“Slow food, c’est vendeur !”

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“N’hésitez pas à dire autour de vous que nous cherchons des adhérents!” Une femme élève la voix dans la salle de conférence sur le mouvement Slow. Dominique Archambaud, nutritionniste, ex-Parisienne, la quarantaine dynamique, se démène en Bourgogne pour réunir autour d’elle une communauté d’adeptes de la Slow Food.

Le concept évoquera presque systématiquement aux non-initiés un menu étrange fait d’escargots, de mollusques ou au contraire renverra à l’inénarrable marathon du dîner familial, interminable. En réalité, Slow Food est un mouvement fondateur lourd d’une centaine de milliers de membres de par le monde, lancé entre 1986 et 1989 autour de l’Italien Carlo Petrini, devenu, entre-temps, grand prêtre de la bonne chère dont le credo est de “retrouver une nourriture bonne, juste, et propre”.

Bref tout le contraire de ce que proposent les fast-foods et autres champions de la nourriture industrielle. Slow Food est plutôt dans la lignée de ce dont rêve la Cité de la Gastronomie – en plus populaire et plus rural. En ce sens, une question se pose : pourquoi le mouvement a-t-il tant de difficultés à naître et se développer en Bourgogne, pourtant terre de bons produits et de gastronomie ?

Un peu slow, il a mis du temps à arriver

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A l’origine, une toute petite association de bons vivants, Arcigola réunissait des amateurs de nourriture simple et bonne. En 1989, un déclencheur modifie le but de ces Italiens piémontais, c’est le projet d’installation d’un fast-food à Rome. À partir de cette date, ils mettent en place une stratégie pour contrer l’homogénéisation du goût à travers une nourriture industrialisée de mauvaise qualité, trop souvent réservée … aux classes populaires.

Contre le fast-food, ils inventent le mouvement slow food (Lire le document sur la centralité de la nourriture ici et parcourir le Memento ici).

“Il repose sur trois piliers principaux”, explique calmement Dominique Archambaud accoudée à la table de sa cuisine, quelque part dans le vieux village de Nuits-Saint-Georges. “Tout d’abord, le ‘bon’ implique en plus de son goût remarquable, leur fraîcheur : produits fermiers, recettes souvent issues de savoir-faire traditionnels. Le ‘juste’ s’illustre dans le prix qui doit permettre à l’agriculteur de se rémunérer. Le ‘propre’, c’est la façon de cultiver ou d’élever les animaux sans ajouts chimiques, sans médication agressive, sans impact sur l’environnement ou sur la santé de quiconque.”

Tardif. Ce n’est qu’autour de 2006, qu’un convivium – une antenne slow food – arrive en Bourgogne, près de 10 ans après la naissance du mouvement. Ouverte par Pierre Pertus, ancien conseiller général de la Côte-d’Or, elle a d’abord noué des liens étroits avec l’Université du Goût d’Italie et ses étudiants avant de s’ouvrir, sous l’impulsion de Laurence Fermont, aux curieux. Des visites de producteurs, des ateliers cuisine ont été organisés dans le cadre de l’éducation au goût prôné par Slow Food (visiter ici le site).

Trop bobo, le slow ?

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Cela dit, la France tout entière accuse du retard avec 45 associations en 2009, alors que l’Italie s’enorgueillit de 360 groupes. Donc la Bourgogne fait figure de courageuse avec “des membres éclatés à travers toute la région, et un public très difficile à mobiliser”, grimace Dominique Archambaud tout en concédant que bon, l’adhésion annuelle se monte à 50€ (frais de dégustation non compris). Les 4/5 sont envoyés en Italie pour faire vivre Slow Food, la dernière part fait vivre l’association, l’aide notamment à se faire connaître et à organiser des petits événements.

Pour autant, Slow Food n’est pas méconnu en France : “Dans le milieu des producteurs et de la gastronomie, on connait Slow Food”, remarque la présidente bourguignonne, “ce qui est sûr, c’est que c’est vendeur”. D’accord, mais est-ce populaire ? En réalité pas vraiment. La nourriture telle que l’apprécie Slow Food est bien plus difficile d’accès que la nourriture industrielle, car elle se raréfie, elle est aussi un peu plus chère à produire – à régime égal – aussi.

Pourtant, la démarche générale milite en faveur des personnes à faible revenu : petits producteurs agricoles sous-payés, familles souffrant de malnutrition, personne n’ayant pas accès à une nourriture de qualité leur permettant de rester en bonne santé. Et là, on ne parle pas que de pays en voie de développement ! Avec sa structure des Sentinelles, le mouvement met en place des stratégies pour aider des producteurs alimentaires artisanaux à préserver leurs méthodes de travail traditionnelles et leurs produits.

En Bourgogne, deux propositions de futures sentinelles : l’époisses fermier du Gaec des Marronniers est le dernier au monde, de même que le beurre de cassis de la Ferme Fruirouge dont la production artisanale est devenue fragile.

À quand une Bourgogne slow ?

Malgré les scandales sanitaires et financiers à répétition autour de la nourriture, malgré les soupçons qui pèsent sur les méthodes de transformation industrielles, les Bourguignons n’ont pas encore décidé de franchir massivement le pas vers une alimentation mieux identifiée, même si l’on réclame une alimentation plus locale – pour les cantines notamment. Dominique Archambaud, forte de son évolution personnelle réussie vers une nourriture plus ‘slow’ encourage : “Tout le monde à son niveau peut se sentir concerné et se dire ‘Je peux mieux faire. J’ai pris petit à petit conscience de l’impact de mes achats, ça m’a ouvert les yeux et j’ai décidé de consommer différemment.”

Slow Food Bourgogne adhère aujourd’hui logiquement aux associations Graines de Noé (promotion des blés anciens), au Collectif pour une Côte-d’Or sans OGM ni pesticides, et à la Graine et le Potager. Récemment, le mouvement s’est laissé approcher par Didier Martin, adjoint au maire de Dijon, délégué au tourisme, aux relations extérieures et aux congrès, pour discuter ‘Cité de la Gastronomie‘, sans débouché concret pour le moment. De toute façon, Dominique n’en est pas encore là, cet hiver, elle moissonne activement les adhésions. (Rejoindre ici le site internet bourguignon et ici les réseaux sociaux)

Les commentaires sont clos.

  1. Notons que la bonne “chaire” est moins tendre sous la dent que la bonne “chair”, et qu’avec ses 5600 habitants, Nuits-Saint-Georges, même si ça fait davantage couleur locale de le présenter ainsi, est loin d’être un village…

    Anne le vendredi 3 janvier 2014 à 13h24

  2. Une priorité pour 2014, rechercher et créer la ” slow ” politique, un sillon sacrément prometteur et nécessaire à créer…

    tbruiz le dimanche 5 janvier 2014 à 13h13

  3. Slow food devrait être mis en avant par les politiques régionaux et les acteurs du commerce dans chaque région. Se bien porter, acheter des produits sains et clean en respectant les saisons devraient être mobilisateur, mais la facilité et le poids très lourd de la grande distribution bloque cet élan. Je crois que le “problème” de slow food c’est une communication trop limitée pour convaincre le public de ses bienfaits.

    wine21 le vendredi 10 janvier 2014 à 10h20

  4. Fruirouge s’écrit sans t ! Merci, bonne année fruitée !!!

    FRUIROUGE le vendredi 10 janvier 2014 à 11h10