Des “promesses roulées dans la farine, sauce amère” pour la table Beaune svp !

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Lassé de Dijon ? Prenons un peu le large, longeons la côte et allons au palais des congrès de Beaune pour notre troisième étape de cette course des vœux. La cérémonie ne commence que dans trente minutes que déjà la file d’attente s’allonge, vertigineusement.

, le député-maire UMP de la ville est à la porte de la salle. Ce lundi 6 janvier 2014, il présente ses voeux pour la nouvelle année à la population. À chaque homme sa poignée de main, à chaque femme sa bise. Et sur les deux joues.

Côte de popularité : salle comble

Pendant que le député-maire de Beaune donne ces quelques milliers de poignées de main, la salle se remplit. Moyenne d’âge largement au-dessus de cinquante ans, forte odeur de parfum entêtant mêlée à des effluves de transpiration.

Une chorale du troisième âge chante pour faire patienter les Beaunois déjà nombreux. Les paroles de la première chanson s’élèvent. Drôle de choix alors que les discours n’ont même pas commencé : “Il est temps de nous en aller”. Tiens donc. François Patriat, sénateur et président PS du conseil régional, a l’air de vouloir les prendre au mot. De nombreux maires de la communauté d’agglomération ont aussi fait le déplacement.

À l’entrée, la file d’aspirants à la salutation municipale ne réduit pas. L’organisatrice organise : “Allez au fond, vous serez plus près des petits fours”. Les photographes commencent à se lasser un peu des “bonne année, comment ça va ?” un poil répétitif du maire. On discute. “Ha, vous êtes journaliste. Et bien bienvenue. Moi, je suis là pour cirer des pompes”, lance un communicant blasé. “J’espère que vous aurez l’occasion de faire des reportages plus intéressants”.

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Photo Nicolas Boeuf

Pendant ce temps, la chorale entame “Joyeux enfants de la Bourgogne”, ode à l’alcoolisation quotidienne. Extraits choisis. “Toujours ma bouteille à côté de moi” (“de lui”, chantent les femmes) ; “Quand je vois ma bouille rougir, je suis fier, je suis fier d’être bourguignon”. La salle, enfin pleine, reprend à plein poumon. Dernier conseil de l’organisatrice avant d’attaquer les discours : “N’hésitez pas à enlever vos manteaux si vous avez chaud”.

Degré de politisation : fort et grinçant

“Nous avons le droit de parler seulement si c’est pour ne rien dire”, prévient Joseph Larfouilloux, premier adjoint de Beaune. Devoir de réserve à l’approche des élections municipales oblige. Sur scène, les 22 adjoints, dont 5 femmes. “Parler pour ne rien faire, c’est un parasite pathologique, notamment chez l’homo politicus présidentiel (sic). Un parasite contre lequel tu es, toi, Alain, je le sais, naturellement immunisé”. Rires et vivats dans la salle.

Ce premier discours alterne entre humour aigre contre le gouvernement et flatteries onctueuses envers Alain Suguenot. Difficile de se retenir pour autant. “Pour ma part, je considère que tu es déjà partant pour un prochain mandat, ce que je trouverais bien”, glisse Joseph Larfouilloux.

Et voilà, Alain Suguenot, maire de Beaune depuis plus de 20 ans, monte enfin sur la scène. Casque et micro portatif autour de la tête, tel James Bond ou un joueur compulsif derrière son ordinateur. Et de se lancer, lui aussi, dans un long exercice de sarcasme sur le gouvernement en place.

“Je vais vous lire le menu de mon réveillon, que j’ai passé au restaurant de la Grande Ceinture”. Sourire carnassier et cheveux tirés en arrière, Alain Suguenot file la métaphore culinaire, des “promesses roulées dans la farine, sauce amère”, suivie d’un “trou financier”, et bien sûr, “un fromage de”… “Hollande !”, complète la salle, ravie.

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Alain Suguenot | Photo Nicolas Boeuf

Bien, redevenons sérieux. Le patron de l’UMP dans le département prend un ton grave. “Si le maire ne peut rien dire, le député en a gros sur le coeur”. Il fustige “la France suradministrée et sous-gouvernée”. Il s’enflamme, au point d’en dire des âneries : “la seule taxe qui va baisser en 2014 est celle sur… le préservatif, qui va passer de 5,5% à 5%.” Fous rires dans l’assistance. Mais, c’est oublier, entre autres, la rénovation thermique des logements, les places de cinéma, l’importation d’œuvres d’art, qui vont aussi profiter d’une baisse de la TVA.

Le discours s’achève sur la remise en cause du redécoupage électoral des cantons, avec la remise d’un “diplôme de charcuterie territoriale à Monsieur Valls”. Une dernière citation de Gandhi (“un arbre qui tombe fait plus de bruit”, etc) et s’élève une magistrale musique digne du dernier blockbuster américain alors qu’Alain Suguenot embrasse tour à tour ses adjoints.

Qualité du buffet : un peu décevant

D’abord, il n’y avait pas un, mais bien deux buffets dans le palais des congrès. Prends ça, Dijon, cité internationale de la gastronomie. Malheureusement, les pauvres parts de galettes et les saucisses roulées à l’allure bien industrielle ne cassaient pas trois pattes à un canard. Mais ma foi, arrosées d’aligoté/cassis, après tout, “Je suis fier, je suis fier…”

Les commentaires sont clos.

  1. Merci pour ce reportage plein d’humour montrant les travers de la politique beaunoise. Nous ne sommes pas habitués, si ce n’est en privé !

    Elu au premier tour, mais combien d’abstention ? En 2008, 30 % et ce n’est pas avec ce que propose l’opposition locale que cela va changer, si ce n’est un taux d’abstention encore plus fort !

    Bernie le vendredi 10 janvier 2014 à 9h52

  2. Une salle comble de personnes âgés, un groupe de musique ringardisé labellisé UMP Beaune, de quoi rever !

    cohen le vendredi 10 janvier 2014 à 17h59

  3. 20 ans, qu’il en poste ce fonctionnaire politique, combien à coûter ce meeting politique, doit on accepter de payer cette connivence royaliste !

    durant le vendredi 10 janvier 2014 à 18h00

  4. Merci Nicolas pour cet article jubilatoire.
    Beaune et son maire… à qui un électorat droitier et rentier garantit une permanence sans faille, lui permettant de faire sa “nouvelle star” avec son petit micro, ridicule. Le député du bon vin, maire d’une ville laide en dehors du centre ville, parcourue de 4×4 rutilants aux pensées étroites.

    CitoyenDijonnais le samedi 11 janvier 2014 à 22h11