“François Hollande et le gouvernement se foutent de nous”

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Ils auront tous un carton rouge à la main. Dimanche 1er décembre 2013, dans toute la France, le mouvement “Stop Hollande” va exprimer son ras-le-bol, notamment fiscal. Un mouvement qui se veut apolitique, bien que clairement en opposition avec le président de la République et le gouvernement en place.

Lancé sur les réseaux sociaux, le mouvement s’est doucement essaimé dans toute la France. À Dijon, un rassemblement est prévu place Wilson. Mais de quelle couleur sera-t-il ? De droite, d’extrême droite ou plus nuancé ?

Avant le départ, nous avons rencontré Sébastien Baret et Sarah qui nous ont expliqué leurs motivations.

Anti-Mariage pour tous, bonnets rouges, Stop Hollande s’inscrit dans cette lignée comme l’assure Mediapart ?

Pas du tout. Nous voulons exprimer notre ras-le-bol fiscal, social. Nous voulons en finir avec cette politique complètement ahurissante et irréaliste du gouvernement actuelle. Destructrice au niveau des entreprises. C’est un mouvement totalement apolitique.

Apolitique, car vous espérez rassembler au sein même de la gauche ?

Cette révolte touche tout le monde. Que l’on soit socialiste ou pour l’UMP. Nous devons y aller ensemble pour montrer que les mesures du gouvernement vont à contresens de ce qu’il faut faire. Nous avons donc clairement précisé que nous ne voulions aucune banderole, aussi bien de parti politique que de syndicat, de communauté religieuse ou je ne sais quoi d’autre.

C’est-à-dire que si des participants veulent sortir un drapeau, ils seront exclus du cortège ?

On peut le penser oui. Nous allons sans doute mettre en place un dispositif pour éviter ce genre de banderole. Après, ils peuvent venir, mais sans banderole. Nous ne craignons pas forcément de récupération tant le mouvement peut concerner l’ensemble de la population.

Nous avons fixé notre date depuis plusieurs mois. Deux semaines après, Jean-Luc Mélenchon appelait à une “révolution fiscale”, le même jour. C’est la première fois qu’on le sent proche des petites et moyennes entreprises. C’est du racolage politique qui lui permet de redorer son blason. Pour moi l’extrême droite comme l’extrême gauche sont des inutiles, des groupes politiques qui n’apportent rien.

Le 11 novembre a, en quelque sorte, marqué la première étape de cette contestation. Vous retrouvez-vous dans l’attitude de ces manifestants qui ont sifflé le président ?

Il y a deux approches possibles. Le choix de la date était des plus mauvais. Le 11 novembre est un moment de commémoration où le silence et le recueillement s’imposent. Mais si le peuple français a manifesté à cette date c’est que le sentiment de colère grandit chaque jour un peu plus. Il s’agit quand même du Président de la République.

Dans les tracts distribués, vous attaquez, dès les premières lignes, les syndicats. Ils ne sont donc plus à même de défendre les travailleurs ?

Qu’ils soient gros ou petits, du patronat ou pour les salariés, les syndicats sont financés par l’État. À ce titre, ils ne peuvent pas être objectifs. Plus proches de nous, nous avons des syndicats comme l’UPA ou la CGPME qui doivent initialement défendre les artisans, mais ne font rien. En tant qu’artisan, notre bête noire est le Régime social des indépendants, une machine de guerre qu’il faudrait éradiquer.

Mais l’UPA a justement lancé une campagne, les sacrifiés, pour tenter de réguler le .

Sauf qu’ils siègent au conseil d’administration du RSI. Ils sont donc parfaitement au courant des problèmes que l’on rencontre. Cette campagne redonne une petite image de marque à l’UPA en se disant ‘tiens on va s’occuper des artisans-commerçants’, mais ça s’arrête là. En vingt ans je n’ai jamais vu un représentant du syndicat venir me voir. Voilà presque sept ans que l’on demande à régler ce problème du RSI, sans succès. Nous avons donc décidé de nous fédérer, seuls, sans syndicat.

Vous parlez du mouvement des tondus. Avant, il y a eu celui des pigeons, des moineaux, des poussins. À force, on s’y perd.

Pas vraiment. Car nos revendications sont toujours différentes. Les tondus rassemblent des chefs d’entreprises. Il y a eu en 2012, 400 suicides chez les chefs d’entreprises, sous la pression de la faillite, des huissiers,…

Les tondus vont donc rejoindre “Stop Hollande”. Avec comme point commun le matraquage fiscal. Si vous ne deviez retenir que deux revendications, quelles seraient-elles ?

Sans conteste l’exonération ou la suppression de la part patronale des charges salariale. Avec l’obligation pour l’employeur de reverser 50% de ce montant à ses salariés. Actuellement, les charges sociales représentent près de 65% des salaires bruts. Pour une entreprise comme la mienne, le niveau de ponction fiscale et sociale est compris entre 85 et 105% : 50 % de charges sociales, 15 ou 33 % d’impôts société, 17 % de prélèvements sur les dividendes et 7 % de Cotisation foncière sur les entreprises (CFE). Cette suppression des charges patronales permettra de remettre une sécurité trésorière au niveau de la trésorerie puis envisager des embauches. Cette suppression des charges permettrait de créer 700 000 emplois en moins de deux ans.

Comme une première réponse, Jean-Marc Ayrault a commencé à consulter pour engager une remise à plat de la fiscalité. Une démarche qui va dans le bon sens ?

Ça fait un an et demi qu’ils sont là. Et en un an et demi, toutes les ponctions possibles et inimaginables ont été envisagées. J’en veux pour preuve qu’ils ont même osé s’attaquer aux petits épargnants en voulant taxer les PEA et PEL. Il a fallu un gros tollé pour faire marche arrière. Nous ne devons donc rien attendre d’eux. Fusionner la contribution sociale généralisée (CSG) et l’impôt sur le revenu (IR), le tout prélevé à la source, résonne pour moi comme une privation de la possibilité de faire une grève de l’impôt.

C’est selon vous la solution pour faire reculer le gouvernement ?

C’est en effet un moyen de bloquer ou tenir l’État. Et ça les ministres en ont bien pris conscience. De plus, la refonte de la CSG sera une façon déguisée de récolter un impôt supplémentaire.

À la table du ministre, que proposeriez-vous alors ?

Il faut revoir le système de part et donc redéfinir les différentes tranches. À titre d’exemple, il ne faut pas ponctionner la tranche complète quand on dépasse un niveau. C’est ça la justice fiscale. Quand on prive un chef d’entreprise de sa trésorerie, on prive aussi l’économie de futurs investissements et le pays de création d’emploi. Le bénéfice d’une entreprise ne doit pas servir à boucher les trous de l’État.

En somme, il y en a marre de payer. Aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers. Sur la feuille d’imposition de cette année, il y a une mesure passée totalement inaperçue : la limitation à sept chevaux fiscaux des véhicules pour le calcul des frais réels

Est-ce par crainte d’une récupération politique que vous n’avez pas essayé de sensibiliser les parlementaires locaux à votre cause ?

J’ai tenté d’interpeller François Sauvadet [député UDI et président du conseil général de Côte-d’Or] sur les réseaux sociaux tout comme Pierre Moscovici. Sans réponse à ce jour. Mais quand on voit les avantages d’un député ou d’un sénateur, on comprend qu’ils ne se battent pas pour nous. Le principal souci est d’acquérir à vie leur poste. Le collectif demande par exemple de refondre totalement le système politique en fusionnant départements et régions ou Assemblée nationale et Sénat. J’ai honnêtement le sentiment que l’État, le gouvernement et même l’ensemble de la classe politique se fou de notre gueule. C’est du mépris.

Les commentaires sont clos.

  1. Le problème est réel, son exploitation aussi… Rendre efficace, lisible et équitable notre système fiscal est un vieux projet, toujours remis aux calendes (Barre se proposait déjà de tout mettre à plat, Chirac l’en empêcha). La pression fiscale sur les PME est indéniable. L’empilement des strates administratives et politiques est onéreux, inefficace. Mais qui aura le courage de se mettre à dos TOUTE la classe politique et ses affidés pour réaliser enfin les réformes qui nous permettront de passer au XXIème siècle ? Laissons sa chance à Ayrault pour que cette remise à plat débouche sur une système neuf…si Bercy ne fait pas une obstruction destructrice. Et jugeons après.

    andorcet le samedi 30 novembre 2013 à 9h16

  2. Avant la loi de 1973 dite “rotschild”, notre pays pouvait créer sa monnaie auprès de la Banque de France et la rembourser sans intérêt. Depuis cette infamie, et depuis le traité de Maastritch (signé en 92) qui a vraiment rendu cette loi applicable à toute l’U.E., nous devons emprunter aux banques privées et rembourser à taux fort. C’est entre 40 et 50 milliards que nous remboursons chaque année aux grands financiers…une broutille! Et il ne s’agit que du remboursement des intérêts là!! Depuis 40 ans donc, si l’on fait le calcul… et bien on tombe tout simplement sur le fameux chiffre de l’endettement français actuel. Môsieur Hollande continue donc cette mascarade du remboursement de la dette et en fidèle toutou de nos vrais maitres au parlement européen, il nous invente toute une série de taxe… Dites-leur Môsieur Hollande! Dites leur que la seule solution c’est de quitter l’U.E. qui nous prend tout en exigent toujours plus de sacrifice à son peuple. Un peuple qui croit d’ailleurs encore qu’il s’agit de changer de vote pour voir changer les choses!

    ma3xhunter le samedi 30 novembre 2013 à 12h45

  3. Ma3xhunter: je connais quelqu’un d’autre qui pense exactement comme vous.

    CamilleG le dimanche 1 décembre 2013 à 10h19

  4. Ras-le-bol qui mérite de s’exprimer.
    Mais si on pouvait arrêter de tout mélanger : le suicide des entrepreneurs en 2012, s’il faut lui trouver une cause dans la fiscalité, elle vient de 2011, donc…
    “Les syndicats financés par l’Etat”… Sébastien et Sarah voient dès lors un manque d’objectivité des syndicats. Si ceux-ci étaient pro-Etat, cela se saurait. Les travailleurs cotisent aussi non ?

    Mouvement apolitique, sans les syndicats, refusant les organes de représentation ?

    A ma3xhunter : Je vous rejoins sur la soumission aux banques privés, mais je n’ai pas trop envie que la France sorte de l’Europe, que celle-ci implose et que nos pays soient soumis à des phénomènes inflationnistes, et soient sous le joug des multinationales supra-étatiques. Il faut une autre Europe avant tout.

    Phil le dimanche 1 décembre 2013 à 17h07