Grand Dijon : Et le tunnel de la Lino passa l’épreuve du feu

Photo Jonas Jacquel

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Une épaisse fumée noire, suffocante, envahit le tunnel de la . Au loin, on aperçoit, à travers le panache, les gyrophares bleus des services de secours qui approchent. Quelques minutes plus tôt, une collision entre deux véhicules légers a provoqué un début d’incendie dans le bloc moteur. À l’intérieur de l’un d’eux, un blessé grave.

Mais dans un tunnel routier, ce scénario peut rapidement virer à la catastrophe. Alors, pas de panique, il ne s’agissait que d’un exercice, un grand jeu de rôle qui a permis à plus de cinquante personnes de tester, en condition, les capacités de réactions de chacun des acteurs, mais aussi d’éprouver le matériel.

Dans le piège du tunnel

Ce mardi 21 janvier, dans le tube descendant du tunnel, les véhicules sont à l’arrêt, certains enclenchent leurs warnings, sortent du véhicule, viennent aux nouvelles. La collision a été violente. À l’arrière du véhicule accidenté, un passager est fortement blessé et souffre d’un traumatisme crânien. Pourtant, pas question de le sortir du véhicule. Un des conducteurs téléphone à la police. Les consignes sont claires : il faut se réfugier dans les intertubes, des galeries qui permettent de rejoindre la partie saine du tunnel. Ils sont équipés de système de ventilation qui empêche les fumées toxiques d’y pénétrer et apportent de l’air sain aux occupants.

Photo Jonas Jacquel

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Mais alors que le feu se propage, aucune panique n’est à poindre. À l’extérieur, les alarmes résonnent, les barrières ferment l’accès à l’ouvrage, dans les deux sens, par mesure de sécurité. Il ne reste quasiment plus personne, le blessé est comme livré à lui-même alors que doucement, la pénombre enveloppe le tunnel. Bientôt, il fera nuit noire. Un bruit sourd se fait entendre suivi d’un souffle, très puissant.

Les ventilateurs viennent de se déclencher. Il y en a douze dans le tube descendant. “Le but est de pousser les fumées dans le sens de la circulation pour protéger les usagers en amont de l’incendie”, souligne , chef du service transports de la Dreal Bourgogne. En trente secondes, tout juste, la visibilité est totalement dégagée et les pompiers peuvent entrer sur le terrain.

Un dernier exercice avant l’ouverture

“Depuis plusieurs mois, nous travaillons à l’élaboration d’un plan Etare, pour cette portion de la rocade”, souligne le colonel Jean Chauvin. Les plans Etare ou Etablissements répertoriés sont établis par les Services départementaux d’incendie et de secours. “Nous en avons un pour le Palais des Ducs de Bourgogne, pour les industries classées Seveso. Ils nous permettent de notifier les consignes et les réflexes à avoir une fois que nous sommes sur place”.

Car, comme il l’explique, une fois sur les lieux de l’incendie ou de l’accident, rien ne se passe comme prévu. Alors mieux vaut connaître à l’avance un minimum les procédures pour accéder aux armoires électriques ou pour manier le matériel de mesure disposer le long des 600 mètres du tunnel. Des capteurs de CO2, de gaz et d’azote, des anémomètres permettent d’avoir une vision complète de la difficulté d’approche en temps réel. Deux casernes peuvent être mobilisées : celle de Fontaine-lès-Dijon pour le tube descendant et celle du Transvaal pour le tube montant.

25 d’entre eux seront mobilisés ce matin-là pour venir à bout de cette simulation de feu de voiture. Une mobilisation normale pour une telle intervention. À partir du 10 février, 15 000 véhicules devraient emprunter quotidiennement l’axe. Surveillé en permanence par une vingtaine de caméras. “Les caméras sont équipées d’un système de détection automatique d’incident ce qui permet d’avertir directement le PC Osiris, spécialisé en ouvrages souterrains, basé à Albertville en Haute-Savoie”, détaille Michel Quinet. L’opérateur peut, même à plusieurs centaines de kilomètres, mettre les usagers en sécurité à l’aide de différents scénarios et équipements à sa disposition.

Le satisfecit des services de l’Etat

“Des exercices de ce genre seront appelés à se reproduire tous les ans”, a expliqué le préfet de Côte-d’Or, . “Après l’accident du tunnel du Mont Blanc, deux milliards d’euros ont été dépensés dans des mises aux normes des équipements”. Une réaction qui fait suite à la publication par le magazine Auto Plus d’une enquête très critique pointant de sérieuses lacunes de sécurité dans les tunnels fréquentés.

Cette fois-ci, pas de problèmes majeurs. Les sapeurs-pompiers sont venus à bout de l’incendie et le Samu est sur place pour prendre en charge le blessé, un mannequin guidé par un ordinateur. “Le patient est tombé dans le coma, souffre de brulures et a inhalé des fumées toxiques”, détaille le docteur Hervé Roy, responsable du Samu 21. “Il a été placé sous oxygène et perfusé avant d’être extrait de la voiture. Il a ensuite été totalement endormi au moyen de drogue”.

Photo Jonas Jacquel

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Le préfet et ses services ont inspecté l’attitude des figurants – les autres conducteurs qui n’ont pas été bloqués par les barrières de sécurité. “Allaient-ils rester prudemment dans leur voiture ou au contraire en sortir avec les risques que ceci comporte ?”, résume le lieutenant-colonel Romain Moutard, chef du groupement des systèmes d’information et de la communication du SDIS 21. “La personne qui a passé l’appel aux secours a eu les bonnes consignes et les a bien transmis aux autres usagers. Ce qui a permis aux pompiers de bien effectuer leur travail”.

Cet exercice fera l’objet d’un retour d’expérience entre tous les services concernés le 31 janvier. “Il permettra de tirer les enseignements en matière de sécurité avant la mise en service prévue le 10 février”, explique la préfecture de Côte-d’Or.

Doucement, les soldats du feu enroulent les tuyaux et rangent les équipements. Les services se préparent à débriefer l’exercice en espérant qu’il ne devienne jamais réalité. Les motards de la police nationale repartent et le blessé est évacué sur civière. Ses jours ne sont pas en danger.

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