Quel avenir pour les hôpitaux de campagne ?

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Il y a encore quelques années, on souhaitait leur disparition. Aujourd’hui, les hôpitaux de campagne sont redevenus aux yeux des collectivités publiques des structures essentielles de santé de proximité. Mais aussi des lieux cruciaux pour l’emploi en zone rurale et l’innovation dans le domaine de la médecine – principalement gériatrique.

En témoignent les 12 millions d’euros d’investissement placés dans les travaux de l’hôpital d’Arnay-le-Duc, commune de 1.500 habitants du sud du département. Qui va même se mettre à la télémédecine.

Après quatre années de travaux, les bâtiments rénovés ont été inaugurés jeudi 9 janvier 2014. Au total, l’hôpital d’Arnay-le-Duc propose 90 lits d’Ehpad (maison de retraite), 30 lits d’unité de soins de longues durées dont 8 spécialement aménagés pour des patients atteints de la malade d’Alzheimer, ainsi que 8 lits de médecine, principalement postopératoire. La lumière orange des appliques réchauffe les murs colorés des couloirs. Jeudi, c’est activités manuelles et poulet au citron/haricot vert au menu du soir.

Les bâtiments rénovés de l'hôpital d'Arnay-le-Duc |Photo Nicolas Boeuf

Les bâtiments rénovés de l’hôpital d’Arnay-le-Duc | Photo Nicolas Boeuf

“L’hôpital est la pièce centrale pour le maintien de nos institutions sociales”, indique Claude Chave, le maire de la commune. On pourrait penser le contraire, mais la structure d’Arnay-le-Duc n’a rien d’un hôpital au rabais -si l’on garde à l’esprit que l’on parle uniquement d’accueil de personnes âgées-. “On est dans un service de santé territorialisé”, détaille Didier Jaffre, de l’ (ARS). “Il y a une présence de l’ensemble des services nécessaires pour les personnes âgées”.

Les bâtiments laissaient bien à désirer. Chambres à deux ou trois patients, salle de bain commune au fond du couloir. L’équipe soignante exprime sa satisfaction quant aux nouveaux aménagements. “C’est surtout pour les patients. Ils ont des chambres plus grandes, individuelles et chacun leur salle de bain”, explique Audrey, une jeune aide-soignante. Ce qui amène aussi un gain de confort bienvenu pour le personnel.

Une unité de soin “fermée” pour les patients atteints d’Alzheimer

Nouveauté intéressante aussi, une unité de soin “fermée” dédiée aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Huit chambres entourées de jardins privatifs. Grand habitué de la tournée des lieux de résidence pour seniors, , président du conseil général, s’étonne du calme des patients pendant sa visite. “C’est beaucoup moins anxiogène, ils ont moins peur, donc leurs réactions sont moins violentes”, confirme la directrice déléguée, Bernadette Aune.

L’unité, bien pensée, permet de pondérer la perte de repères due à la maladie. Et donc la consommation de médicaments. “Les patients atteints d’Alzheimer posent des problèmes dans les autres unités. On leur donne des traitements qui les assomment, il faut bien être honnête. Avec cette nouvelle unité, nous avons réduit la quantité de médicaments de moitié”, se félicite Bernadette Aune.

Expérimentation de la télémédecine avec la dermatologie

Les hôpitaux de campagne vont-ils devenir des lieux privilégiés d’innovation médicale ? C’est ce que veut l’ARS. Le site d’Arnay-le-Duc a été retenu pour faire part d’un projet d’expérimentation de télémédecine. “Nous allons le mettre en place sur de la dermatologie, en lien avec le CHU de Dijon”, explique la directrice. Des images, envoyées par l’hôpital où les médecins de ville vont pouvoir faire l’avis de spécialistes. “La télémédecine, c’est une nouvelle chance”, veut croire François Sauvadet. “Cela va permettre d’apporter le regard d’experts en proximité”. Puisqu’il s’agit d’un projet d’expérimentation, c’est l’ARS qui va prendre en charge tous les frais de matériel.

De la proximité, c’est de cela qu’il s’agit avec les hôpitaux de campagne. “C’est une manière de lutter contre la désertification médicale”, assure Bernadette Aune. “Où iraient les personnes âgées de la commune si l’on n’était pas là ?”, s’interroge une aide-soignante.

|Photo Nicolas Boeuf

|Photo Nicolas Boeuf

À Dijon, tu n’es qu’un numéro

Denise est une ancienne aide-soignante d’Arnay-le-Duc. Elle en est partie en 1988, mais on se souvient d’elle, et on l’appelle “mémé”. Même si l’hôpital a changé depuis qu’elle y est entrée en 1971, la question de la proximité lui est essentielle. “Les gens sont sur place. Un vieillard à l’hôpital près de chez lui reçoit plus de visites, et cela compte beaucoup. En plus ils connaissent des gens dans le service. À Dijon, tu n’es qu’un numéro, alors qu’ici, c’est plus familial”.

“En plus, cela permet de décharger les autres hôpitaux”, poursuit Denise. L’hôpital de campagne, c’est aussi une affaire d’économie. “Cela coûte moins cher à la Sécurité sociale”, confirme Bernadette Aune. “Il y a moins de trajets en ambulance, par exemple. Et cela contribue aussi à rendre le territoire plus attractif”.

Rien qu’en personnel médical, l’hôpital d’Arnay-le-Duc emploie une cinquantaine d’aides-soignants, une dizaine d’infirmières et fait appel à trois médecins libéraux de la commune. Dans une zone relativement désertée, les quelque 200 emplois de l’hôpital sont loin d’être négligeables.

L’hôpital avait même une maternité

Il faut donc croire que l’hôpital de campagne a encore de belles heures devant lui. Celui d’Arnay-le-Duc s’est d’ailleurs développé depuis l’époque de Denise, l’ancienne aide-soignante. “Il n’y avait que 75 lits”, contre les 128 actuels. En revanche, ses missions se sont recentrées sur l’accueil des personnes âgées, au point d’être son unique activité.

“Quand j’ai commencé, il y avait même une maternité”, se souvient Denise. “Enfin bon, c’était surtout pour pouvoir avoir des subventions. Un accouchement, c’est une urgence médicale. Une maternité dans un hôpital sans bloc opératoire, cela n’avait pas lieu d’être.” Elle a d’ailleurs disparu quelques années après, en 1974. “On s’occupait déjà avant tout de personnes âgées, mais il arrivait que l’on ait des patients plus jeunes, en post opératoire”.

Didier Jaffre, de l’ARS, imagine déjà une nouvelle utilité aux hôpitaux de campagne. “Qu’ils deviennent des lieux de formation. Quel que soit son métier, médecins, infirmiers ou kiné, tout le monde devrait y passer”. Pour y retrouver le sens d’une médecine à petite échelle, de proximité, loin de l’agitation et du brassage des grands CHU. À côté desquels, assure Didier Jaffre au personnel de l’hôpital d’Arnay-le-Duc, “vous n’avez pas à rougir”.

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