La colère des “martyrs” de l’éolien

Photo Jérémie Lorand

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Surplombant la rivière Le Chiron, le petit village de Chevigny semble bien calme, comme endormi. Au pied de l’église, une discrète pancarte jaune martelée de grosses lettres “Avis d’enquête publique”.

En levant son regard vers l’horizon, un mât rouge et blanc se détache, très largement. Sa hauteur en fait frémir plus d’un dans les environs. Il préfigure la taille des futures éoliennes qui doivent être installées sur le plateau, à moins d’un kilomètre de là…

À en croire le schéma directeur de la région Bourgogne, à l’horizon 2020, 600 à 700 éoliennes devront quadriller le territoire. Alors, quand la contestation se fait jour c’est un peu David contre Goliath. Des petits collectifs associatifs contre des collectivités, des pouvoirs publics, des entreprises.

Une opposition grandissante

“Les futures éoliennes ? Il faut suivre la route après le bosquet vous allez voir y’a un poteau on peut pas le louper et c’est que le début”. Avec un accent bourguignon des plus authentiques, cet ancien paysan à la retraite de Beaumont-sur-Vingeanne s’appuie sur sa canne, s’arrête. Un hélicoptère du Samu survole le village et vient se poser. “Je suis un peu sourd, je me demandais ce que c’était”, lâche-t-il dans un sourire. “Je n’ai plus la force de me battre, mais j’espère que d’autres le feront”. Les mats de 180 mètres s’élèveront à quelques kilomètres là.

Photo Jérémie Lorand

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“Au fur et à mesure que le promoteur dévoile les photomontages, les habitants sont effarés par la monstruosité de ces engins”, commente pour sa part Danielle Tkatchenko. “Nous nous sentons totalement trompés sur ce projet, les puissances ont été augmentées, les tailles aussi [d’après les militants, elles devaient initialement faire 110 mètres puis 150, NDLR]. Il faut imaginer des monstres avec des flashs lumineux la nuit”. Si bien qu’une association s’est formée : Val de Vingeanne pour le val du même nom et le projet du Mirebellois (Voir la carte des implantations ci-dessous).

Derrière ce nom, . Depuis deux ans il se bat contre ce projet “d’éoliennes industrielles” qui va selon lui défigurer toute cette partie du département. “Le premier parc doit s’implanter entre Beaumont et Bèze, deux splendides villages. Un endroit bizarrement choisi”, concède-t-il.

Il y a deux ans, l’association était montée au créneau pour s’opposer à la création d’une Zone de développement (ZDE) avec jusqu’à cinquante éoliennes. Sauf que depuis, la loi dite “Brottes”, visant à préparer la transition vers un système énergétique plus sobre a supprimé ces ZDE et la règle des cinq mâts qui conditionnaient la possibilité de bénéficier des tarifs d’achat réglementés auprès d’EDF.

Huit éoliennes sur la plaine

“Les deux communes se sont précipitées dans la brèche”, souligne Michel de Broissia. Et elles auraient oublié l’essentiel : le potentiel du secteur. “C’est vrai que ça souffle aux quatre vents sur ce plateau”, assure l’ancien agriculteur. Mais pas suffisamment à en croire le président de l’association Val de Vingeanne : “Nous bénéficions des statistiques des stations météorologiques de Til-Chatel et Chargey-les-Gray et ils sont sans appel. Un même régime de vent s’applique sur cette bande, c’est-à-dire un vent faible par bourrasque, à l’opposé d’une production d’énergie homogène”.

Alors que la filière éolienne en Bourgogne représente déjà plus de 1 000 emplois, le conseil régional a publié, en 2005 un atlas d’une centaine de pages sur le sujet. À renfort de cartes et d’enquêtes statistiques, la région, qui promeut le développement d’un cluster propre à la filière, a défini des zones où les gisements de vent étaient plus conséquents. La plaine de Mirebeau, légèrement plus au sud, y figurait bien.

“Une éolienne de la même proportion et de la même puissance, installé dans le parc de Saint-Seine-l’Abbaye produirait huit fois plus d’énergie. C’est dire la démesure”, calcule Michel de Broissia. En somme, selon ses calculs, il serait possible de remplacer huit éoliennes par une seule, dans une zone suffisamment ventée.

Photo Jérémie Lorand

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“On se bat pour nos paysages, pour notre territoire, pour notre vallée, mais si on nous avait apporté la preuve que c’est un moyen de lutter contre les problèmes énergétiques, alors nous nous serions inclinés”, ajoute l’homme. “Les documents d’Éole-Res [le promoteur] attestent que les éoliennes ne remplaceront jamais l’énergie nucléaire. Puis ils ont le culot de dire que les éoliennes vont venir en soutien aux centrales thermiques”. Par un procédé très simple : Pour pallier les à-coups, il faudrait construire des centrales à charbon ou au gaz.

Faux, à en croire le réseau “Sortir du nucléaire” qui explique que c’est l’effet inverse qui se produit. “C’est totalement pipeau”, rétorque Michel de Broissia qui a lancé une grande campagne pour sensibiliser les habitants du coin.

Nous avons l’impression d’être colonisés

Et c’est par le biais des réseaux sociaux que cette dernière se déroule. Un père et un enfant se promènent dans les petits villages de la vallée : “C’est beau la Bourgogne, hein papa”, lance-t-il. “Oui c’est un peu comme l’Allemagne”, répond ce dernier alors que derrière lui s’étend un vaste champ d’éoliennes. À renfort de photomontage, l’association met en avant les inconvénients d’une telle installation.

“Nous avons l’impression d’être colonisés”, lance Michel de Broissia. “Les promoteurs arrivent en ayant l’impression de sauver le monde, c’est dramatique”. Sur une autre affiche, un touriste s’exclame : “C’est marrant dans cette vallée, dès qu’il y a un château, il y a aussi des éoliennes”. Avec près de 200 sympathisants, l’association espère avoir le dernier mot et faire reculer les diverses instances sur ce projet même si l’enquête publique pour l’installation des huit mâts est bien en cours et doit s’achever le 5 décembre prochain.

Dans nos colonnes, François Patriat, président PS du conseil régional de Bourgogne, dénonçait ces tactiques : “Je crois que nous devons passer de l’ébriété à la sobriété énergétique. Nous devons accepter d’avoir demain 50% d’énergies renouvelables : le bois (20%), le vent (30%), la biomasse et le solaire – pour lesquelles je me heurte d’ailleurs à des stratégies féodales”.

“Nous sommes perçus comme des empêcheurs de tourner en rond”, assume Danielle Tkatchenko. “Mais à chaque fois, ils modifient leurs discours, améliorent les arguments commerciaux,…” Le président de l’association nourrit même quelques doutes sur l’appel d’offres. “C’est trop absurde, trop excessif, on se sent martyrisé”…

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Les commentaires sont clos.

  1. Les éoliennes présentes en Bourgogne détruisent elles le paysage ? Non. Font-elles du bruit ? Non.

    La résistance anti-éolienne s’est elle investi face à la prolifération des panneaux publicitaires ? aux lignes à hautes tensions ? aux grandes surfaces ?

    CItoyendijonnais le jeudi 28 novembre 2013 à 0h33

  2. Quand on n’a pas remarqué qu’il n’y avait ni panneaux publicitaires, ni lignes à haute tension, ni grandes surfaces dans les lieux choisis et dont il est question ici, ce n’est pas étonnant que vous ne voyez pas et n’entendiez pas les éoliennes ! Moi je ne suis ni aveugle, ni sourde…
    Ceux qui ont choisi de vivre à la campagne ont choisi de ne pas vivre dans une zone industrielle ! Il n’est pas question, avec ces éoliennes d’intérêt publique, mais bien d’ARGENT.Renseignez-vous !

    CitoyenneDeLa Campagne le vendredi 10 janvier 2014 à 12h18

  3. Comment font ces sociétés pour convaincre les élus et obtenir la signature des propriétaires de terrain ?

    CANSAGRONDE le vendredi 17 janvier 2014 à 15h53