En 2014, c’est promis, la place Grangier sera belle !

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La morne place du service public deviendra-t-elle un jour celle du glorieux commerce privé ? C’est en tout cas le destin que beaucoup souhaitent donner à la de Dijon.

Autrefois temple des services postaux, du télégraphe, de la STRD et du parking souterrain, la place Grangier cherche aujourd’hui à redorer son image. Les pouvoirs publics l’assurent, elle vit là ses derniers mois de laideur.

Vendredi 13 décembre 2013, le directeur national de La Poste et le maire de Dijon signaient, enfin, le permis de construire visant à inclure de prestigieuses cellules commerciales au sein du gigantesque bâtiment postal.

Retour sur un siècle d’histoire mouvementée d’une place en peine d’image de marque.

Une place qui a failli être centre commercial

Contrairement aux autres places du centre-ville de Dijon, la place Grangier est toute jeune. Son histoire remonte à tout juste un siècle, quand en 1911 l’État déclare avec le conseil municipal l’utilité publique de transformer un grand terrain vague en terre batture en un bel espace public.

Jusqu’alors, il était question de vendre ce grand terrain – résultant de la destruction des ruines du château de Dijon à la fin du XIXe siècle – à une société immobilière pour y faire construire un grand magasin de style parisien, alors très en vogue. Mais les commerçants du centre-ville font alors pression contre. Ils craignent une concurrence trop forte et une baisse des prix. Ils poussent le projet en faveur d’une place publique, et les magasins modernes (actuelles Galeries Lafayette), le Pauvre Diable et la Ménagère s’installeront finalement rue de la Liberté complètement redessinée vers 1920.

Sauf qu’il n’y a pas grand-chose à mettre sur cette place sans véritable cohérence. Les bâtiments qui l’entourent ont été construits sans concertation, par pure nécessité résidentielle. Il y a bien le majestueux hôtel des Postes et télégraphes inauguré en 1909 avec sa pointe métallique nécessaire au télégraphe. Mais les dorures et ornementations sont simplement le résultat d’une volonté d’alors de glorification du service public de la République.

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La mairie choisit donc un thème simple pour cette place en la baptisant du nom des époux Grangier, donateurs bienfaiteurs de la ville. En leur hommage, elle fait ériger une statue de la “Bonté”. Vous n’arrivez pas à la situer sur la place aujourd’hui ? C’est normal, entre-temps on a construit par dessus une agence STRD et un parking…

Une place qui a fini en parking

Car le véritable problème de la place Grangier survient à la fin des années 60 quand la municipalité décide, par nécessité, de faire d’une esplanade arborée un endroit “pratique”. Et à l’époque, qui dit pratique dit automobile. C’est pourquoi, dès 1967, la ville engage la société Shell à exploiter un immense parking souterrain, inauguré en 1970. La place change de visage.

Dans les décennies qui suivent, l’opinion publique se détache du lieu. Dans le bâtiment bétonné en surface du parking s’installe l’agence STRD. Devant, on gare son vélo, sa moto, mais personne ne s’y arrête. Sauf pour parler à son voisin croisé fortuitement sur les escaliers de la “Grande Poste”.

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Puis arrive le grand projet du tramway de Dijon et une inespérée réflexion de la municipalité sur l’image globale du centre-ville. Entre temps le service public a beaucoup perdu de sa “gloire”, et question image de marque, la STRD devenue Divia ne peut plus se permettre de rester dans le vieux bâtiment grisâtre de la place Grangier. Dans le cadre des travaux du tramway, la ville dévoile alors son projet de piétonnisation de la rue de la Liberté et de la rue des Godrans. Et c’est promis, en 2014, la place Grangier aura elle aussi droit à sa partie piétons et sa sculpture moderne

“Une place qui aimerait bien redevenir centre commercial”

Aujourd’hui, la place sait qu’elle vit ses dernières heures de mal-aimée. Car s’il y a un siècle les commerçants se battaient contre l’arrivée de nouvelles boutiques, en 2013 ils militent désormais pour !

L’association des commerçants Shop’in Dijon s’est d’ailleurs installée temporairement dans les anciens locaux de Divia. Son président réclame depuis de longs mois de nouvelles cellules commerciales et des marques renommées pour lutter contre la concurrence des grands centres commerciaux de périphérie.

Alors quand vendredi 13 décembre le maire de Dijon François Rebsamen et le PDG du Groupe La Poste signent ensemble le permis de construire pour transformer une partie de l’hôtel des Postes en boutiques, Olivier Padieu est évidemment de la partie…

“Un carnet de timbres et un Nespresso svp !”

Il faut dire que le projet est dans les cartons depuis longtemps. La rumeur a colporté toutes les enseignes possibles parmi celles susceptibles de s’installer dans l’immense bâtiment historique. On a même parlé d’Apple, avant que la Toison d’Or accueille la marque en grande pompe.

Mais pour l’heure, pas question de dévoiler des noms. François Rebsamen se félicite simplement d’une “démarche attendue par l’ensemble des commerçants” dans un immeuble “parfois perçu comme une forteresse administrative”. Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste, nous en dit enfin un peu plus sur le contenu de cette révolution immobilière : les 9 000 mètres carré de bureaux seront d’abord rénovés, et des surfaces commerciales créées en plus d’un hôtel sur 4 600 mètres carré.

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Sauf que les cellules commerciales seront construites côté tramway, boulevard de Brosses. Pas question de sacrifier la grande entrée de la Grande Poste. La place Grangier n’en profitera donc pas directement, si ce n’est que les boutiques créeront une nouvelle entrée sur un centre-ville élargi.

Et les marques alors ? Le matin de la signature, Olivier Padieu se dit heureux, mais “reste vigilant”. “Il faudra vraiment que ce soit destiné à du commerce, et du vrai commerce attractif pour les Dijonnais, pas des banques”, nous confie-t-il. Lui espère toujours des marques de “renommée nationale”, comme Nespresso ou Habitat par exemple.

De simples suppositions pour des marques qui ne manqueront pas de provoquer des remous lors de l’annonce de leur implantation, et offrir à la place le “buzz” qu’elle attend depuis plus d’un siècle.

Les commentaires sont clos.

  1. Avec le dourousien Bertrand Lavier ™,
    on peut craindre le pire irréversible…

    Dijon Autrement le samedi 14 décembre 2013 à 9h36

  2. Elle est quand même pas mal cette place – surtout le bâtiment de la poste justement. Il faudrait juste un petit rafraîchissement intelligent des bâtiments privés, comme celui du parking – à l’instar du centre Dauphine…

    Ducol le samedi 14 décembre 2013 à 17h25

  3. J’aime beaucoup cette place personnellement et depuis sa dernière rénovation ;je rêverais d’y pouvoir être propriétaire d’un appartement..mais là c’est une utopie. Cette place deviens de plus en plus “class” et c’est tant mieux pour l’image de notre ville (notre ” petit Faubourg St Honoré?”).Que Bertrand Lavier intervienne pourquoi pas? Je préfère encore “ses machins” aux M….S d’un ” sculpteur régional de 5ième ordre comme Pierre Duc qui aura durement sévis en Franche Comté !( par exemple).Le gros problème de cette place reste cette ” faune ” de SDF et autres routards qui l’occupent avec une meute de clébards ( s’oubliant largement )entre vomissures, injures et tas de crottes !) . Un bon nettoyage de ce ” fange” s’impose d’urgence dans tout le centre ville !

    Patrick Lepak le dimanche 15 décembre 2013 à 13h32

  4. Un “fange”? Qu’est-ce qu’un “fange”?

    CamilleG le lundi 16 décembre 2013 à 22h22

  5. Une erreur de frappe : je voulais parler de <> . Maintenant tout le monde a ses problèmes ; moi aussi ; mais je ne suis en rien COUPABLE ET RESPONSABLE de la situation des SDF qui traînent et salissent ( pour beaucoup nos rues de centre ville ); mais comme beaucoup je subis .. sans rien avoir demandé. Voila pourquoi je parle de fange sociétale . ( maintenant bon courage aux employés municipaux pour nettoyer les flaques d’urines ; vomissures et déjections canines de ” cette France là”!

    Patrick Lepak le mardi 17 décembre 2013 à 11h49

  6. Super, le dispositif “avant-après” sur les photos !

    Zoé Zaam le vendredi 20 décembre 2013 à 8h44