Avec quoi nourrirons-nous les dix milliards de bouches, demain ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Des bouches à nourrir par milliards, c’est le défi qui attend la planète, demain. Un objectif de plus en plus en plus compliqué à atteindre quand on sait que l’agriculture intensive – celle de la surabondance post-1945 – a appauvri les terres cultivables et pollué les sols en profondeur à force d’intrants chimiques.

De ce fait, la recherche s’oriente aujourd’hui sur des solutions plus douces : tenter le défi de la protection environnementale pour produire une alimentation de qualité. Elle répond, en fait, tout “naturellement” à l’appel du marché.

“De la fourche à la fourchette”

La qualité environnementale, ce n’est pas seulement “de la littérature” comme dirait Pierre Guez, patron de et de Dijon-Céréales. C’est désormais du concret : une niche mondiale capable de commercialiser des produits innovants aux quatre coins du monde. La Bourgogne, déjà dans la course de l’agroalimentaire avec son pôle national de compétitivité Vitagora s’est dotée, vendredi 22 novembre 2013, d’une nouvelle unité.

Situé à Bretenières sur les terres de l’Inra, le futur technopôle Agronov devrait se transformer d’ici au 4e trimestre 2014 en véritable pépinière d’entreprises spécialisées dans l’agroalimentaire environnemental. Et avec lui, “De la fourche à la fourchette”, il n’y aura bientôt qu’un pas, résume le président du Grand Dijon, François Rebsamen lors de l’inauguration du site.

Sauf que de fourches – trop désuètes, il n’y en aura probablement moins besoin que de microscopes. Et qu’en fait de fourchette, les entreprises recherchent déjà plutôt à toucher les porte-monnaies bien fournis.

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Génétique…

Il est celui qui a fait le pont entre l’Inra et le projet d’Agronov mené par le Grand Dijon, Jacques Brossier était le président du premier et l’initiateur du second. “Nous sommes le premier technopôle agro-environnement où la recherche des laboratoires côtoie les entreprises innovantes. Il n’y en avait pas ailleurs. Dijon est un peu en avance”, vante-t-il.

“Le projet du technopôle d’Agronov, c’est d’avoir ce qu’on appelle une agriculture durable qui puisse produire à partir des capacités d’autodéfense des plantes, pour mettre moins d’engrais et de traitements phytosanitaires.” Les consommateurs exigent moins de pesticides ? Qu’à cela ne tienne, l’agro-industrie environnementale lui offrira la génétique. “Pour éviter d’ajouter de la chimie, l’objectif est de travailler en amont, sur les capacités naturelles des plantes à se protéger.”

Mais voit-il l’avenir complètement en vert ? Pas sûr : “Une partie seulement, car il y aura toujours besoin d’une agriculture plus industrielle pour produire pour l’ensemble des humains. Il faut reconnaître qu’une agriculture qui protège fortement l’environnement a peut-être un peu moins de rendement, et coûte plus cher.”

… Et gros contrats

L’agroalimentaire respectueux de l’environnement a donc pour le moment vocation à rester une niche, dans le monde de l’industrie agroalimentaire. Ce dernier s’avère être un business fructueux sur lequel mise la Bourgogne, en tant que pôle de compétitivité. Le président de Vitagora, Pierre Guez soutient :

“Le pôle a aujourd’hui une activité très forte à l’export, il a signé avec 7 pays – dont la Russie, le Japon, la Corée du Sud – des contrats. D’aillleurs le 5 décembre, une délégation coréenne vient signer des contrats de participation avec le laboratoire Sanalab, la société Seb, etc. Ils sont intéressés par le pain. C’est la farine de Dijon, des produits de la société Eurogerm, qui prendront le chemin de la Corée demain.”

Le pain comme moteur

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L’agriculture, plus qu’un moyen pour nourrir les milliers de bouches bourguignonnes, est donc désormais une façon de faire tourner à plein régime le commerce à l’export dans la région. C’est aussi un support d’innovation et de création de produits nouveaux susceptibles d’ouvrir de nouveaux marchés.

“En vingt ans, nous avons fait évoluer la gamme des produits. À l’époque, il y avait du pain long et de la miche. Aujourd’hui, vous entrez dans une boulangerie, vous avez trente possibilités d’acheter des pains spéciaux. Tout cela, c’est la recherche-développement qui l’a fait. C’est hyper important, c’est la diversification de l’offre qui fait qu’on se positionne sur les marchés.”

La plus grosse réussite de Vitagora parmi une centaine de projets, c’est son petit pain “G-Nutrition”, qui “combat la dégénération des personnes âgées”. De quoi nourrir les millions de bouches âgées pour les années à venir.

Les commentaires sont clos.

  1. Pourquoi pas … mais à condition que les associations de consommateurs en France et les ONG qui oeuvrent pour une agriculture vivrière et durable dans les pays du Sud aient aussi droit au chapitre et pas que les industries agro alimentaires qui recherchent déjà le fric avant le bien-
    être des populations.

    jd21 le lundi 25 novembre 2013 à 15h28

  2. L’avenir de notre planète me fait vraiment peur…

    CamilleG le lundi 25 novembre 2013 à 18h51