Maris violents, à la porte !

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Il est déjà assez difficile pour une femme victime de d’aller faire la démarche de porter plainte. Elles se trouvent dans des situations mêlant parfois amour et violence, souvent en état de grande détresse psychologique. Et quand en plus, il faut quitter son foyer, mais aussi ses amis, changer ses enfants d’école, cela devient rapidement un calvaire. Une piste de solution : que le conjoint parte, sur ordre de la justice.

Une convention a été signée, lundi 25 novembre, à Dijon, pour faciliter l’éviction du mari violent. “Faire sortir d’un logement celui qui était venu y porter le désordre”, selon les mots du préfet, Pascal Mailhos. Les magistrats promettent de recourir dès que possible à cette méthode. Un réseau d’hébergement sera mis en place par les associations pour accueillir et prendre en charge le conjoint expulsé.

“Ces femmes sont doublement victimes”

“Quand elles doivent partir de chez elles avec leurs enfants et tout quitter, ces femmes sont doublement victimes”, déplore Marie-Christine Tarrare, Procureure de la République à Dijon. “Nous allons pouvoir éloigner le mari violent dans l’attente ou dans le cas d’une condamnation pénale.” Les associations de défense des femmes, comme Solidarité Femme 21, réclamaient cette mesure. “À deux conditions”, précise Anne Joseleau, directrice de l’association. “D’abord que la victime soit d’accord avec cela. Parfois, elles veulent fuir le lieu où ont eu lieu les violences. Mais il faut aussi que le conjoint soit pris en charge”.

Des mesures d’éviction du conjoint ont déjà été prises par la justice dans le passé à Dijon, mais la signature de cette convention devrait les faciliter. “Avant, on demandait au mari s’il pouvait rester chez de la famille, des amis. Maintenant, on pourra l’envoyer dans un hébergement associatif”, assure la procureure. “Ce seront des endroits spécifiques, pas d’urgence”, détaille Jeannine Grosjean, présidente de l’association d’entraide des familles ouvrières (Adefo).

Il ne s’agit pas seulement d’héberger, mais aussi d’accompagner le conjoint expulsé. Chercher à comprendre et lui faire comprendre son geste, recueillir des informations en vue d’une procédure judiciaire… “C’est une avancée de plus en direction de ce problème”, estime Jeannine Grosjean. “Mais cela ne gomme pas toutes les difficultés”.

“Partir trois jours et revenir, c’est dangereux”

“C’est un outil de plus pour les magistrats et la police”, récitent en cœur Marie-Christine Tarrare et Pascal Mailhos. “Il faut avancer. On disait que l’on ne pouvait pas éloigner l’auteur de violence, qu’il pouvait toujours revenir. La belle affaire”, tranche le préfet. La situation des femmes qui vont enfin porter plainte devrait s’en trouver meilleure.

Quand elles n’ont pas le choix, la situation n’est guère meilleure. “Partir, cela ne se fait pas du jour au lendemain”, explique Anne Joseleau. “Et partir pour revenir trois jours après, c’est dangereux. Les violences sont multipliées.” Parfois, la femme paye le loyer ou est propriétaire du logement. “Pourquoi devraient-elles partir ?”, s’agace Anne Joseleau.

Entre 400 et 480 affaires par an en Côte-d’Or

“Il faut améliorer la réponse pénale aux violences conjugales”, résume la procureure. En Côte-d’Or, il y a chaque année entre 400 et 480 affaires de ce genre devant les tribunaux. Mais on considère qu’une femme victime de violences conjugales sur dix seulement porte plainte.

Il faut se rendre au commissariat, affronter sa honte et accepter le constat d’échec de son couple, faire face à des policiers parfois pas très coopératifs. “On leur dit que c’est la première fois, que ça va s’arranger. Ou alors, si ça dure depuis des années, on les culpabilise : “ce n’est que maintenant que vous venez nous voir” ?”, raconte Anne Joseleau. Selon la présidente de Solidarité Femmes 21, une plaignante sur deux abandonnerait les démarches.

“Je ne jette pas la pierre aux policiers”, tempère-t-elle. “Ce sont les limites de leur façon de fonctionner. Mais je me souviens d’une jeune fille qui était venue une première fois chez nous, sans oser pousser la porte. Et pourtant nous sommes une association, donc a priori plus chaleureuse qu’un commissariat. Ça lui a pris cinq ans pour trouver le courage de revenir”.

“Il y en aura toujours qui ne porteront pas plainte”

Il existe des travailleurs sociaux, formés pour recevoir les plaintes délicates. Selon le préfet, les violences conjugales représentent 60% de ceux de la police, 70% à la gendarmerie. La ministre du droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a promis de doubler leur nombre. “Elles ne seront pas de trop”, commente Anne Joseleau.

En proposant une autre solution aux femmes victimes de violences conjugales que celle de quitter leur foyer, Pascal Mailhos espère “que cela incitera à un plus grand nombre à aller porter plainte”. Face au constat de neuf femmes sur dix qui taisent leurs souffrances, “ou on baisse les bras, ou on se bat”, estime le préfet. “Alors on essaye de grignoter ces constats, mesure par mesure”.

“Il y en aura toujours qui ne porteront pas plainte”, soupire Anne Joseleau. “Mais cette proportion, on peut la réduire. Si la moitié le signalait, cela serait déjà bien. Le problème, c’est qu’on voudrait qu’elles aillent porter plainte, mais on ne les laisse pas savoir que cela peut se faire. Il faut constamment informer sur ce sujet. Et pas seulement le 25 novembre et le 8 mars, il faut arrêter ces conneries”.

Les commentaires sont clos.

  1. Enfin une mesure de bon sens qui va dans le bon sens. La société qui va vraiment au secours des femmes ( et des enfants) en prenant en charge les maris violents. Un foyer pour les hommes violents est une évidence de début de solution. Bravo !

    Constant le vendredi 29 novembre 2013 à 10h30