Vis ma vie de nouveau chômeur : Bienvenue dans “une faune sauvage et étrange”

2014-01-pole-emploi-JJ-miroir-2

Le chômage arrive chez certains sans crier gare. Du jour au lendemain, par un courrier recommandé, souvent, il est là. Chamboule les habitudes, le regard des autres. Maxime, proche de la trentaine, s’y attendait. Il l’avait même anticipé, préparé. Enfin il pensait.

Dans ce monde, il n’est qu’un petit grain de sable dans une mécanique, parfois pas toujours bien huilée. Les conseillers sont souvent surchargés et font de leur mieux pour l’aiguiller. Pour ce premier volet de notre série, nous allons suivre ces premières journées en tant que nouveau chômeur.

L’heure du départ

Dans un café de la place de la République, Maxime touille son café. Tel Amélie Poulain, il récupère les petits grains de sucre sur la table avec son doigt. C’est la deuxième fois qu’il démissionne de son travail. Cette fois-ci, c’est par rupture conventionnelle, motivée notamment par une opportunité professionnelle qui ne fut finalement qu’un mirage.

“L’entreprise réalisait pas mal de bénéfice, son business était même florissant”, rappelle-t-il. “Mais sous couvert de la crise, la direction imposait de nouvelles règles draconiennes comme l’interdiction de prendre un hôtel si notre temps de transport quotidien était inférieur à cinq heures par jour, en plus du temps de travail”.

Lui avait la possibilité de travailler directement chez lui, du télétravail et la force de négociation des quelque 1 000 salariés était réduite à néant par l’éparpillement des sites à travers la France. “Je suis de nature assez optimiste, je n’ai pas démissionné sans réfléchir aux conséquences”, sourit-il. “Pour moi, il ne s’agit pas de vacances”.

Comme lui, fin novembre 2013, ils étaient près de 74 000 en Bourgogne à chercher un emploi. Un chiffre en hausse de 3,6% sur un an. Autant de demandeurs d’emploi de catégorie A, c’est-à-dire n’exerçant même pas un travail temporaire. Pas de quoi l’abattre cependant, même s’il reconnaît une petite phase de transition. “Je suis très occupé, un peu comme les retraités. Je fais tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire ces derniers mois, le temps que mon inscription se finalise”.

Rendez-vous en terre inconnue

Son départ est prévu depuis août 2013, mais ne sera effectif que tout début décembre. La faute à des lenteurs de la direction des ressources humaines. À cette date, il avait bien des pistes pour envisager un avenir serein. Dans quelques jours, il pourra passer à la phase active de recherche. “J’ai commencé par remplir mon dossier sur internet”. C’est un passage obligé désormais. Et pour ceux qui ne disposent pas d’ordinateur personnel, des postes sont à disposition dans les différentes agences.

“Il faut vingt minutes environ”, détaille-t-il. “La démarche est très précise, il faut renseigner son curriculum vitae, préciser l’objet de sa recherche, ses disponibilités,…”. Cinq jours plus tard – dont deux jours non ouvrés – il se retrouve devant l’agence à laquelle il est rattaché. Un rendez-vous en terre inconnue.

“J’avais pris soin de prendre un rendez-vous en milieu de matinée pour éviter la cohue du matin”, souligne-t-il, pragmatique. “J’ai cependant été surpris de la rapidité de la chose. Les échos que j’avais de l’institution étaient plutôt négatifs quant à la rapidité de traitement des dossiers”. Les documents nécessaires dans une pochette, il pousse la porte. Personne à l’accueil, quatre-cinq personnes qui attendent d’ailleurs d’être reçus à côté, pour les “sans rendez-vous”. Il suffit alors de suivre les flèches pour arriver au premier étage, au guichet des usagers ayant rendez-vous.

Les documents, malheureusement, ne serviront pas tous. L’entretien de cinquante minutes durera finalement plus d’une heure vingt. Il faut dire que l’administration a récemment modifié le logiciel de gestion des inscrits, désorientant quelques fois les conseillers.

Une première impression positive

“Nous avons commencé par reprendre l’ensemble du dossier que j’avais tapé sur internet”, explique-t-il. “Elle m’a aidé à dégager quelques points importants pour les mettre en avant”. C’est le cas par exemple de ses expériences extra-professionnelles et bénévoles. Restait ensuite à définir réellement ses souhaits. Et là, la partie est plus ardue.

Avec 3,3 millions de demandeurs d’emplois au niveau national, la nomenclature de est parfois restrictive. En novembre, a ainsi mis en avant la “fiche métier” community manager. “C’est la nécessité de communiquer sur son entreprise, de rédiger du contenu sur les médias sociaux, de faire de la veille concurrentielle”, peut-on y lire. Mis en avant, car face aux critiques des internautes dénonçant le retard dans la création d’une telle fiche, l’administration a assuré que le métier existait dans sa base de données depuis 2009, mais sous le nom “d’animateur / animatrice de communauté virtuelle”.

Maxime se contentera d’un “responsable d’intégration logicielle”. Avec son bac+2 et sa formation de conseiller financier, sa conseillère est peu optimiste. Les recruteurs demandent en général un bac+5 avec deux ou trois ans d’expérience. “En accord avec elle, je vais rencontrer un conseiller spécialisé qui va m’aider à définir et valoriser un peu mieux mes compétences. Elle pense que je me sous-estime professionnellement”.

Lorsqu’il ressort, de nombreuses personnes attendent à l’accueil. Mais il reconnaît avoir une bonne impression malgré ses a priori. Dans les jours qui viennent, il va recevoir son code d’accès pour créer son profil sur le site de Pôle Emploi et consulter les premières offres. Mais ça, c’est dans le prochain épisode !

Les commentaires sont clos.

  1. On peut tomber sur des gens compétents et biens, à Pôle Emploi.

    CamilleG le vendredi 17 janvier 2014 à 23h02