La déroutante ambiance de “chez ma tante”

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Il est à peine dix heures que la file d’attente s’étend déjà assez largement sur le trottoir de la place de la République. Les automobilistes ralentissent, jettent un coup d’œil. Croyant à une manifestation. Enveloppes à la main, l’impatience se lit sur les visages des clients. Certains vont attendre une heure et demie avant de pouvoir accéder au guichet de leur banque.

Depuis le 12 novembre, le est officiellement passé sous giron bordelais. Et si ce transfert est annoncé de longue date, sa gestion, dans la précipitation, laisse les usagers sur le carreau.

La pagaille du changement

Natalya sort de l’agence, un calendrier sous le bras. Visiblement soulagée. Après plus d’une heure d’attente, la jeune femme est venue boucler son compte, qu’elle a décidé de transférer. Dès les premières annonces de cession, elle a entamé les démarches pour rejoindre la concurrence. Alors, cette précipitation, elle a du mal à la comprendre : “Au début, le changement devait avoir lieu en juillet, finalement celui-ci a été repoussé au moins de novembre. Nous avons reçu plusieurs courriers, dont le dernier au début du mois”.

Ce dernier, signé de Guy Poirier, directeur général du Crédit municipal de Bordeaux fait le point sur les procédures et une ligne interpelle la plupart des usagers : “Vous trouverez ci-joint la liste des prélèvements automatiques et des virements en cours. Vous devez transmettre vos nouvelles coordonnées bancaires aux établissements concernés”. En somme, les clients doivent eux-mêmes faire des démarches qui incombent normalement à la banque.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“C’est infernal”, lâche Frédéric en arrivant. Comme beaucoup, il attend le versement de sa pension retraite ou pôle emploi et s’attend à plusieurs semaines de galère, le temps de faire la transition. “Nous aurions du avoir deux mois de battement entre fin octobre et le début de l’année pour prévenir l’ensemble des administrations”. C’est au tour d’un couple de 80 ans de sortir de l’agence, visiblement agacé : “Le crédit municipal a toujours été ma seule banque, je ne veux changer, car ça serait trop de souci, mais là il exagère. Comme si c’était facile pour nous”.

Un danger pour la ville

Le standard de la banque ne répond pas. Quant à celui de Bordeaux, il faut ruser. Laurent assure avoir passé 128 coups de téléphone au siège social avant de venir. Handicapé à 80%, il devra attendre à l’extérieur faute de place pour s’asseoir à l’intérieur. Dans la file, Jean-Victor répète à qui veut bien l’entendre sa technique pour entrer directement en contact avec un conseiller de l’Aquitaine. Comme beaucoup, il regrette cet abandon même s’il était attendu.

En juin 2012, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon et président du Conseil d’orientation et de surveillance du Crédit municipal, présentait lors du conseil municipal un rapport de la Chambre régionale des comptes qui soulignait les difficultés de l’établissement dans un contexte concurrentiel accru de crise économique et d’exigences règlementaires croissantes.

La chambre conseille alors à la ville de Dijon de prendre des mesures, faute de quoi le Crédit municipal pourrait “faire peser un risque financier à la ville”. D’autant que la banque est placée sous procédure disciplinaire. “Un travail autour d’un rapprochement avec les crédits municipaux de Bordeaux – en bonne santé économique, car il couvre aussi les territoires d’outre-mer – et de Lyon est en cours”, annonce alors le sénateur-maire.

“Ce projet de regroupement est une opportunité de renforcer le réseau des crédits municipaux au niveau national, et permet de garantir la plus grande continuité pour les agents et les clients du Crédit municipal de Dijon”. Depuis quelques mois déjà, Georges Maglica, adjoint au maire en charge des finances accompagne ce changement. Il évoque un partenariat avec Lyon et Bordeaux, pour couvrir 80% du territoire français.

Photo Jonas Jacquel

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Des grèves à venir

Mais depuis le 12 novembre, seule l’agence de la place de la République reste ouverte. Celle de la rue de Mulhouse garde son activité de prêt sur gage. Trop peu pour l’association des usagers venue prendre la température ce matin-là. “Le Crédit comptait 20 000 clients et la moyenne d’âge était de 55 ans”, souligne Daniel Mangione, président de l’association des usagers. “Certains n’ont pas reçu leur retraite, d’autres n’ont pas reçu leur salaire. Les carnets de chèques sont envoyés par simple courrier alors que le code bancaire prévoit de l’envoyer en lettre recommandée”. Dans la foule, Jean-Victor assure que la banque a perdu 11 000 clients depuis le début de l’année. Une hémorragie dont nous ne pouvons pas confirmer l’ampleur. D’autant qu’en 2012, le Crédit municipal ne revendiquait que 12 000 clients.

Photo Jonas Jacquel

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En arrivant devant l’agence, Josette s’interroge : “C’est la file d’attente ça ?” Et très vite, le débat se transforme en joute politique : l’association des usagers confirme son intention de porter plainte contre la mairie de Dijon devant le tribunal administratif. Pour Daniel Mangione, le maire veut faire main basse sur les fonds propres de l’activité bancaire. Le prêt sur gage restant à Dijon. Il estime l’enveloppe à 65 millions d’euros. À nos confrères de la Gazette, François Rebsamen assurait qu’il y a à peine trente millions d’euros qui serviront au désendettement de la commune.

“Le crédit municipal n’était pas en danger et pouvait continuer à vivre, mais sans faire de profit”, poursuit Daniel Mangione. Du côté de la municipalité, on se défend de vouloir tuer la deuxième caisse de France, après Paris. Le crédit municipal de Dijon était présent dans une dizaine de villes, dont Belfort et Clermont-Ferrand, hors Bourgogne donc. En attendant le procès, certains se disent d’ores et déjà prêts à manifester.

Les commentaires sont clos.

  1. C’est un maire socialiste qui oblige des octogénaires à faire la queue des heures pour continuer à toucher leur retraite…

    Papou9 le vendredi 15 novembre 2013 à 9h54

  2. “Dans la foule, Jean-Victor assure que la banque a perdu 11 000 clients depuis le début de l’année. Une hémorragie dont nous pouvons confirmer l’ampleur” : et bien sur quels chiffres ou faits vous basez vous pour confirmer ainsi ?
    Merci de votre réponse

    Charl le vendredi 15 novembre 2013 à 10h02

  3. Jérémie Lorand

    Bonjour,
    En effet, une erreur s’est glissée dans l’article. Nous ne pouvons pas confirmer l’ampleur, comme l’explique la phrase suivante : “D’autant qu’en 2012, le Crédit municipal ne revendiquait que 12 000 clients”.
    Bien à vous,
    Jérémie Lorand

    Jérémie Lorand le vendredi 15 novembre 2013 à 10h14

  4. bravo Gyslaine et Daniel toujours aussi combatif .Heureusement qu’il ya des gens comme vous.

    Mamie Isa le vendredi 15 novembre 2013 à 20h25

  5. A savoir, chaque personne a en principe une garantie bancaire de 100 000 euros en cas de faillite. Ce qui veut dire que pour les gros épargnants, au delà de 100 000 euros par banque, pfuuuit, envolé le fric. Ceci dit, la somme des dépôts numéraires des banques est bien inférieure, et rien ne garantit, en réalité, que les banques pourront respecter leur engagement à ce sujet. En cas de crise, de vraie, ce sera évidemment la loi de la jungle et les banques n’auront de compte à rendre à personne. Je conseille en passant de vous retirer des grandes banques qui ont des actifs risqués, à l’étranger et qui spéculent comme jamais auparavant !!

    Demolition Man le samedi 16 novembre 2013 à 12h11