Grève sur le réseau Divia : Les syndicats prennent-ils les usagers en otage ?

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Qui craquera en premier ? Depuis plusieurs semaines, le réseau de transport en commun de l’agglomération dijonnaise doit faire face à un mouvement de grève unique en son genre : chaque samedi, et ce jusqu’au mois de mars 2014, bus et tramways circulent au ralenti. Si les usagers sont déjà à bout, syndicats et direction se renvoient la balle.

Ce sont en tout 48% de grévistes les 18 et 25 mai, 45% le 1er juin. Si la courbe de participation semble enregistrer un léger fléchissement, le mouvement ne serait, lui, pas prêt de s’essouffler. C’est d’ailleurs un véritable bras de fer qui se joue entre les centrales syndicales CGT-FO et l’entreprise gestionnaire du réseau. “Depuis le début du préavis, nous n’avons été reçus qu’une seule fois, juste pour la forme”, regrette vivement Force ouvrière dans un communiqué. “Aucune proposition ne nous a été soumise”.

Car ce qui cristallise le débat n’est autre que la reconnaissance de la dégradation du travail le samedi justement. Pour les syndicats demandeurs, une revalorisation de salaire est nécessaire. Ce n’est pas du goût de la direction qui rappelle que les négociations annuelles obligatoires 2013 sont belles et bien terminées : “Les syndicats avaient une période pour dénoncer cet accord. Elle n’en ont pas profité, nous avons donc été étonnés de voir ce préavis déposé au terme de cette période”.

D’autant que la direction assure avoir fait des efforts non négligeables : “Lors des deux dernières négociations en 2012 et 2013, nous avons accordé une augmentation de 5,4% et versé une prime de 600 euros pour compenser les gros changements qu’a connus l’entreprise avec l’arrivée du tramway et des bus hybrides. Peu d’entreprises en France et sur l’agglomération peuvent assumer de tels efforts”.

Profits pour Kéolis, pas pour les salariés

Alors pourquoi la CGT et FO n’ont-elles pas directement dénoncé cette signature ? Pour le délégué syndical de la CGT, l’explication est simple : “Nous avons demandé une valorisation de nos samedis travaillés, soit en temps, soit en argent. D’octobre à décembre, nous avons fait huit samedi grevés. La direction a décidé de reporter la question au mois de mars 2013, après les négociations annuelles obligatoires. Depuis, on s’est manifesté, on n’a pas arrêter de réclamer ce qu’on estimait juste compte tenu des résultats du groupe Kéolis. Nous n’avons pas été entendus.”

Reste que l’entreprise ne cèdera pas. “Pour samedi 08 juin, nous pouvons assurer 73% des services habituels”, note-t-on chez Divia. “Le mouvement est très impopulaire auprès de la clientèle et est même très peu évoqué au centre de maintenance”. Ce dont se défend la principale centrale : “Effectivement, la grève n’est pas populaire. Mais nous avons fait le choix de la mener le samedi pour ne pas gêner les scolaires et ceux qui travaillent le plus, c’est à dire la semaine. ” Un moindre mal.

Mais dans ce paysage de lutte, un quatrième acteur pèse aussi, un autre syndicat, la CFDT. Depuis les dernières élections professionnelles, le syndicat est devenu la deuxième organisation de l’entreprise, devant Force ouvrière et à quelques voix de la CGT. “L’accord n’est pas le meilleur que nous ayons eu depuis ces dernières années”, reconnait son délégué, Olivier Sorez. “A l’époque, ni la CGT, ni FO qui avait la possibilité de le dénoncer ensemble ne l’ont fait […] Nous n’avons pas voulu pénaliser supplémentairement la population dijonnaise qui ne comprendrait pas notre mouvement par rapport au contexte actuel sociétal”.

Dégradation des conditions de travail

La CFDT sans nier les difficultés, tente de temporiser : “Nous sommes d’accord que les conditions de travail pour les salariés le samedi se sont dégradées, nous ne pouvons pas dire l’inverse. Mais il faut avancer et aller de l’avant”. La direction apporte là aussi quelques précisions : “En valeur relative, le nombre de salariés et donc de services le samedi n’a pas changé. La seule différence est que depuis l’arrivée du tramway, nous avons beaucoup plus de clients et de passagers le samedi. Nous n’allons pas nous plaindre”.

Mais la CGT ne compte pas lâcher le morceau si facilement, d’autant que cette revendication émerge dans plusieurs villes. “Nous espérons que l’entreprise rouvrira les négociations sur ce point précis. Nous, on veut sortir du conflit, nous attendons un signe de la direction assez rapidement”, avertit le délégué syndical. Quant à l’été, nul ne sait si la mobilisation sera amenée à se renforcer ou à faiblir.

Vendredi 7 juin au soir, tous les bus Divia du réseau ont été retiré, mais pour le coup, rien à voir avec la grève : “Un collègue a été touché par une balle de ce que l’on estime être une carabine, il a été blessé au bras, alors qu’il travaillait, à Dijon. Nous appliquons notre droit de retrait pour la soirée”, expliquait à chaud le syndicaliste préoccupé.

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