A Noël, votre sapin sera morvandiau ou ne sera pas

Photo Jonas Jacquel

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Vous faites probablement partie des 5,5 millions de foyers français qui se plient à la tradition : dans quelques jours vous installerez au milieu de votre salon un joli sapin de Noël. Qu’il soit épicéa, Nordmann ou même en plastique, il accueillera à son pied les cadeaux familiaux.

Une tradition qui s’étend jusque dans la cour du palais de l’Elysée à Paris. Certes, le sapin du président de la République mesure onze mètres de haut, mais le vôtre n’a rien à lui envier. Car même si vous l’achetez à Ikea, il viendra probablement aussi du Morvan…

Une star à abattre

Comme pour une exécution publique, tous les yeux étaient rivés sur cette “personnalité” que l’on s’apprêtait à abattre jeudi 21 novembre dans la forêt de Montsauche-les-Settons, en plein cœur du Morvan. Les pieds enfoncés dans plus de vingt centimètres de neige, plusieurs caméramans et photographes mitraillent la future star de la cour d’Honneur de l’Elysée. On s’attarde sur sa ligne élégante, sa robe parfaitement fournie.

Photo Jonas Jacquel

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Planté là sagement depuis 22 ans dans les champs de sapins de Noël de l’exploitation de Jean-Christophe Bonoron, force est de constater que le sapin de l’Elysée est majestueux. Parmi tous ses voisins, “il a été scrupuleusement choisi par les gens du Palais”, commente fièrement Frédéric Naudet, président de l’association française du sapin de Noël naturel. C’est en effet elle qui offre au président de la République ce cadeau d’une valeur de plusieurs milliers d’euros.

Puis vient l’heure de démarrer la tronçonneuse. En moins d’une minute, le géant de onze mètres s’effondre au sol, sans la moindre casse. Le professionnel coupe la machine, soulagé : “il est tombé pile-poil où on voulait. C’est toujours difficile d’abattre un arbre de cette taille là quand il fait froid”. Dans quelques jours, il partira chez son décorateur en Seine-et-marne, avant d’être installé dans la cour de la présidence à la mi-décembre, “entre deux visites officielles”.

80% des sapins de Noël sont français

Frédéric Naudet et Jean-Christophe Bonoron | Photo Jonas Jacquel

Frédéric Naudet et Jean-Christophe Bonoron | Photo Jonas Jacquel

Mais sous la neige morvandelle ce jour-là, Jean-Christophe Bonoron n’est pas le seul à travailler. Tout comme ses concurrents, il emploie à cette période de l’année une quinzaine de saisonniers, qui s’affairent dans la centaine d’hectares de l’exploitation.

Car le Morvan est LA terre nourricière des sapins de Noël. Avec 1 400 hectares de production, la Nièvre compte environ 150 exploitants dont une vingtaine vivant exclusivement de ce marché. C’est d’ailleurs la première source de revenu ici, dans le canton de Montsauche. “On plante de plus en plus de variété Nordmann, car elle ne perd pas ses épines, mais toujours beaucoup d’épicéa aussi, car c’est le sapin des odeurs, le sapin de l’enfance”, commente Jean-Christophe Bonoron.

Photo Jonas Jacquel

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Alors le long des routes du Morvan fin novembre, c’est un peu l’ambiance des vendanges. Des plus petits aux plus grands, tous s’affairent à emballer les sapins dans leur filet de plastique. En moyenne, le sapin d’un mètre quatre-vingt que vous achèterez dans quelques semaines a une dizaine d’années. Quatre ans en pépinière depuis l’état de graine, puis six ans en pleine terre.

Et n’allez pas parler de crise. Tradition oblige, les chiffres de vente sont stables. “Il s’agit d’une production majoritairement nationale, qui a même tendance à augmenter”, commente Frédéric Naudet. En France, environ 80% des sapins de Noël naturels consommés sont français.

Ikéa dans le viseur

Photo Jonas Jacquel

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“On a affaire, là, à un vrai produit de notre terroir comme les autres produits de l’agriculture “, détaille Frédéric Naudet, profitant de l’événement élyséen pour faire la promotion de la filière horticole. “C’est Nicolas Sarkozy en 2007 qui avait souhaité, le premier, communiquer sur la présence d’un sapin français dans la Cour du palais”.

Car si les ventes sont stables, les modes d’achat évoluent. Tous ne vont pas à la Fête du sapin de Noël de Saulieu acheter directement aux petits producteurs leur sapin de Noël. De plus en plus cèdent légitimement à la facilité des grandes surfaces qui proposent des tarifs attractifs. Désormais premier sur le marché, le fabricant de meubles Ikéa attire chaque année de plus en plus de clients. A une vingtaine d’euros le sapin naturel, 19 € sont remboursés en bons d’achats et 1 € est versé à l’ONF.

Et c’est justement ce qui fait bondir la filière horticole, considérant qu’Ikéa donne une mauvaise image de la profession – sous entendant que la coupe d’un sapin fait du mal à la forêt et nécessite une compensation à l’ONF. “Or c’est tout le contraire”, confie Frédéric Naudet, puisque les sapins sont plantés spécialement pour cette industrie.

Alors quand Ikéa est venu voir l’association française du sapin de Noël naturel, “on leur a clairement dit qu’il était hors de question de signer un partenariat avec eux”, poursuit Frédéric Naudet. Certains producteurs acceptent de travailler avec le grossiste en meubles, mais pas tous : “Tout ce que vous ne pouvez pas mettre ailleurs comme sapin vous le mettez pour Ikéa, et hop ça part”. Dans les mois à venir, une référence ” label rouge ” pour le sapin de Noël devrait d’ailleurs voir le jour.

Les commentaires sont clos.

  1. L’abbattage de ces arbres à cette fin restent une gigantesque bétise anti-écologique…

    Dijon Autrement le samedi 23 novembre 2013 à 8h18

  2. Paix au sapin qui va terminer sa vie dans le Palais de l’Elysée…

    CamilleG le dimanche 24 novembre 2013 à 19h07

  3. L’abattage de sapins de Noël n’a rien d’anti-écologique. Ils ont été plantés depuis le début dans cette optique. Il n’y a rien de différent entre couper des sapins de Noël, faucher un champs de blé ou arracher des carottes. Il vaut mieux avoir un sapin de Noël naturel, symbole de vie, qu’un arbre artificiel en plastique bien plus polluant à fabriquer et à recycler.

    Vincemorvan le lundi 25 novembre 2013 à 11h13