Trompettes et vœux de sursaut du Medef pour cette nouvelle année

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Même jour, mêmes élus, mêmes idées… À quelques détails près, le syndicat du patronat Medef de Côte-d’Or organisait sa traditionnelle cérémonie de vœux pour 2014 le même jour que son meilleur ennemi la CGPME, lundi 6 janvier.

Le diable étant dans les détails, déjà repu du matin, Le Miroir s’en est allé tester la comparaison en fin de journée à la Maison des entreprises de Dijon.

Cote de popularité : (trop ?) bonne !

Vu l’affluence, mieux valait être “badgé” et arriver en avance pour avoir sa chaise dorée réservée dans le petit amphithéâtre de la Maison des entreprises. Les retardataires ont dû patienter debout jusqu’à la fin de la retransmission sur écran télévisé dans le hall.

Mais c’est le prix à payer pour des vœux digestes. Habitué à une “litanie” d’augures de plusieurs heures – c’est le président lui-même de la Chambre de commerce de Bourgogne qui l’a dit -, les patrons de la région ont cette année décidé de faire d’une pierre, 22 coups.

De 22 cérémonies, les patrons des organisations régionales ont ainsi décidé d’en organiser une seule ! L’Union des industries et des métiers de la métallurgie de Côte-d’Or – dont le président Daniel Dureux a annoncé à cette occasion la fin de son 2e mandat -, les Bourgogne Angels, l’Ordre des experts-comptables, la Fédération des transports routiers, le Medef, le Réseau Entreprendre, l’Union des hôteliers, la fédération bancaire ou encore la FFB, amassés ce soir dans la Maison des entreprises ont donc réussi l’exploit de synthétiser leurs souhaits de réussite en 1h15 seulement – et sincèrement, on les en remercie.

Pas d’inquiétude toutefois, nos élus politiques ont tous eu droit à leur siège : nouveaux et anciens députés Laurent Grandguillaume, Kheira Bouziane et Bernard Depierre étaient de la partie. On a pu apercevoir également François Patriat, président de région aux côtés de son homologue sénateur Alain Houpert, mais aussi François Berthelon, président du Ceser de Bourgogne.

Enfin, les grands patrons locaux évidemment, comme Patrick Jacquier : une dizaine d’hôtels dont le Sofitel – La Cloche et 30 millions d’euros de chiffre d’affaires à son actif. Seul absent remarquable : François Rebsamen. Le maire de Dijon était pourtant présent aux vœux de la CGPME. On a vérifié à son agenda, rien n’était noté à la ligne de dix-huit heures…

Degré de politisation : entre infini et nul…

Pour faire l’animation ce soir, pas de grande gueule ni de “flingage en série” comme à la CGPME. Non, le Medef le répète depuis des années, il n’est ni de droite ni de gauche !

Alors pour asseoir sa neutralité et parler un peu économie, le syndicat a fait venir le journaliste François de Closets à la barre. Car sur ce point et dans le fond, le Medef tient le même discours que la CGPME : “Les entrepreneurs étouffent !” En cause, les textes de loi trop restrictifs.

Pas de politique donc ? Ou totalement ? À vous de placer le curseur dans les propos de l’orateur quand il explique : “En France, il y a une droite qui représente le secteur privé, une gauche qui représente le secteur public, et le peuple qui est aux extrêmes”.

Alors au nom des patrons qu’il connait bien, le journaliste demande aux élus de “libérer les entreprises”, baisser leurs charges, pour que les patrons “puissent enfin travailler”. Mais ne voyez pas en lui un ultra libéral. Ceux-là sont pour lui le fléau de l’économie. “Ils ont créé un système où le seul but du travail est d’enrichir la spéculation et les propriétaires, sans créer de richesse”.

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Photo Jonas Jacquel

Eh oui, vous ne le saviez peut-être pas, mais les patrons ne veulent pas d’argent. Ils veulent de la richesse. C’est à dire de l’activité économique qui leur permettra d’entreprendre, le tout dans un contexte fiscal et législatif bien plus souple. Au pupitre quelques minutes après, le président du Medef de Côte-d’Or Pierre-Antoine Kern ne viendra pas dire le contraire : les réglementations françaises sont “complexes, coûteuses, quand elles ne sont pas inutiles”.

Et n’allez pas croire non plus que l’allègement des règles sera au détriment des salariés. Au contraire, la logique est simple : “simplifier et assouplir le droit, pour réduire le risque à l’embauche et faire baisser le chômage !”. “L’opinion publique est prête à nous écouter. Le grand public commence à percevoir la nécessité d’alléger les entreprises”, affirme en guise de conclusion Pierre-Antoine Kern. Avant bien sûr de nous souhaiter tous ses vœux de “bonheur, de santé, de prospérité, et de réussite entrepreneuriale”.

Pas de déprime, de suicides ni de “sacrifiés” comme à la CGPME donc, mais les vœux d’un “sursaut sans attendre”, salvateur pour tout le pays.

On en ressort convaincus, perdus au milieu du parking et des quelques centaines de berlines de luxe rutilantes. C’est un peu ça la magie des vœux façon Medef, qu’ils soient immédiatement exaucés.

Qualité du buffet : n’a pas de salle de Flore qui veut

Côté victuailles, le classicisme est une bonne recette pour éviter les fautes de goût. On a vérifié, le crémant était bel et bien de Bourgogne, à l’image d’une filière vin “qui pèse 10% du PIB de la Bourgogne”, rappelait quelques minutes plus tôt le président de la CCI.

Des bouchées en verrines pour faire passer les bulles terminent les festivités sur un fond de piano. Il fallait bien ça pour masquer l’ambiance de “hall” de la Maison des entreprises, où à l’heure de trinquer même les serveurs ne parvenaient plus à circuler entre les invités.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

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