Gustave Eiffel, la posthume protection

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Une baguette de pain, un béret et en arrière-plan, la . La carte postale est parfaite. Qui oserait la contredire ? En un peu plus d’un siècle, la Dame de Fer s’est imposée comme un symbole de Paris et de la France.

Pourtant, elle n’aurait jamais vu le jour sans la pugnacité d’un Dijonnais, . L’ingénieur avance de sa poche 80% des frais inhérents à sa construction. Ses descendants sont d’ailleurs à Dijon, vendredi 13 décembre pour célébrer l’anniversaire de la naissance de leur aïeul.

Et pour eux, Gustave Eiffel ne peut être réduit à une Tour, aussi prestigieuse soit-elle. Derrière son nom se rassemble toute une armada de monuments, comme autant de prouesses architecturales et technologiques. Si bien que son nom est devenu une véritable “marque”, qui fait bien des envieux et sur laquelle sa famille veille scrupuleusement.

Peu de traces dijonnaises

De Gustave Eiffel à Dijon, il ne reste quasiment rien. Un pont et une avenue à son nom tout au plus. Sa maison natale, sur le quai Nicolas Rollin, a été détruite pour voir s’élever un immeuble à la place. Pas même les halles du centre-ville, comme le voudrait une légende tenace. Seul témoin de son passage une sculpture exposée aux affres du climat devant le port du canal de Bourgogne. “À Gustave Eiffel. Son premier regard d’enfant s’ouvrit sur ce port”, peut-on lire sur la plaque commémorative.

À l’occasion de l’anniversaire de la naissance de l’enfant du pays, l’Association des descendants de Gustave Eiffel a obtenu de la ville qu’elle rénove l’œuvre. Une action parmi tant d’autres dans l’objectif de protection du patrimoine aussi bien matériel et immatériel qu’elle s’est fixé.

L’association a ainsi à son actif la sauvegarde de la passerelle Eiffel de Bordeaux, la restauration de sa tombe à Levallois ou d’une seconde au Viêt Nam : “C’est la meilleure façon de protéger l’héritage”, concède Savin Yeatman-Eiffel, trésorier de l’association. “Pour chacun des monuments, nous essayons de trouver une fonction propre qui puisse assurer sa pérennité”. Dans le cas de Bordeaux, la passerelle va devenir un lieu de promenade et d’exposition.

Depuis que la famille a déclaré chasse gardée la marque “Gustave Eiffel”, elle a dû multiplier les initiatives. La plus médiatique est bien entendu le procès qu’elle a engagé contre le géant du BTP, Eiffage. “Un patronyme comme Eiffel est une propriété indivisible qui appartient à tous les descendants et on ne peut pas utiliser ce nom sans l’autorisation des descendants”, justifie-t-il.

T-shirts, livres, mugs. Bref, les attrape-touristes sont particulièrement visés. “La plupart ne veulent pas une utilisation commerciale du nom sauf dans des cas très limités et très encadrés et en contrepartie d’une défense de l’héritage de Gustave Eiffel, un meneur d’hommes comme nous en avons rarement eu en France”. Doucement, la famille compte construire une jurisprudence qui pourra s’appliquer à moindres frais aux autres utilisations frauduleuses.

Eiffeil, un nom qui rapporte ?

À Paris, la Tour Eiffel est le contre-exemple parfait d’une utilisation non subreptice. En effet Tour Eiffel et Gustave Eiffel sont bien étymologiquement très proches, mais la logique d’application de la protection est totalement opposée. “La Tour Eiffel appartient à la ville de Paris donc nous ne pouvons surveiller l’utilisation du mot”.

L’œuvre a en effet été cédée très rapidement et a même failli disparaître à la fin du bail de vingt ans qui était accordé à l’ingénieur. Désormais, elle fait la fierté de la capitale et a poussé plusieurs villes à donner son nom à quelques rues, écoles et édifices.

Mais là aussi, la famille doit donner son aval. En général sans accrocs majeurs, la réponse est la plupart du temps positive. À Dijon, un boulevard porte son nom, depuis très peu de temps finalement. En effet, à la suite du scandale de Panama, une affaire de corruption liée au percement du canal de Panama, qui a injustement éclaboussé Gustave Eiffel, la ville natale de l’ingénieur débaptise la rue et le pont qui porte son nom. Il faudra attendre 1952 pour qu’une plaque à son nom soit a nouveau fixée sur un poteau.

Alors combien peut rapporter son nom ? Nous ne saurons pas. Le trésorier botte en touche expliquant ne pas courir après la gloire, comme son aïeul d’ailleurs : “A la fin de sa carrière d’ingénieur, il a retiré son patronyme du nom de son établissement. Une volonté très claire de rester comme étranger, de se retirer des affaires pour éviter que son nom ait une connotation commerciale”.

À la fin de sa carrière industrielle, alors qu’il débutait ses recherches scientifiques, il livre gracieusement le fruit de son travail à la communauté : les souffleries qu’il a conçues sont aujourd’hui toujours utilisées dans le génie civil et même parfois dans l’aéronautique…

Les commentaires sont clos.

  1. “. Seul témoin de son passage une sculpture…”
    Je tiens à vous informer qu’il reste une trace très importante de son passage à Dijon:
    Juste sa maison de jeunesse!!

    Elle se situe dans le parc du lycée de Castel, et lui a donné son nom.
    Maintenant le Castel est devenu le restaurant d’application du lycée, “Le Gustave”.

    Alain le samedi 14 décembre 2013 à 17h24