Gérald Schwartzmann (Parti Pirate) : “Internet est un outil démocratique”

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“Agitateur d’idée”. C’est sous cet étendard que veut voir se rassembler les adhérents du . Ex-candidat aux Législatives sur la deuxième circonscription de Côte-d’Or, il n’entend pas tenter sa chance pour les élections municipales de 2014. Alors qu’une section locale est en train d’émerger dans la capitale bourguignonne, il invite les partis à venir le pirater, à reprendre ses idées.

Des idées, dont “personne ne s’occupe”, reconnaît-il : Protection de la vie privée, surveillance, démocratie locale. Il fait le point avec nous.

Gérald Schwartzmann, bonjour. Après la révélation du scandale des écoutes de la NSA, que peut-on dire des enjeux de la protection de la vie privée individuelle ?

Le monde vient de découvrir la NSA. Voilà dix ans qu’on en parle. Sur le plan informatique, c’est le monde à l’envers. Ce qui doit être transparent ne l’est pas, et ce qui devrait être privé ne l’est plus. La première des choses est de ne pas confier un système informatique national à une entreprise étrangère. La plupart des administrations françaises utilisent Microsoft. Les données leur appartiennent.
Ce n’est pas seulement scandaleux, c’était inimaginable. Nous ne sommes pas à l’abri que des programmes développés par des firmes étrangères contiennent des “backdoors”, des portes qui permettent de piloter l’ordinateur à distance. Ça, c’est au niveau des institutions, mais toutes les données sont largement exploitées. Des grandes entreprises pourraient éventuellement consulter les données de Facebook pour vérifier s’il n’y a pas de fraude à l’assurance maladie. Je ne suis pas contre le fait que l’on contrôle les gens, mais il y a une manière de le faire.

Qu’est ce que le politique, et l’État plus généralement, peuvent faire pour protéger les données de ses citoyens ?

Il faut avoir une indépendance numérique. En France, nous avons une industrie technologique de pointe, dont nous ne nous servons pas. Et cela à grand renfort de lobby. Par exemple, le chiffrement quantique qui permet d’utiliser la fibre optique sans que des grosses machines comme la NSA puissent pouvoir regarder. Comme par hasard, la boîte n’a pas été soutenue, et le projet est tombé à l’eau. Maintenant, cette technologie est perdue pour nous, alors qu’elle allait voir le jour.

Alors, faut-il s’inquiéter de l’usage que font Google et Facebook de nos données ?

Oui, je crois. Aux États-Unis, par exemple, sous couvert de la lutte contre le terrorisme, les pouvoirs publics peuvent aller regarder des informations dans les moteurs de recherche. Moi, par exemple, vu que je suis maintenant fiché Parti Pirate, je ne sais pas si on me laisserait poser le pied sur le sol américain. Nous sommes considérés comme des cryptocommunistes. Nous n’avons pas la même notion de vie privée en France et à l’étranger.

Et de l’usage commercial que font ces sociétés de nos données, qui les vendent pour de la publicité ou des études de marché ?

Il n’y a pas que des études de marché. Par exemple quand vous contrôlez plusieurs fois le prix d’un billet d’avion avec le même ordinateur, bizarrement, le prix augmente. En fait, quand la personne visite plusieurs fois un site, l’algorithme de la société considère qu’elle en a vraiment envie, et provoque une fausse hausse du prix pour stimuler l’achat. Si l’on contrôle avec un autre PC, on s’aperçoit que le billet est toujours au prix initial. Toutes ces techniques devraient être interdites. Comme la vente liée. Quand vous achetez un ordinateur en France, c’est systématiquement avec un système Microsoft. C’est interdit en France. Non seulement nous n’avons pas le choix, mais en plus c’est un système étranger.

N’y a-t-il pas une question de responsabilité personnelle ? Mes données, j’ai bien choisi de les mettre à disposition de Facebook par exemple…

Il y a une question d’éclairage dessus. Combien d’utilisateurs ont été prévenus qu’ils cédaient leur droit de tout ce qu’ils disent sur les réseaux sociaux ? Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont cette connaissance. Quand on le fait en connaissance de cause, ça va, mais ce n’est pas souvent le cas. Mais il y a aussi des institutions qui se servent de systèmes étrangers pour collecter les données de ses utilisateurs. La bibliothèque de Dijon utilise des formulaires Google, par exemple. Les entreprises utilisent des agendas partagés Google, ou mettent leurs données dans le cloud. Leurs données sont donc stockées à l’étranger. Mettez-vous à la place des États-Unis. Il y a un énorme stock de données d’entreprises étrangères chez vous, c’est tentant.

L’utilisation de logiciel libre est-elle intéressante à titre individuel ? Ou bien elle ne l’est que si tout le monde autour de moi les utilise ?

On ne sait pas, si l’on atteignait un jour un point où tout le monde utiliserait des logiciels libres, si ce serait vraiment bénéfique. À l’heure actuelle, cela n’apporte que des bénéfices. Il y a une mutualisation des moyens humains et financiers pour les réaliser. Plutôt que chaque mairie développe un outil pour communiquer avec ses citoyens, il pourrait y en avoir un seul, en licence libre.

Au niveau local, faut-il s’inquiéter des technologies intrusives, comme les caméras de surveillance et les cartes de transport nominatives ?

Comment pourrait-on améliorer la démocratie locale ?

Au Parti Pirate, nous avons le concept de démocratie liquide. L’outil informatique permet à chacun de s’exprimer et pourrait rendre la démocratie locale plus participative. Internet offre de nouvelles perspectives qui n’existaient pas avant, dans la politique aussi. La vie municipale devrait faire l’objet de meilleur compte-rendu et d’une transparence au niveau des chiffres. Mais si elle existe, elle est assez opaque. Transparence, cela va avec open-data. On offre des données qui doivent être exploitables, avec de la visualisation, par exemple, des graphiques qui parlent aux gens.

Une institution peut-elle être à 100% transparente ?

Je ne pense pas. Tout le monde sait que dans une entreprise ou une collectivité, il y a des choses que l’on ne peut pas exposer aux yeux de tous. Mais d’ici à ce que l’on se pose cette question, il y a des tas de choses que l’on peut libérer et améliorer.

Y a-t-il des enjeux du développement de l’informatique et d’Internet dans les zones rurales ?

On sait bien qu’Internet n’est pas présent partout dans les zones rurales. Mais là encore, c’est une histoire de lobby. Ça n’intéresse pas les entreprises de développer l’ADSL dans les campagnes, parce que ça ne rapporte pas assez. Internet est en lui-même un outil démocratique. N’importe qui devrait pouvoir y avoir accès.

Jeudi 21 novembre, Mediapart révélait dans un article que les mails de plusieurs eurodéputés ont été piratés. L’oeuvre d’un hacker qui voulait faire la démonstration du manque de fiabilité de la sécurité dû à l’utilisation, par les élus et le parlement européen, de logiciel développé par Microsoft, comprenant des “backdoors”.

Les commentaires sont clos.

  1. Bravo Gérald Schwartzmann, interview très intéressante et réussie. Bonne continuation pour la suite !

    Alexos le vendredi 22 novembre 2013 à 3h10