Art Danse, l’extase du corps

Photo Augustin Rebetez | 2013

Photo Augustin Rebetez | 2013

Contrairement aux idées reçues, pas besoin d’être une star pour danser. Pas besoin de garder la ligne pour rentrer dans sa plus belle chemise à col ‘pelle à tarte’ et se lancer, survolté, sur la piste d’un club à la John Travolta dans Grease. Pas besoin d’enquiller les pompes et les abdo-fessiers à la cinquantaine pour se déhancher et tout donner comme Madonna en concert. Non, tout cela, on le laisse au fantasme hollywoodien, car danser, c’est l’affaire de tout le monde. Danser réchauffe, danser donne de l’énergie, danser rend joyeux – comme l’explique Jérôme Franc, directeur d’Art Danse Bourgogne.

Le s’empare des salles de spectacle dijonnaises du 24 janvier au 1er février 2014. Trouvez (enfin) le spectacle qui vous convient grâce au Miroir. (Consulter ici le programme complet)

Alors, qu’est-ce que ça fait de danser ?

“D’abord, c’est joyeux. Même si les propos sont durs, arides, le fait de bouger donne envie aux autres de bouger. Même assis dans un fauteuil pendant un spectacle, on respire avec les danseurs.” L’expérience physique, voilà, c’est un peu le principe du festival proposé par Art Danse, chaque année. Faire s’exprimer les chorégraphes, gardiens de l’expression corporelle de notre temps, expérimentateurs du geste, déconstructeurs minutieux de la pensée unique de la danse de salon, de la dictature du clip bas de gamme.

“La danse, c’est un souffle de liberté. Aujourd’hui, le monde de la danse en France est audacieux, créatif et fait bouger les choses, il est surprenant et je dirais, plus en avance sur son temps que le théâtre.” Comme un challenge au quotidien, la danse contemporaine ne se fige pas dans une époque pour finir derrière une vitre de musée. Elle se contorsionne pour adhérer aux principes de son époque. “À travers les solos, notamment, où les danseurs dévoilent leur intimité, reflets de l’époque où l’on ressent le poids de l’Histoire.

“Si dans les années 1980, la danse avait quelque chose de très physique, aujourd’hui, elle se pose des questions, elle va plus loin dans les propos et joue avec son époque”. Vidéos intégrées, chants intempestifs, textes drôles, décalés, la danse contemporaine dit halte au conformisme prégnant et tant mieux : “Le public veut être surpris, j’imagine. Si on sait déjà tout, à quoi bon?”

Quel spectacle vous correspondra le mieux ?

Vous qui n’êtes pas un initié, mais qui succombez à la tentation de l’inconnu, Le Miroir vous aide à choisir votre spectacle.

Art Danse pour ceux qui n’aiment pas l’abstrait ‘intello’ :

Photo Augustin Rebetez | 2013

Photo Augustin Rebetez | 2013

“Chaque fois que je suis sur scène, c’est comme si je jouais avec ma propre vie. Je mens avec beaucoup de sincérité. J’aime faire rêver les gens. Je veux aller à l’Olympia de Paris, puis à Las Vegas, juste après Céline Dion.” Eugénie Rebetez est à rebours des modes, elle avance en farceuse, au culot, avec son immense talent. Et elle nous “entre” dedans. On ne l’oublie plus.

“Foncez voir “Encore” d’Eugénie Rebetez ! Ça danse, ça chante, ça déménage et c’est drôle !” C’est le conseil ‘2014’ de Véronique Mathiaut, co-fondatrice d’Art-Danse. “Chaque fois que je suis sur scène, c’est comme si je jouais avec ma propre vie. Je mens avec beaucoup de sincérité. J’aime faire rêver les gens. Je veux aller à l’Olympia de Paris, puis à Las Vegas, juste après Céline Dion.” Eugénie Rebetez est à rebours des modes, elle avance en farceuse, au culot, avec son immense talent. Et elle nous “entre” dedans. On ne l’oublie plus. Le jeudi 30 janvier, 20 heures, salle Jacques Fornier.

Art Danse pour ceux qui veulent qu’on leur raconte une belle histoire :

Photo Agathe Poupeney

Photo Agathe Poupeney

“Ce qui m’a intéressé dans le spectacle de Radhouane El Meddeb que je suis depuis un moment, c’est qu’il s’appuie sur une musique de la plus fameuse diva égyptienne, doté d’une grande aura. Il rend hommage aux femmes musulmanes, aux mères. Ce spectacle fait référence à la période où les Arabes dansaient – dans les cabarets égyptiens, notamment. Aujourd’hui le divertissement est moralement moins bien perçu”, explique le directeur d’Art-Danse. Le chorégraphe raconte :”Ma danse se veut un hommage aux héroïnes, à nos mères, à nos sœurs… C’est un signe vers les femmes qui m’entourent et m’ont entouré, mais aussi vers la femme qui est en moi, vers ma propre féminité. En la dévoilant, je dévoile ma fragilité, ma perception de la sensualité et du courage dans le même temps. Ce dévoilement se conçoit sans travestissement. Se mettre dans la peau d’une femme, ce n’est pas se vêtir comme une femme, se revêtir de féminité, mais bien puiser en soi, profondément, pour trouver la générosité et la sensualité. La force et l’émotion alliées dans la danse.” Le vendredi 31 janvier à 20 heures à l’Auditorium.

Art Danse pour ceux qui veulent tester un trip bizarre :

Photo L.Pontes

Photo L. Pontes

Sofia Fitas – Que ser ? – c’est sombre et minimaliste, un spectacle court, de 20 mn. “C’est vrai qu’il faut s’accrocher”, prévient Véronique Mathiaut – mais le jeu en vaut la chandelle. “C’est un corps disloqué, impressionnant, fascinant”, reprend Jérôme Franc. Le solo est très physique, la danseuse donne tout et accroche le regard et le souffle par son positionnement dans l’espace duquel elle ne décolle pas. Ce corps est celui d’une femme minimaliste, vue de dos, immobile, habillée de noir, mais tête escamotée. L’humanité en est comme dérobée. Le regard du spectateur devient progressivement fasciné par l’image de ces mains croisées, de leur placement qui change insensiblement, par micromouvements. Plus tard, la silhouette traversée par les sons en tous sens ne ressemble à rien d’autre sous les cheveux noirs et affolés. Avec discrétion, opiniâtreté, sans retour ni pareil, Sofia Fitas crée. Le samedi 25 janvier à 17 heures, salle Jacques Fornier.

Art Danse pour ceux qui aiment quand ça danse fort :

Photo Agathe Poupeney

Photo Agathe Poupeney

Tempéraments d’Edmond Russo et Schlomi Tuizer, c’est une danse énergique qui développe un échange d’énergies entre les danseurs, lie leurs corps dans un mouvement d’attirance-répulsion. Le but à terme serait d’implanter cette compagnie, Affari Esteri, à Djion. C’est une volonté commune d’Art Danse et de la compagnie”, dévoile Jérôme Franc. “Tempéraments, humeurs, personnalités, caractères, traits identitaires, représentent des appuis intellectuels et iconiques, stimulateurs d’une grammaire et d’une dialectique singulières. C’est bien dans ce carrefour de relations corporelles que notre intérêt chorégraphique se place”, décrit la compagnie. Le vendredi 24 janvier à 20 heures au Théâtre Mansart.

Bons spectacles.

Les commentaires sont clos.