est pus marquée. Pendant ce temps, le second degré en gagne 326 en 2014 ( +535 en lycée général et technologique, mais – 262 en collège et -25 en cycle professionnel) et crée 10 équivalents temps plein.

D’une manière générale, les résultats augmentent avec 86,7% de réussite au brevet (+4,8 points), 91,8% au Bac général (+1,91 points), 86,6% au Bac technologique (+2,1 points) et 79,1% au bac Professionnel (+2,6 points). Le taux de redoublement baisse : de 2,2 % en 2011 à 1,3 % en 2013. On passe également plus facilement en seconde générale et technologique : 58,5% en 2013 contre 54,7% en 2011.

Raccrocher les wagons

Si les élèves bourguignons sont parfois décrocheurs – en 2013, 4200 enfants de plus de 16 ans, soit 7,4% d’entre eux, sortent du système sans diplôme – les jeunes profs aussi sont en situation d’abandon. Alors pour remédier au manque de formation des enseignants, conséquence de décisions prises sous le précédent mandat présidentiel, la Bourgogne prévoit des cours pour eux à l’Université de Bourgogne. Ces formations répondent au doux nom d’ESPE, mais ce n’est pas pour espoir, c’est pour Écoles supérieures du professorat et de l’Éducation.

A l’heure actuelle 426 élèves sont inscrits à l’ESPE, dont 245 en Master 1 “Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation, Professeur des écoles.” à Dijon, Nevers, Auxerre et Mâcon. 140 autres suivent le Master 2 “Eduquer, enseigner, apprendre (EEA) Métiers de l’éducation et de l’enseignement à l’école primaire”, 16 étudiants ont choisi en M1 la version “Conseiller principal d’éducation” et 15 en M2 la version “Vie scolaire et pratiques éducatives”.

Le cursus ressemble fortement à son homologue franc-comtois de Besançon dans l’idée d’un rapprochement ultérieur. Dernier projet dans l’idée de mieux connaître les collégiens et de moins les perdre, c’est l’installation d’un conseil expérimental de la vie collégienne sommé d’apprendre aux enfants les principes de la démocratie, les responsabilités de délégué et de les associer à la vie du collège – cantine et internat. Le rectorat s’attaque pour 2014-2015 à un projet ambitieux.

Ailleurs sur le web :

Education prioritaire : Vincent Peillon ne veut pas de ghettoïsation (L’Express.fr)

Les commentaires sont clos.

  1. Enfin, une politique de l’éducation qui se veut transparente aux niveaux académique et départemental… Enfin, l’aveu de l’échec de notre système, hélas… Enfin, une réflexion engagée qui devrait conduire à des évolutions favorables. Espérons que les crispations corporatistes, une fois encore, ne l’emporteront pas sur l’intérêt général !

    Andorcet le lundi 27 janvier 2014 à 9h42