Réforme des rythmes scolaires : Alain Houpert (UMP) veut moins de “dogmatisme”

Le sénateur-maire de Salives et candidat aux Municipales 2014 à Dijon, , signe une tribune sur la . “Quittons les postures dogmatiques qui veulent mettre les enfants en cadence, dans le même cadre scolaire, rigide et réducteur”, assure-t-il. “Contra-cyclique, elle est à rebours des changements de nos mentalités, plus respectueuses des individualités et des potentiels qu’elles recèlent.”

Pour en savoir plus, lire la tribune ci-dessous.

“Hasard du calendrier ou simple coïncidence, mercredi prochain, c’est la journée des droits de l’enfant et pour la première fois, ils seront à l’école, toute la matinée. Le Premier Ministre et le ministre de l’Éducation Nationale viennent de le confirmer, la réforme des rythmes scolaires sera maintenue. Pourtant, penchés sur les visages fatigués de leurs enfants, les parents s’interrogent sur sa réelle pertinence.

Car vouloir rythmer le temps scolaire, en primaire et plus encore en maternelle, c’est exiger beaucoup des enfants, sans respecter leur propre rythme. C’est les forcer à se soumettre à une cadence, imposée par des adultes, les formater sans tenir compte, à aucun moment, de leurs besoins. Certains pourront s’adapter, d’autres non, s’agissant d’enfants plus sensibles.

En maternelle et en primaire, ils sont à l’âge de l’apprentissage, de la découverte de leur propre envie d’apprendre, ils ont besoin d’expérimenter toutes les facettes de leur personnalité pour prendre confiance en eux. Chaque enfant a besoin, pour grandir, d’espaces de liberté à l’intérieur du cadre de l’enseignement scolaire ; pour lui laisser la possibilité d’exprimer ce qu’il a à exprimer, pour faire des exercices ludiques, pour s’adonner à des activités qui développeront son sens artistique, comme la musique, la peinture … Mais il le fait dans les limites du cadre qui lui est donné, pour apprendre à se repérer dans le temps et l’espace. Or, le cadre actuel, tel qu’il est conçu, ne permet pas à l’enfant de différencier le temps d’accueil périscolaire du temps scolaire, il ne lui donne pas la possibilité de mettre du sens à ce bouleversement.

Il s’agit là d’une voie médiane, qui pourrait être explorée : d’un côté, dans certains pays comme la Suède, les jardins d’enfants pratiquent beaucoup le respect du rythme de l’enfant, ces méthodes d’adaptation l’encouragent à aller vers la créativité pour ensuite rendre plus facile l’apprentissage de la lecture ou du calcul. De l’autre côté, en France, au contraire, on demande à l’enfant de répondre à ce que les adultes attendent de lui, d’apprendre ce qu’ils ont à lui enseigner. Autre méthode qui peut conduire à des blocages alors que l’envie d’apprendre se construit avant l’âge de huit ans.

Le Haut Conseil de l’Éducation a relevé, dans un rapport publié en 2007, que quatre écoliers scolarisés en primaire sur dix quittent la classe du CM2 avec de graves lacunes.

L’actuelle réforme des rythmes scolaires ne risque-t-elle pas d’aggraver encore les choses ? Pousser les enfants à faire en même temps les mêmes activités périscolaires suscite l’opposition bien légitime des parents qui sont dans l’empathie avec leurs enfants, qui rejettent tout dogmatisme : il faut aider l’enfant à se découvrir, il faut respecter ses envies car chaque enfant est un être unique, source de potentialités et de richesses qui ne demandent qu’à s’épanouir. Avant sept ans, l’enfant a besoin de bouger, sauter, courir … en bougeant, l’enfant intègre le mouvement (c’est l’expérience psychomotrice) ; en même temps, il développe le langage à travers les histoires, la musique, les jeux de mots, les pirouettes des mots… Pour que les enfants expriment leur potentiel, il faut les écouter, les écouter… même s’ils ne parlent pas encore …

Quittons les postures dogmatiques qui veulent mettre les enfants en cadence, dans le même cadre scolaire, rigide et réducteur. Voudrions-nous faire de nos enfants des bêtes de cirque alors que nous vivons une époque de changement, en marche vers plus de respect du vivant, de l’écologie, de la biologie ?
Forcer la nature comme nous l’avons fait depuis la période des Lumières n’est plus possible, car nos mentalités ont évolué. La conception de la physiologie de l’enfant a changé elle aussi, davantage tournée aujourd’hui vers l’affect, la créativité, le kinesthésique, particulièrement développés chez certains enfants.

Avec eux, l’adulte doit se montrer bienveillant : d’abord connaître le besoin de chaque enfant, – pourquoi obliger un enfant de maternelle à faire la sieste quand cela déclenche des crises de larmes ? C’est sans doute lui faire violence, alors qu’il est possible de le mettre au repos en le distrayant -, ensuite l’accompagner sur son chemin, à son rythme. Oui, nous avons le devoir de les accueillir et de leur donner confiance, de leur dire qu’ils ont le temps ; si certains de ces enfants sont différents, alors ils auront un rôle différent à assumer dans la société : pour ces enfants, l’utilisation d’une tablette serait un bienfait pour l’apprentissage, car nombre d’entre-eux sont très brillants et pourtant en échec scolaire. Ne devrions-nous pas plutôt les accompagner pour qu’ils deviennent plus coopératifs que compétitifs, comme au Danemark où les cas de dyslexie sont plus rares…

La réforme des rythmes scolaires a du mal à passer, aussi bien auprès des parents que des enseignants, et les élus chargés de la mettre en œuvre sont confrontés à de lourdes difficultés, pour trouver des animateurs qualifiés et des locaux adaptés.

Contra-cyclique, elle est à rebours des changements de nos mentalités, plus respectueuses des individualités et des potentiels qu’elles recèlent.

Décidée dans la précipitation, elle perturbe le rythme de vie de nos enfants, sans leur apporter de nouvelles conditions d’épanouissement de leur personnalité.

Parce qu’elle s’articule mal avec les contraintes professionnelles ou familiales des parents qui conduisent et vont rechercher leur enfant à l’école, parce qu’elle complique davantage l’organisation de la vie scolaire, elle est rejetée aussi bien par les parents que par les enseignants.

Pourquoi vouloir la maintenir à tout prix ? L’État, en se déchargeant sur les communes de la responsabilité d’organiser les activités périscolaires, a sans doute cru faire une bonne affaire.

Mais ce sont les enfants qui en sont désormais les premières victimes. Comme l’écrivait si joliment Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Puissions-nous garder notre âme d’enfant…”

Les commentaires sont clos.