François Rebsamen, la politique du bout des lèvres

Photo Jonas Jacquel

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François Rebsamen hésite, s’approche du pupitre, pose ses feuilles. Il se retourne, croise les bras et balaye du regard l’estrade où se tiennent ses conseillers comme un chef d’orchestre inspecte sa chorale avant un concert. Il plisse les yeux et scrute la foule installée dans les gradins en face de lui. Teste la stabilité du pupitre.

Ce vendredi 10 janvier, il va s’essayer au traditionnel exercice des vœux. Rien de bien original en soit, mais cette fois-ci, code électoral oblige, il ne devra pas parler politique ou du moins pas des projets qu’il a porté ou qu’il souhaite porter pour Dijon. L’opposition est aux aguets, lui reconnaît une certaine frustration.

Côte de popularité : Le gotha dijonnais est là

Dans la nuit, le tramway déverse son flot de visiteurs. Pour la deuxième année consécutive, le sénateur-maire de Dijon a abandonné l’acoustique irréprochable de l’Auditorium pour présenter ses vœux au zénith de la ville. Une ambiance nettement moins feutrée, c’est incontestable, mais ô combien plus pratique pour l’organisation.

À l’entrée, il faut montrer patte blanche. Enfin, carton d’invitation et sac vide. On y croise pêle-mêle des représentants d’associations, des jeunes militants politiques, mais aussi l’archevêque de Dijon, Monseigneur Roland Minnerath, le colonel Jean Chauvin, directeur du Sdis 21, le colonel Christian Janus, commandant du groupement de gendarmerie de la Côte-d’Or, François Berthelon, président du Ceser, Sylvie Fauchet, la Rectrice de l’Académie de Dijon, Sylvain Comparot, représentant le président de l’Université de Bourgogne, la députée Kehira Bouziane, un des deux candidats de l’UMP aux Municipales, Emmanuel Bichot et le directeur de cabinet d’Alain Houpert. Mais pas lui. “J’étais à l’inauguration d’une nouvelle entreprise”, explique-t-il. “Je préfère être à côté de ceux qui osent et qui entreprennent”. Au total, 2 500 personnes ont fait le déplacement.

Photo Jonas Jacquel

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Sur les gradins, derrière le pupitre, on se bouscule pour la photo. Qui aura le privilège d’être juste derrière le sénateur-maire et donc bien en vue des photographes et autres caméraman ? On repère Hamid El Assouni, Georges Maglica, François Tenenbaum et un peu plus en retrait François Desseille ou Rémi Détang. L’opposition municipale se masse… à droite, c’est somme toute logique. François-Xavier Dugourd, son leader, arrive in extremis. Salue Laurent Grandguillaume, François Rebsamen puis fait une halte vers Colette Popard. Le maire de Quetigny, Michel Bachelard est aussi de la partie, au titre de vice-président du Grand Dijon cette fois-ci.

L’ensemble des conseillers municipaux et une grande partie des conseillers communautaires seront donc debout cette année. L’année dernière, ils étaient cantonnés dans des gradins en ferraille, comme entourés de barreaux. “C’était assez sinistre”, se souvient un adjoint au maire en souriant. Sur l’écran en arrière-plan, on découvre une retransmission du pupitre, le traducteur en langue des signes s’installe.

Degré de politisation : Interdiction formelle d’en parler !

34’48 min précisément. C’est moins que l’année dernière. Et on comprend. François Rebsamen briguant un troisième mandat municipal en mars prochain, il lui était impossible d’évoquer la vie municipale, sous peine de voir la cérémonie finalement rattachée à ses comptes de campagne. “C’est frustrant oui”, reconnaît-il à la fin du discours. “Il faut gommer tout ce qui concerne stricto sensu la vie municipale, les réalisations, les projets. Et parler de ce qui rassemble, le creuset républicain, l’amour de sa ville”.

Et ça, il n’a pas manqué de le faire. Dans un discours quasi philosophique, il s’est attardé une fois à une allusion politique : “C’est une tradition de se retrouver pour dresser un bilan des actions et réalisations municipales et voir combien elles contribuent à améliorer la vie. Mais cette année, je ne le ferai pas. J’avais pourtant beaucoup de choses à dire. Je le regrette, mais si vous voulez en entendre parler, vous pourrez toujours venir assister à mes réunions publiques. Je pourrais présenter tranquillement tous les projets”.

“C’est le seul moment où il était borderline“, commente Laurent Bourguignat qui a globalement considéré le discours comme “creux et déconnecté des réalités”. Car au lieu de parler Dijon, on a parlé crise, éducation, solidarité, responsabilité, cité Mitterrand, Roosevelt et Mandela. “Notre pays porte de telles ressources que nous allons sortir de cette crise plus forts et cela dès l’année 2014”, promet-il. “Notre pays s’interroge avec beaucoup d’acuité sur sa place et son destin. Il veut savoir s’il a les capacités de surmonter la crise, d’affronter la mondialisation, de tenir son rang dans la compétition […] Notre pays ne pourra se redresser sans de gros efforts […] Nous avons eu trop tendance à la déresponsabilisation. Nous devons faire en sorte que dans cette économie que nous voulons, pour respecter l’homme, l’on commence par le considérer comme responsable”. Derrière le rideau qui cache le buffet, une bouteille tombe et roule.

Le maire s’interrompt, boit un peu. Le discours aux connotations nationales laisse peu à peu place à une ode à la ville. Jusqu’à débuter lui aussi une anaphore comme François Hollande lors du débat d’entre-deux-tour en 2012 : “Dijon, c’est une solidarité. Dijon, c’est une identité. Dijon, c’est un projet collectif”. Avant de se féliciter de la mobilisation de la population face à “l’humour douteux de Jean-Pierre Foucault”. Il n’en fallait pas moins pour convaincre la foule.

Photo Jonas Jacquel

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Qualité du buffet : Grands chefs et victuaille à profusion

Quand la foule applaudit, les rideaux noirs sur le côté de l’espace central, dévoilent ce que beaucoup de personnes étaient venues chercher : le buffet. Les conseillers municipaux et communautaires s’attardent au pied des gradins. François Rebsamen signe même un autographe à un enfant. Avant de prendre la température parmi ses administrés. “Il le fait à chaque fois”, assure son directeur de cabinet dans un sourire.

L’ambiance est toutefois pesante. Pas un brin de musique pour accompagner les cliquetis des verres copieusement remplis de crémant de Bourgogne (Louis Bouillot). Quatre traiteurs collaborent pour l’occasion. Parmi eux, la Fringale rue Jeannin. “Le tout pour un coût similaire à celui des années précédentes”, note-t-on dans l’entourage du maire. Une petite salle à part accueille les autorités civiles, politiques, judiciaires ou militaires comme d’habitude.

Mais cette année, plusieurs élus font le choix de se répartir autour des différents pôles du buffet. Le maire même reste. Il discute tramway, contrôleur. Son portable vibre. Dijon vient de marquer un but. Le deuxième d’une belle série puisque le club remportera son match 4-1. Et pendant ce temps-là, les canapés au saumon, pâtés en croute et autres club-sandwichs disparaissent…

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Les commentaires sont clos.

  1. cout de ce theatre guignols ? :de quoi servir 10 000 repas au resto du coeur ; pas de quoi etre fier …

    mangione daniel le lundi 13 janvier 2014 à 16h20

  2. De la dignité, pas de polémique (suivez mon regard) ni de politique politicienne. Puissent les autres prétendants prendre un peu de la leçon !
    et dépasser les clivages traditionnels pour rechercher ce qui rassemble davantage que pour diviser et ne proposer que l’affrontement… Le débat n’est – heureusement – pas la guerre civile comme certains y incitent.

    Andorcet le lundi 13 janvier 2014 à 16h39