Hymne aux travaux publics… façon punk

Photo Matthieu Bégel

Photo Matthieu Bégel

Horreur ! La tapisserie de l’un des plus baroques monuments historiques dijonnais a été vandalisée. Un gros coup de peinture jaune dégoulinante de trois mètres de haut sur douze de large avertit : “General Disarray” (littéralement désordre général).

Le vandalisme sur le patrimoine est fils d’une longue tradition subversive. Un peu comme celui que pratique régulièrement le street-artist londonien Banksy sur les murs de Londres ou celui qui a touché deux tableaux du célèbre Nicolas Poussin – recouvert à la bombe rouge – en 2011 à la National Gallery de la capitale anglaise,.

Mais General Disarray hérite surtout de l’esprit fantomatique qui traverse actuellement Detroit aux États-Unis, la ville de General Motors en faillite. Un esprit qui flotte aussi dans les friches industrielles dijonnaises, dans les bâtiments détruits ou en cours de rénovation. Ces lieux à la fois hantés et déserts qu’a parcouru le photographe punk Alexis Doré. Il expose à l’Hôtel de Voguë, transformé en chantier public par le street-artiste et plasticien Cynik.

“Tout bâtiment est voué à être détruit et rasé un jour”

Photo Matthieu Bégel

Photo Matthieu Bégel

“L’idée était d’amener les gens à l’Hôtel de Voguë, comme s’il avait été abandonné dans cinquante ans ou un siècle et vandalisé”, résume Alexis Doré lorsqu’on lui pose la question. L’objectif : montrer le patrimoine en cours de démolition. “Ce qui m’intéresse, c’est le moment éphémère où le passé n’existe plus et où le futur est à venir.”

La notion de “Désordre général” possède une connotation politique. “Il y a un côté punk urbain dans le fait de la destruction.” Mais aussi un poil de nostalgie de cet ex-gamin qui escalade les ruines. En témoignent les photos des Minoteries dijonnaises, du Foyer des Jeunes Travailleurs. “Je suis né à Dijon, c’est des lieux que je croisais depuis des années, alors c’est vrai que le jour où ils ont été amenés à disparaître, ça fait un trou.”

Il y a aussi une pointe de voyeurisme à passer derrière les façades de bâtiments et de voir enfin ce qu’il y a à l’intérieur. On peut ainsi découvrir des photos du couvent des Dominicains, rue Turgot qui a entre-temps été rénové.

Punk + Voguë = Amour

Photo Matthieu Bégel

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Difficile d’investir un lieu comme l’Hôtel de Voguë. D’ordinaire, il est tellement chargé d’histoire de boiseries et de tapisseries que tout cela prend le dessus sur les œuvres exposées. Alors Alexis Doré et le plasticien Cynik ont décidé de réinvestir complètement les lieux. Mais pas n’importe comment.

“Derrière, il y a un dossier technique très lourd, tout est sécurisé. On ne fait pas n’importe quoi, surtout dans un monument historique. L’aspect est destroy mais en réalité tout est réfléchi pour que ce ne soit pas dangereux. Par exemple, toutes les lampes mises à disposition des gens, les câbles sont blancs. On croirait que pour tenir les barrières, c’est du béton sur le plancher, or c’est de la résine donc aucun risque que ça raye.”

Et le mélange des genres semble marcher très bien. Le public rentre dans ce lieu en chantier, saisit une lampe baladeuse pour observer les photos plongées dans la pénombre. Une bétonneuse accueille un stock de cadavres de bouteilles façon après-midi terminée de travaux au soleil. Et d’innombrables détails visuels sont à grappiller tout au long de la visite.

“Grâce à l’Hôtel de Voguë, le public ici, c’est comme les jeux de société, de 7 à 77 ans. On a plutôt de très bons retours.”

Dijon : Un autre regard

Photo Matthieu Bégel

Photo Matthieu Bégel

“Les gens voient le lieu différemment”, Alexis Doré a gagné son pari.”Pour les personnes un plus âgées qui font beaucoup de critique quant au tag et voient ça comme un vandalisme, là, leur première réaction c’est de dire que c’est beau !” Et en effet, l’expo provoque. “Elle choque un peu les gens, mais plutôt dans le bon sens, sachant plus ou moins que c’est factice, c’est du faux. Cela plaît d’autant plus”, constate-t-il.

“À Dijon, on a plutôt de la chance”, finit-il même par dire. “Les ont par exemple leu espace autogéré. Dans l’équipe municipale, il y a Christine Martin qui est une ancienne batteuse punk, je suis allé la voir sans piston, sans rien, je lui ai montré mes photos, elle a dit “Ça prendra le temps qu’il faut, mais on doit faire un truc ensemble, dépose ton dossier.”

“On peut considérer qu’aujourd’hui, si tu es un artiste, pas connu, que tu veux faire des trucs, si tu te bouges un peu, la Ville peut t’aider un minimum à réaliser tes œuvres.”

Les commentaires sont clos.

  1. Un reportage qui dépote

    Dijon Autrement le samedi 11 janvier 2014 à 8h08

  2. ben ça alors! je n’imaginais pas ce qui allait arriver à Vogüe en lisant la chronique de Picassette justement sur ce sujet!! c’est plutôt une bonne note pour la Ville….

    mijo le samedi 11 janvier 2014 à 9h10

  3. @mijo: j’aime ton commentaire! :)

    CamilleG le lundi 13 janvier 2014 à 23h04