Librairie indépendante cherche repreneur passionné

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À l’intérieur, on prépare Noël comme si de rien n’était. Au bas des escaliers, une association caritative propose même d’emballer les cadeaux. Dans les étagères, des lecteurs emmitouflés feuillettent des bouquins.

La Lib’ de l’U demeure à ce jour une des dernières boussoles de la rue de la Liberté, îlot culturel douillet qui s’illumine depuis 60 ans, quand la nuit étale son ombre sur le centre-ville de Dijon.

Le 7 janvier 2014, tout sera remis en cause. Marie Grandchamps le sait. Directrice de la librairie rachetée par la chaîne Chapitre, elle observe avec déception la situation du groupe national en cessation de paiement. Elle aussi fait partie du navire qui coule.

En Bourgogne, Nevers et Chalon-sur-Saône sont également concernées. La seule voie de salut aujourd’hui, c’est le rachat par un repreneur indépendant – primordial, dit-on, pour l’avenir de la librairie. En attendant le prince charmant, pas question de se résigner. Rencontre.

Dernier chapitre : une équipe pleine d’idées en quête de repreneur

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Seule l’activité internet du groupe Chapitre sera conservée | Photo Marion Chevassus

Problèmes de gestion, modèle économique contestable de la chaîne appliqué au domaine – très particulier – du livre, aujourd’hui 53 librairies pâtissent d’une mauvaise politique de groupe et doivent trouver un racheteur sous moins d’un mois. À Dijon, la Lib’ de l’U ne veut pas abandonner : “Le mot d’ordre, c’est : continuer l’activité jusqu’à Noël”, affirme courageusement la directrice.

Sortir d’une logique de groupe, retrouver son indépendance, voilà qui, finalement, n’est pas pour lui déplaire. “Si nous devenons indépendants, nous pourrons choisir notre offre seuls”, avance Marie Grandchamps. Cap vers la réactivité et la qualité en affinant les propositions littéraires, en dénichant les perles pour susciter l’envie de lire, de découvrir.

Savourer la lecture ne se fait pas sans un peu de confort, alors pour accompagner la douce idée de l’indépendance, elle se projette dans la librairie du futur. “Un véritable espace de vie”, non plus seulement un lieu de commerce. Canapés, discussions, temps ralenti, de quoi plaire à ses lectrices (puisque la clientèle ici est surtout féminine) de plus de 35 ans.

Quant au libraire, son rôle aussi serait revalorisé. Conseiller, laisser des critiques de lecture sur des petites fiches comme cela se pratique dans les meilleurs établissements…”Le métier du libraire dans le futur ? Prendre parti”, ose la directrice de la Lib de l’U. “Le relationnel n’a pas de prix. C’est la meilleure façon de contrecarrer internet devant lequel… On doit se sentir bien seul.”

L’avenir du livre est dans…

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Justement, internet. Parlons-en. Lui qui semble être la bête noire de tous les libraires. “Amazon ? Seulement 2,5% du marché. C’est un souci, mais pas le premier. Nous sommes obligés de faire avec.” Pas inquiète, la libraire en chef remercie les Français pour leur peu de fougue à adopter la nouveauté made in USA : “Vous savez, en France, on réagit un peu comme un diesel. On met un peu de temps à démarrer – et tant mieux”.

De toute façon, internet a du mal à la séduire… “Quand vous achetez un livre sur internet à 22h30, vous ne l’avez pas dans les mains pour aller vous coucher.” L’instantanéité est bien illusoire.

Alors où se cache le futur modèle du livre ? Aujourd’hui, la librairie trouve son équilibre en partageant ses activités entre deux tiers de ventes de livres et un tiers de papeterie. Habituée au compromis, Marie Grandchamps réfléchit : “Le livre papier a encore sa place, peut-être différemment… Peut-être ‘différent’. Si le poche tablette vient à coûter moins cher que le poche livre, il pourrait le remplacer. En revanche, je doute que le numérique ne remplace un livre d’art.”

La librairie peut devenir un cœur battant du centre-ville

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Un livre objet, un livre numérique, le tout mis en scène dans un espace confortable si possible rafraîchi. “La librairie doit devenir un véritable lieu de vie. Il faut penser aux espaces de détente. Un magasin indépendant peut faire cela, s’inscrire dans la vie locale.”

Déjà impliquée dans les activités de conférences, dédicaces de livres, salons, lecture de contes, la librairie veut continuer à incarner le lien social. Alors bienvenue aux jeunes, bienvenue à tous : “Il faudrait qu’on arrête de passer pour des sanctuaires”, milite la directrice.

La Lib’ de l’U aura-t-elle la même chance que la librairie Grangier, reprise par une libraire de Metz ? En tous cas, l’équipe de Marie Grandchamps l’espère à haute voix. “Il y a de la place pour deux librairies au centre-ville, on s’est juste trompés de modèle économique. C’est juste, qu’une chaîne, ce n’est pas viable.”

Alors à quoi ressemble le prince charmant ? “Un(e) passionné(e), qui s’y connaît et se reconnaît dans ces valeurs “, répond-elle sans écarter l’idée d’une Scop (reprise de l’outil de travail par les employés).

Les commentaires sont clos.

  1. Pourquoi pas une solution en une sorte de coopérative?

    Dijon Autrement le vendredi 13 décembre 2013 à 7h57

  2. 53 librairies, souvent leaders dans leur cité par la qualité de leur offre, mises à mal par la gestion inadaptée d’un groupe qui croyait pouvoir baisser en gamme en montant en taille… et en bénéfices à court terme pour les investisseurs. Heureusement, celles qui parviendront à motiver un nouveau propriétaire indépendant ou à se constituer en scop., redeviendront ces centres de culture vivants, comme on le voit outre-Atlantique, là où la pression d’Amazon est plus dure encore pourtant. (Voir http://www.madeinlocal.info)

    Raphaël Souchier le vendredi 13 décembre 2013 à 15h07

  3. REQUIEM (hélas!)

    Dijon Autrement le vendredi 7 février 2014 à 15h12

  4. “A U R E V O I R” affiche pour un adieu la regrettée et historique Lib de l’U… Après l’arrivée de la FNAC, de CULTURA et … de GRANGIER pour cette dernière les politiques se sont battus. Ce qui ne fut semble-t-il pas le cas pour la doyenne des librairies (hors ancien) de la ville.
    Rachat occasion par Chapitre.com mais pas vente sur place: créneau manqué.

    Dijon Autrement le lundi 10 février 2014 à 15h38