Commissions de quartier : Des balbutiements de la démocratie aux toilettes sèches

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C’est l’heure du bilan de trois ans de démocratie participative locale à Dijon. Vendredi 6 décembre 2013, les présidents et membres des neuf de sont réunis pour faire un point sur leurs actions, fin de mandature oblige.

Résultat des courses : des rencontres pas forcément satisfaisantes avec les élus, beaucoup de jeux pour enfants, de réalisation de bancs et d’espaces fleuris. Mais surtout, surtout, des toilettes sèches.

“Quand j’entends que les Dijonnais ne sont pas écoutés, je me dis que l’on doit faire connaître certaines choses”, estime . Son opposant dans la course aux municipales, Alain Houpert, les surnomme commissions de propagande. Sauf que ces fameuses commissions de quartier, créées en 2001 sont sensées permettre aux habitants de s’exprimer, échanger avec leurs élus et lancer des projets.

“Libérer la parole citoyenne”, comme le formule joliment le député-maire. “Cela forme à la citoyenneté d’avoir un budget de 40 000 euros à gérer. On comprend pourquoi le temps est parfois long entre la prise de décision et la mise en œuvre.”

1 080 000 d’euros pour trois ans

Il y a neuf commissions de quartier à Dijon. Cela représente 315 membres. La parité a été instaurée en 2001, mais les candidatures mâles sont toujours plus nombreuses, à 56%. Dans la salle du Grand Dijon où se fait ce “débrief” de fin de mandat, la moyenne d’âge est, au bas mot, de 60 ans. Chaque commission a un budget de 40 000 euros par an. Multiplié par neuf commissions pendant 3 ans, cela représente 1 080 000 euros de budget accordés par la mairie pour chaque mandature. Qui ont permis de réaliser soixante projets entre 2011 et 2014.

Voilà pour les chiffres. Parmi les projets, 25 000 euros pour enlever les grilles du square Roupnel, par exemple. Il était “mal fréquenté”, selon la présidente de la commission du centre-ville. Des bacs à ordures, des jardins partagés, etc. Plusieurs beaux projets, comme des réalisations de fresque ou l’installation de balançoires pour enfants handicapés, malheureusement mis en suspens pour l’instant, faute d’entreprise compétente. Mais visiblement, ce qui fait vraiment fureur dans les commissions de quartier, ce sont les toilettes sèches.

Une bonne partie d’entre eux a pris l’initiative d’en installer. Pas question de se faire voler la gloire de l’idée. “Les toilettes sèches, c’est nous”, se rengorge le président de la commission Joffre. “Nous avons fait des émules”. “Effectivement, [le premier adjoint de la mairie de Dijon, NDLR] m’en parle tout le temps”, s’amuse François Rebsamen. “Je sais tout dessus”.

“J’ai très vite vu que l’on n’allait pas débattre”

“Je vois que vous avez des discutions constructives”, ose une membre. “Mais je voudrais dire que beaucoup d’élus ne viennent pas souvent”. Une autre raconte ses déceptions à la commission du Port du canal. “Quand je suis arrivée, je me suis dit qu’on allait débattre. Mais j’ai très vite vu que l’on n’allait pas débattre. On est informés, ça, c’est sûr, et c’est super en tant que citoyen. Mais le flux d’information est toujours descendant. Dans notre quartier, il va y avoir de nouvelles constructions, avec une centaine de nouveaux habitants. Quand est-ce que l’on réfléchit ? Quand les murs seront construits ?”

Si certains se plaignent de l’absentéisme des élus, d’autres voudraient pouvoir organiser des réunions sans eux. C’est le cas d’une membre de la commission de la Fontaine d’Ouche. “On a beaucoup de mal à faire venir les habitants. On s’est posé la question de la présence des élus comme frein à l’expression citoyenne”. Pour François Rebsamen, le règlement du fonctionnement pourrait être adapté à chaque commission. “Il n’y a pas d’uniformité dans nos quartiers… sauf en ce qui concerne les toilettes sèches chères à Alain Millot”. Décidément.

Une démocratie par à-coup

Au quartier Mansard, on s’interroge sur le remplacement d’autorité du représentant élu par un autre. Colette Poppard, en charge du quartier, explique que le représentant élu en question “n’est venu en tout et pour tout qu’une seule fois” et qu’elle a “démocratiquement” (sic) choisi de le remplacer par un autre, sans nouvelle consultation des membres. “Ce n’est pas très démocratique…”, soupire l’habitant agacé

De lourds obstacles se dressent à l’exercice d’une vraie démocratie participative locale dans les commissions de quartier. Pour sa défense, l’actuelle mairie est à l’écoute des problèmes soulevés par les membres et d’une volonté manifeste d’améliorer ce système. François Rebsamen va jusqu’à imaginer “un lieu de rendez-vous réguliers entre élus et citoyens, avec trois minutes pour la question, trois minutes pour la réponse, avec des dates fixes et régulières, comme au parlement”. Allez, encore un petit effort, et on pourra parler de démocratie participative sur d’autres sujets que celui des toilettes sèches.

Les commentaires sont clos.

  1. Un bel article de fond, merci à l’équipe de Sparse pour ce beau reportage sur le terrain avec le ton qu’on lui reconnait bien !

    Ah ? Pardon ? On me dit que c’est un article sérieux écrit par un journaliste.
    Au temps pour moi Miroir-Mag…

    Elian Fiducie le mercredi 11 décembre 2013 à 9h11

  2. Un “mur végétal” minable au Creux d’Enfer, des vécés et quelques colonnes d’affichage surfacturées (pour le prix d’une auto!):
    de qui se moque-t-on? Quid des corbelles pour des quartiers détriturés et des murs insultés. Cela sans compter quelques conseillers nommés (oui!)pour leur ancienneté.
    ZERO POINTE!

    Dijon Autrement le jeudi 12 décembre 2013 à 7h54