Université de Bourgogne : Un “Grand Campus” de 100 000 étudiants d’ici 2020 ?

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“C’est la voie de notre avenir”. En appelant jeudi 9 janvier 2014 de ses vœux l’émergence d’une “région scientifique Nord-Est de plus de 100 000 étudiants”, le président de l’université de Bourgogne Alain Bonnin a dessiné un nouvel avenir pour l’enseignement universitaire régional : celui d’un “Grand Campus”, composé de tous les campus bourguignons, franc-comtois, alsaciens…

Car lui et ses homologues en sont convaincus : les universités de province mourront si elles n’unissent pas leurs forces, leurs étudiants, leur renommée et surtout leur argent. Avec le premier mariage entre Université de Bourgogne et Université de Franche-Comté scellé en 2013, le processus est déjà lancé.

D’ici 2020, l’université de Bourgogne telle que vous la connaissez n’existera donc plus, absorbée en un conglomérat avec ses voisines. Mais c’est là, nous dit-on le prix de sa survie.

Alors concrètement, pourquoi et comment mettre en œuvre un tel regroupement sur une surface si grande ? Quelles avantages et quels risques pour un dispositif si ambitieux ? Décryptage.

Plus on est de fous…

Depuis toujours, l’université de Bourgogne souffre d’un grand complexe d’infériorité : celui d’être coincée entre deux pôles universitaires de renommée internationale, Paris et Lyon. Le premier, avec dix-sept universités, compte 300 000 étudiants et encore autant dans les établissements d’enseignement supérieur non universitaires. Le second, 120 000. Et entre les deux, le campus dijonnais et ses quelque 26 000 étudiants.

Impossible donc de rivaliser aux niveaux national et international en terme d’offre éducative et de prestige. “On est des universités moyennes”, disait Jacques Bahi, président de l’université de Franche-Comté, en juillet 2013, rejoint par son homologue bourguignon : “La Bourgogne reste une terre de démographie et de force économique moyennes, au contact de régions plus peuplées et plus riches”.

Conséquence, les jeunes Bourguignons se laissent davantage séduire par les cursus des capitales voisines, avec à la clé un diplôme de plus grande renommée. Une “fuite des cerveaux” si l’on grossissait le trait, dommageable pour la sacro-sainte “compétitivité” du territoire.

Alors pour faire face à la situation, les responsables universitaires ont compris que l’union des petits faisait la force contre les grands : “Au carrefour du bassin parisien, de la région Rhône-Alpes, de la Lorraine et de l’axe Rhin-Rhône, la Bourgogne est également au centre d’un réseau de communications ferroviaires, autoroutières et fluviales qui a peu d’équivalents en Europe. C’est un atout majeur qui doit nous ouvrir à considérer nos puissants voisins comme des opportunités de coopération”, se positionnait Alain Bonnin lors de la cérémonie des vœux de l’université de Bourgogne, jeudi 9 janvier 2014 dernier.

Un mariage oui, mais sous quel régime ?

Concrètement, comment marier administrativement des universités aussi diverses, sur un territoire aussi large ? En ne faisant qu’un seul campus “Grand Est” de 100 000 étudiants ? Quand on sait la peine que la seule université de Bourgogne a à inclure dans son image ses neufs micro campus disséminés en antennes dans la région, le projet semble difficile à imaginer. Du moins dans l’immédiat…

Car l’idée d’un premier élargissement du côté de la Franche-Comté n’est pas si neuve. Les deux administrations y travaillent depuis 2007, avec la naissance en 2013 d’une “communauté d’universités et d’établissements” entre uB et uFC. Ce devait être une fusion à part entière, mais les débats sur le “respect des identités des régions et des territoires” en ont pour le moment voulu autrement. Quoi qu’il en soit, Alain Bonnin ne désespère pas de voir cette fusion se profiler d’ici 2020. Il l’a d’ailleurs réaffirmé lors de ses vœux, il “portera ce débat au conseil d’administration”.

Pour l’heure, seul le nom changera en “Université de Bourgogne Franche-Comté (UBFC)” dans le courant de l’année 2014.

Alain Bonnin, président de l'université de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

Alain Bonnin, président de l’université de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

En parallèle, d’autres processus de mutualisation des moyens se créent entre les régions de l’Est : le 28 novembre 2013 est née la SATT Grand Est, société d’accélération de transfert de technologies composée de membres de la future UBFC, de l’université de technologie de Belfort Montbéliard, de l’université de Lorraine, du CNRS, de l’université de technologie de Troyes, ou encore de l’Inserm. Son objectif : “simplifier et professionnaliser le transfert des innovations issues de la recherche académique vers les marchés socio-économiques”.

En clair, il s’agit de représenter 8 000 chercheurs du Grand Est et d’investir dans la transformation de leurs découvertes théoriques en brevets commercialisables sur le marché. Car ce lien entre grandes entreprises et recherche semble de plus en plus inévitable pour financer les universités, “globalement sous-dotées” comme l’affirme Alain Bonnin. Ainsi sont déjà en partenariat avec le campus dijonnais de grands noms comme EDF, Areva ou le pôle nucléaire bourguignon.

Dans le contexte économique actuel, cette coopération financière au delà des limites géographiques de chaque université – la SATT est dotée globalement d’1,4 millions d’euros – permettrait ainsi aux universités de réussir leur challenge de “compétitivité territoriale”.

Dans un premier temps,  quel changement pour les étudiants ?

Mais cette large fusion, avant tout financière et administrative, ne  regroupera pas les dizaines de campus en un seul lieu. Première étape, dès 2014, seul le diplôme portera le nom “d’université de Bourgogne Franche-Comté”. Un premier acte en faveur de la renommée extérieure.

Puis c’est l’offre d’enseignements qui risque d’être petit à petit chamboulée. En effet, un seul établissement n’a pas forcément intérêt à proposer plusieurs fois le même cursus sur divers campus. Alors à terme, Alain Bonnin entend bien “rationaliser” l’offre sur les enseignements à “petit flux”, c’est à dire suivis par très peu d’étudiants.

Ce qui est le cas surtout dans le domaine des sciences humaines. Par exemple si vous choisissez une option “grec ancien”, il se pourrait que le cours ne soit plus délivré qu’à Besançon, faute d’un nombre d’étudiants suffisant pour maintenir deux cours à Dijon et Besançon.

A espérer enfin que cette politique ne dynamise donc pas seulement l’offre scientifique à succès et à grande renommée au détriment des sciences humaines. Certains syndicats d’étudiants et d’enseignants craignent en effet qu’un étudiant doive faire plus de 200 kilomètres pour suivre un enseignement d’option. Au contraire, affirment les responsables universitaires : sans ce groupement des forces, il n’y aura bientôt plus de budget du tout pour ces enseignements, ainsi voués à disparaître.

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