“Slow” : Quand l’économie ralentit la cadence

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“La terre fournit assez pour satisfaire le besoin de chaque homme, mais pas la cupidité de chaque homme”. La phrase est attribuée à Gandhi, mais elle résonne à travers le mouvement “slow”. Philosophie émergente, applicable à l’économie, selon laquelle il est nécessaire de ralentir le rythme effréné de nos modes de vie afin de ne pas épuiser ni l’homme, ni la nature.

Cette sagesse a été reprise par Arvind Ashta, professeur et titulaire de la chaire Banque Populaire de micro-finance à l’ lors de la conférence autour du mouvement slow, mercredi 11 décembre 2013.

Le choix du “slow”

Aujourd’hui, une conscience citoyenne émerge tout doucement – certes un peu endolorie, après une ère de l’accès facile de tout un chacun au confort. Mais à travers les scandales sanitaires, les urgences environnementales, sociales, morales, force est de constater que la société occidentale commence à devenir lucide sur ses excès passés, sur les erreurs commises peut-être à cause de l’empressement, peut-être à cause de l’avidité.

Fidèle lecteur du Miroir, il ne vous aura pas échappé que votre lecture quotidienne s’inscrivait dans une démarche qualitative, relocalisée, tentant d’imposer à nouveau les valeurs d’un journalisme intègre auquel nous croyons. En ce sens, nous faisons, par notre travail, partie du mouvement slow, vaste champ d’action : slow money, slow management, slow food (un mouvement fondateur lancé par Carlo Petrini), ou slow sciences.

 “L’idée est de réfléchir sur l’accélération généralisée de notre vie”, synthétise Claudio Vitari, l’un des théoriciens du slow management. “On a confondu la fin avec les moyens”, appuie Aymeric Jung, venu défendre l’investissement d’impact et le mouvement slow money. Mais pourquoi se focaliser sur la lenteur, après tout ? La réponse – imagée – viendra de l’assemblée : “Quand je fais le constat que je vais dans le mur, mon premier réflexe, c’est de freiner.”

Le slow contre le fast

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Le mouvement slow est conscient de ces dérives et souhaite apporter une nouvelle manière de faire, qui s’intéresserait plutôt à la qualité qu’à la quantité, capable aussi de se réimplanter dans les territoires pour y cultiver (et non plus “exploiter”) les savoir-faire, les ressources naturelles et la motivation. Le but, trouver comment générer sur le long terme un bilan à somme positive pour les citoyens, les territoires et les entreprises.

C’est toute la problématique de Louis Bignand, co-président de Terres de Liens dont l’association aide les paysans à accéder au foncier : “Un axe important de nos actions est la sensibilisation des citoyens et l’interpellation des décideurs sur la question de leur responsabilité à l’égard de la terre nourricière … après des décennies pendant lesquelles l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution ont conjugué le “fast” et nous ont incités à mépriser toutes ces valeurs pour s’enrichir au prix de notre santé.”

C’est aussi celle d’Astrid Bouchedor, spécialisée en finances solidaires auprès de “Miramap” (le mouvement inter-régional des Amap) : “Miramap est un mouvement de la société civile rassemblant des producteurs et consom’acteurs, œuvrant pour un partenariat équitable basé sur la confiance, la transparence et la solidarité financière.”

Mais le slow, ce n’est pas “l’éloge de la lenteur”, corrige Marc Bayard, co-inventeur du slow made à travers son expérience au Mobilier national (celui même qui conçoit les meubles du Palais de l’Elysée). Moins critique à l’égard du système, il propose un marché de niche susceptible de redynamiser les savoir-faire et proposer : “des produits qui ont une identité, une âme”.

Les commentaires sont clos.

  1. Passionnante journée d’échanges entre enseignants-chercheurs, collectivités et citoyens. Pour ceux qui souhaitent creuser un peu plus cette thématique, voici les références des trois ouvrages récents présentés à cette occasion:
    – Miramap: Une autre finance pour une autre agriculture. Ed. Yves Michel, 2013
    – C.Vitari, A Arvind, M Bloemen, R Bobulescu et al.: Slow Management: Entreprendre la transition. Ed. Peason, 2013.
    – R.Souchier: MADE IN LOCAL. Emploi, croissance, durabilité: et si la solution était locale? Eyrolles, 2013.

    Raphaël Souchier le vendredi 13 décembre 2013 à 14h54

  2. Militant associatif, j’ai été ravi de faire partie des “privilégiés” pour participer à cet échange. Même si les défenseurs de l’économie de marché pure et dure sont un peu froissés, la remise en cause du PIB comme unique moyen de mesurer la performance de l’Etat, la mise en place d’indices de développement humain, l’apparition de monnaies locales, de fonds d’investissements citoyens, de banques éthiques, de SEL… deviennent les moyens pour les citoyens de voir leur argent mis au service de causes ethniques, écologiques et sociales.
    Félicitations aux organisateurs et à la meneuse de débat…

    Jean-Paul Couillault le vendredi 13 décembre 2013 à 15h47