La pollution tue, l’air de rien

Parfois, dans les rues de Dijon, l’atmosphère est irrespirable aux heures de pointe. Les rues embouteillées sont chargées d’un air suffocant. Pas autant qu’à Pékin, où certaines écoles ont placé leurs cours de gym sous une bulle purifiée, où l’on porte un masque filtrant les particules lorsque l’on se promène dans la ville. Pas autant qu’à Pékin certes, mais suffisamment pour se poser la question de cet ennemi invisible, la de l’air.

Ennemi parce qu’elle a été soupçonnée, puis classée cancérigène certain par le centre international de recherche contre le cancer (CIRC), le mois dernier. Invisible, mais seulement à l’œil nu, puisque ses conséquences sont, elles, bien mesurables. Infections de l’arbre pulmonaire, vulnérabilité prononcée aux virus et autres attaques du système immunitaire, cancers du poumon et de la vessie, elle provoque la mort prématurée de 40 000 personnes en France par an. L’air que l’on respire est aujourd’hui sous haute surveillance.

En Bourgogne, il est bel et bien pollué à certains endroits, mais quand et par quoi ?

Le bruit de fond : “un cocktail permanent”

Venues des sables du Sahara, de l’érosion des sols ou des embruns marins, les poussières naturelles qui se soulèvent et se déposent au gré de la météo, se combine à celles issues de l’activité humaine. “Vingt-cinq substances sont réglementées et évaluées de près par notre association”. Sandrine Monteiro, directrice d’Atmosf’air Bourgogne ne les énumérera pas, mais parmi elles se trouvent les particules fines issues des pots d’échappements, les métaux lourds sortis du ventre de l’industrie saône-et-loirienne, le secteur artisanal ou encore le chauffage au bois. Il y a les oxydes d’azote générés là encore par les véhicules. Il y a aussi l’ozone, un gaz produit par tous les polluants sous l’effet du soleil. Sans oublier ce qui n’est pas mesuré officiellement mais qui concerne les pesticides issus de l’agriculture.

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Exemple de la pollution au Benzène (issu des gaz d’échappements des véhicules motorisés). La moyenne recommandée par l’Europe est de 5 microgrammes/m3 par an. Ici, la moyenne mensuelle évaluée sur deux stations côte-d’oriennes. Etude Atmosf’air Bourgogne 2012

Le nickel est classé parmi les métaux lourds. Il dépasse à Montceau-lès-Mines le seuil européen fixé à 20 nanogrammes annuels. Etude Atmosf'air 2012

Le nickel est classé parmi les métaux lourds. Il dépasse à Montceau-lès-Mines le seuil européen fixé à 20 nanogrammes/m3 annuels. Etude Atmosf’air Bourgogne 2012

Reconnaissant la nocivité de la pollution de l’air pour les êtres vivants, l’Union européenne s’est employée en 2008 à mettre en place des seuils critiques au-delà desquels les États étaient sanctionnés. Un bel effort revu tous les cinq ans, visant à rejoindre à terme les exigences de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un effort cependant relatif puisque par souci d’effectivité, elle se règle sur les (anti)performances des mauvais élèves, de sorte à n’être pas trop sévère et ne devoir pas distribuer de trop fortes sanctions qui auraient, là, un effet dissuasif. En France, la Bourgogne est plutôt bonne élève – c’est la 7e meilleure région en termes de pollution aérienne – comparé à l’Île-de-France où la pollution reste massive, selon Le Monde.fr.

Reste que pendant ce temps, les indicateurs sont au vert alors que l’air sature de substances néfastes provoquant jusqu’à la nécrose des feuilles des plantes vertes, à l’agression des muqueuses humaines ou encore au renforcement des allergies respiratoires. “Un bruit de fond”, indique , président d’Atmosf’air Bourgogne et adjoint au maire de Dijon, délégué à l’Écologie urbaine et référent pour l’Environnement du grand Dijon.

“Un cocktail presque permanent, à dissocier de la pollution publique “des pics” – impliquant des risques momentanés pour la population et des mesures prises en rapport”

Les axes routiers dans le viseur

Si le territoire côte-d’orien est assez peu industrialisé, en revanche, il est un lieu de passage important. Jean-Patrick Masson décrit une ville de Dijon “encerclée par les autoroutes”. Pour Atmosf’air, le transport est bien une source de pollution préoccupante. Celui qui a travaillé à imposer le tram à l’agglomération dijonnaise a pu constater via les études atmosphériques que les axes les plus pollués en 2009 comme le boulevard de la Trémouille étaient désormais déchargés de la pollution excessive de l’époque du tout-voiture (les résultats seront publiés en fin d’année 2013).

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Sauf que le problème a tendance à être déplacé, regrette l’élu à mi-mots : “Abandonner la voiture, ce n’est pas si évident que cela”. L’incidence du transport est globalement importante. Et c’est sans compter sur la LiNo, cette rocade ouest qui devrait bientôt délester les boulevards extérieurs d’une partie de leur trafic pour reconcentrer la circulation entre Pouilly et Dijon.

“La Lino va changer les choses, on ne sait pas encore comment. Sur cet axe, la pollution sera probablement “diluée”, contrairement à ce qui se passe au centre-ville. Mais, elle pourrait aussi s’accroître globalement du fait d’une circulation plus intense sur l’agglomération dijonnaise et plus rapide sur cette branche à 90 km/heure”, explique l’élu. Dijon pâtit du passage des transporteurs même s’ils ne s’arrêtent pas dans la ville.

“Une règle dit que toute nouvelle infrastructure attire de nouveaux usagers, c’est une certitude remarquée dans toutes les villes jusqu’ici. C’est aussi une intuition. Plutôt que de prendre le bus, certains reviendront à la voiture, une fois la circulation facilitée.” Ce qui inquiète Sandrine Monteiro : “Tous les gens en bordure de voie très fréquentée ont un risque de surexposition à ces polluants”. Les citadins sont donc surexposés. Mais les ruraux ne sont pas en reste, “surtout s’ils habitent près d’une nationale fréquentée ou d’une autoroute. Nos points de vigilance se situent sur l’axe Dijon-Mâcon (A6 et A 31).”

Les axes dijonnais concernés par la pollution à l'oxyde d'azote | Carte Atmosf'air

Les axes dijonnais concernés par la pollution à l’oxyde d’azote, à droite se dessine la Rocade-est | Carte Atmosf’air Bourgogne

Ne pas faire feu de tout bois

Le type de chauffage est un autre point de préoccupation pour ceux qui observent tous les jours les taux de polluants dans l’air. En effet, Atmosf’air se méfie des installations anciennes et mal maîtrisées. Car avec la crise, si les citoyens ont réduit leur consommation de carburant faute de moyens, ils essaient également de réduire leur facture de chauffage et certains reviennent à la bonne vieille cheminée car le bois est moins coûteux.

“Le problème, c’est quand le foyer est ouvert ou qu’il est fermé mais ancien, provoquant une combustion médiocre, un rendement assez mauvais, et des émissions de tous types de particules nocives pour les poumons. On nous appelle quand les voisins font des feux de cheminée gênants. Ils ne se rendent pas compte qu’ils s’intoxiquent eux-mêmes”, explique Sandrine Monteiro.

Là dessus, les villes font des efforts et investissent dans des chaudières collectives, aux process de combustion maîtrisés par des techniciens. A Dijon, ce seront bientôt deux réseaux de chaleur qui alimenteront des bâtiments publics, les logements, les commerces, mais aussi le CHU de Dijon et l’université de Bourgogne, grâce “en majorité à de l’énergie renouvelable”, se targue Jean-Patrick Masson. “Ce sont 40 000 équivalents logements, un progrès pour la qualité de l’air (notamment en termes d’ozone et de particules fines)”.

Mesure des particules fines sur diverses stations dijonnaises. La moyenne journalière à ne pas dépasser plus de 35 jours par an est fixée à 50 microgrammes/m3 par l'Europe. Données Atmosf'air Bourgogne

Mesure des particules fines sur diverses stations dijonnaises. La moyenne journalière à ne pas dépasser plus de 35 jours par an est fixée à 50 microgrammes/m3 par l’Europe. Données Atmosf’air Bourgogne

“C’est une bonne chose de parler de ce sujet”, conclut l’élu dijonnais, à propos de la problématique lourde mais encore trop méconnue. Mais qu’à cela ne tienne, l’association Atmosf’air prévoit la sortie d’une application mobile sur la qualité de l’air en temps réel au premier trimestre 2014.

Les commentaires sont clos.

  1. La classification du Groupe d’experts a été faite après que des scientifiques ont analysé plus de 1 000 études à travers le monde et a conclue qu’il y avait suffisamment de preuves que l’exposition à la pollution de l’air extérieur provoque le cancer du poumon.

    alcor le vendredi 22 novembre 2013 à 18h12

  2. Alors pourquoi obliger des affouagistes à bruler dans les bois se qui pourrait ne pas l’etre.
    commencons par le début mais cela en france devient helas de plus en plus compliquer…

    stephane le vendredi 22 novembre 2013 à 20h47