À l’assaut du marché caché de l’emploi

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Dans sa veste de costume noire, Corentin détaille, sans une pointe d’hésitation, les raisons qui l’ont poussé à suivre cette opération peu banale. Cet ancien animateur radio de 19 ans, féru de théâtre, va participer avec une centaine d’autres personnes issues de l’agglomération dijonnaise aux premières “moissons de l’emploi”.

Leur mission, si toutefois ils l’acceptent, sera d’égrainer une grande partie des commerces et des entreprises du Grand Dijon. Ils vont devoir recenser leurs besoins en matière de recrutement et détecter collectivement des offres d’emploi cachées susceptibles de déboucher sur des embauches. Mais attention cette mission s’achèvera dans une semaine.

Faire germer avant de récolter

Il signe et il persiste. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a réaffirmé mercredi 20 novembre 2013, l’objectif de François Hollande de voir la courbe du chômage s’inverser dès la fin de cette année. Des déclarations qui font suite aux prévisions, très pessimistes de l’OCDE la veille. “C’est une priorité”, martèle Pascal Mailhos, le préfet de région. À son arsenal les emplois d’avenir, les contrats de génération et cette initiative, inédite, qu’il a ramené du département de l’Yonne.

“Voilà deux ans que dans ce département, des demandeurs d’emploi vont directement démarcher les entreprises. Si l’idée originelle est alsacienne, le préfet espère la voir essaimer dans l’ensemble de la région.”30 % des offres d’emploi transitent par ”, poursuit le préfet. “Le but de cette opération est de permettre à une centaine de demandeurs d’emploi d’aller directement à la rencontre de 2 500 entreprises”.

Alors pourquoi ce si faible taux d’insertion au niveau de Pôle emploi ? L’administration précise qu’il s’agit d’une moyenne qui varie beaucoup selon les secteurs : dans les professions médicales, d’autres canaux sont utilisés alors que le bâtiment va être surreprésenté. Nathalie Koenders, adjointe en charge du commerce à la mairie de Dijon précise ce propos : “Les petits commerçants, par manque de temps souvent, ne font pas les démarches et vont se contenter d’un petit papier sur leur vitrine ou comptoir”.

Nous offrons un service, celui de rendre visible une offre qui ne l’était pas

C’est justement ces offres-là que les jeunes vont devoir traquer. Par équipe de deux, ils vont démarcher 1 669 entreprises sur le centre-ville, 364 sur le parc économique de la toison d’Or – hors centre commercial qui a bénéficié, au moment de son inauguration, d’une démarche spécifique – et 519 sur la zone industrielle Cap Nord.

En quelques sortes, le demandeur d’emploi devient acteur de son potentiel recrutement. Au fils des moissons, il s’engage à mettre dans un “pot commun”, l’ensemble des offres récoltées. “Ils auront ensuite quinze jours pour éventuellement postuler”, détaille Michel Bachelard, président de la maison de l’emploi. “Passé cette échéance, les offres seront publiées sur le site de Pôle emploi”.

Trois types de moissons vont s’offrir aux bénévoles. Physiques, sur rendez-vous et par téléphone. Les rendez-vous ont d’ores-et-déjà été pris et ne concernent que les entreprises de plus de trente salariés. Les autres entreprises pourront être démarchées dans la semaine. Quoi qu’il en soit, elles ont été informées de la démarche en cours, par l’association Shop’in Dijon notamment, pour les inciter à participer.

Et les retours d’expérience des autres départements sont plutôt bons : “Lors de la dernière opération, à Auxerre, nous avons recueilli plus de 330 offres”, complète Olivier. C’est lui qui pilote le projet icaunais et il est venu prêter main-forte à l’équipe dijonnaise : “Ces 110 personnes, volontaires et bénévoles, sont des commerciaux non vendeurs”, schématise-t-il. “Nous offrons un service, celui de rendre visible une offre qui ne l’était pas”. Avec en complément la distribution systématique de documentation sur les dispositifs de l’État pour promouvoir l’emploi.

Une formation spécifique

On pourrait avoir l’impression que cette centaine de personnes effectue le travail inhérent à l’administration. Et pourtant ce n’est pas comme ça que Corentin perçoit l’opération. “Lorsque mon conseiller de la mission locale m’a présenté ce projet, j’ai directement fait part de mon intérêt. C’est un projet collectif et surtout solidaire. Nous ne sommes pas livrés à nous même, nous avons reçu une vraie formation durant plusieurs jours”.

Cette formation s’achevait jeudi 21 novembre. Elle consistait à donner les clés pour bien moissonner à travers des cours théoriques le matin et des “jeux de rôle”, l’après-midi comme des simulations d’entretien. “Nous remettons de l’humain, nous créons du lien social au-delà des dispositifs déjà existants”, se félicite le préfet. Il voit dans ce lien une clé majeure pour booster la création d’emploi et l’embauche. “C’est un moyen de bousculer les habitudes, faire tomber les préjugés : faire découvrir de nouveaux métiers aux moissonneurs et donner une nouvelle image du demandeur d’emploi au chef d’entreprise”.

Pôle emploi a chiffré à 32 000 le nombre de projets de recrutement en 2013 dont 40% des projets jugés difficiles. Car à chaque hausse du chômage, la question des postes vacants refait surface. Le secteur de la restauration est ainsi particulièrement marqué puisque 73,9% des recrutements sont jugé difficiles selon l’enquête BMO de Pôle emploi. Pour autant, le préfet ne se donne pas d’objectif : “Le maximum”, lâche-t-il dans un sourire.

Les commentaires sont clos.

  1. 70% des postes sont pourvus sans annonces ! C’est ça le marché caché de l’emploi en France.
    Pour le travailer, il existe plusieurs méthodes :
    http://www.explorajob.fr

    Xav du 421 le mercredi 26 février 2014 à 16h21

  2. 70% des postes sont pourvus sans annonces ! C’est ça le marché caché de l’emploi en France.
    Pour le travailer, il existe plusieurs méthodes :
    – la candidature spontanée
    – le réseautage
    – la présence dans les CVthèques des recruteurs
    – la veille sur les sites emplois des entreprises
    Je viens de découvrir le site http://www.explorajob.fr qui permet de multiplier les candidatures spontanées, de façon ciblée. Je gagne un temps considérable dans ma veille.

    Xav du 421 le mercredi 26 février 2014 à 16h24