Sandrine Bélier (EELV) : “Le déchet est devenu un produit”

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590 kilos de déchets en une année. C’est ce qu’un Français produit en moyenne actuellement. Sous le slogan “Si vous ne le faites pas pour la planète, faites-le pour vous”, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, lance, samedi 16 novembre, la .

Jusqu’au 24 novembre, les initiatives vont se multiplier pour sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux dans la promotion des bons gestes à adopter pour réduire les déchets. Comme un écho à cette mobilisation, , eurodéputée écologiste du Grand Est dénonce “le retard de la France” dans la politique de gestion des déchets et pointe du doigt le comportement de grandes entreprises, qui ont, selon elle, “tout intérêt à continuer de produire autant de déchets, en dépit des risques environnementaux”.

La France se situe dans les bons élèves de l’Europe en matière de déchets. Mais cette politique de gestion est-elle satisfaisante ?

Nous sommes encore très en retard à l’échelle de l’Union européenne sur tout ce qui est filière de recyclage. La France a mis beaucoup de temps à appliquer les mesures européennes, notamment celle de 2008 qui interdit les décharges à ciel ouvert. Plutôt que de les fermer directement, plusieurs ont bénéficié d’arrêtés préfectoraux de prolongation et ont continué d’être exploitées jusqu’au bout.

D’autre part, il y a un manque de surveillance de l’ensemble du réseau français. Il reste des décharges à ciel ouvert, mais, en terme de cartographie de territoire, dans le domaine des déchets, il y a beaucoup de lacunes. On voit dans SuperTrash, le film de Martin Esposito, que sont mélangés, dans une décharge, des jouets, de l’alimentaire, et, ce qui est totalement interdit, des excréments et des hydrocarbures.

Y a-t-il encore des décharges à ciel ouvert de ce type dans le Grand Est ?

Pas à ma connaissance. Il y en a eu, avec les désagréments en termes de voisinage que l’on connait, avec l’odeur, la pollution des cours d’eau, etc.

Photo du film Super Trash, de Martin Esposito (2013)

Photo du film Super Trash, de Martin Esposito (2013)

Finalement, stockons-nous trop nos déchets ?

En 2011, en France, un Français jetait 526 kg de déchets ménagers par an. 20% sont recyclés, 30% sont en décharge et 30% incinérés. C’est trop, et l’incinération n’est pas la solution non plus, car elle pose un certain nombre de soucis que l’on évalue mal encore. Le vrai problème, auquel les écologistes et le gouvernement se sont attaqués, c’est la valorisation. L’objectif est, d’une part, de recycler un maximum de déchets. De l’autre, et c’est vraiment important, de réduire la production de déchets à la source. Limiter les déchets d’emballage et lutter contre l’obsolescence programmée, par exemple.

Quel pourcentage de valorisation des déchets peut-on viser ?

En Suède, ils tendent à atteindre les 80% de déchets valorisés. L’objectif absolu serait d’atteindre les 90% !

Existe-t-il des enjeux financiers, des gens qui ont intérêt à ce qu’il existe toujours des décharges et de l’incinération ?

Bien sûr. Le déchet, aujourd’hui, est devenu un produit à la base d’une vraie activité économique pour un certain nombre de très grandes entreprises, comme Véolia, par exemple. Ce sont ces mêmes entreprises qui poussent à la valorisation des déchets, notamment d’un point de vue énergétique, avec les incinérateurs, qui commencent à s’engager sur le recyclage, mais qui par contre ne soutiennent pas du tout l’idée de réduire la production de déchets à la source. Ils sont plutôt dans l’objectif de transformer nos déchets en matières premières, ce qui n’est intéressant que si l’on réduit la production dans le même temps.

Peut-on changer de politique de gestion de déchets, mieux les traiter et moins en produire, sans changer de modèle de société et donc de consommation ?

Ça y participe forcément. Dès lors que l’on s’engage à la réduction des déchets, on met en avant tout ce qui est réparation, artisanat. C’est un rapport à l’objet qui est différent. Cela change notre manière de consommer et d’être. Cela créé un effet de levier pour le changement de notre modèle de société et de notre modèle économique, aujourd’hui basé sur la surconsommation et le tout jetable.

Quelles sont les conséquences de la surproduction de déchets ?

On pollue les sols et les cours d’eau. Cela peut poser des problèmes de santé humaine. Pour l’agriculture notamment, mais aussi pour l’eau. C’est une ressource qui est en train de se raréfier et qui devra faire l’objet de plus en plus de traitements en vue de notre consommation, donc entraîner un surcoût et donc une diminution de l’accès à l’eau. L’homme a deux besoins primaires : boire et manger. La surproduction de nos déchets, à moyen et court terme, aura des impacts sur notre qualité de vie.

Photo du film Super Trash, de Martin Esposito (2013)

Photo du film Super Trash, de Martin Esposito (2013)

Combien de temps va-t-on pouvoir poursuivre ainsi avant que les dégâts sur notre environnement soient irréversibles ?

Je n’ai jamais lu d’études scientifiques établissant un stade de production de déchets auquel la situation deviendrait irréversible. Mais je crois qu’on y est presque aujourd’hui.

Qui produit trop de déchets aujourd’hui ? Les particuliers, les entreprises, les collectivités ?

C’est une chaîne. J’aurais du mal à renvoyer la faute sur l’un ou l’autre. Les particuliers produisent beaucoup de déchets ménagers, mais c’est parce qu’on leur propose des produits suremballés. Ils sont aussi victimes d’un modèle.

Le plus urgent, c’est réduire la production de déchets ou de mieux les traiter ?

On ne peut pas établir de hiérarchie. Il va falloir traiter les deux en même temps. Seulement les deux combinés auront un effet bénéfique d’un point de vue économique, environnemental et social. Il faut mettre en place des filières de recyclage et de valorisation et dans le même temps les mesures pour réduire la production de déchets à la source.

Ces changements doivent-ils passer par le biais de l’action et la contrainte politique ou bien par la prise de conscience individuelle ?

Je pense que la prise de conscience individuelle de la part des citoyens existe. C’est de la responsabilité du politique de mettre en œuvre cette démarche citoyenne. Ça passe par des réglementations augmentant, par exemple, la durée des assurances des produits, mettre en œuvre des mesures comme l’interdiction de l’usage de sacs plastiques à usage unique, taxer le suremballage pour amener les entreprises à les réduire aux maximums, installer des avantages fiscaux pour que les filières de valorisation puissent se développer… C’est tout une chaîne, tout un modèle de production et de consommation qu’il faut changer et le politique à une vraie responsabilité.

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